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Dossier industrie: Produire - Coproduire...

Berlinale 2010 Co-Production Market – Étude de cas: Submarino

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Berlinale 2010 Co-Production Market – Étude de cas: Submarino

- Avec Birgitte Hald (Nimbus Films, Danemark), Frederik Juul (Sandrew Metronome, Danemark), Frank Wegner (Klett-Cotta Verlag, Allemagne)
Modérateur: Peter Cowie

Le dernier film du réalisateur Thomas Vinterberg, un des initiateurs du mouvement Dogme 95, est inspiré d’un roman au réalisme imperturbable de Jonas T. Bengtsson, un jeune écrivain danois. Cette étude de cas met l’accent sur les raisons qui ont poussé les producteurs à choisir ce sombre contenu et sur la façon dont ils ont réussi à faire de ce projet un film digne de la compétition officielle de la Berlinale.

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Peter Cowie – modérateur: Submarino [+lire aussi :
critique
bande-annonce
film focus
interview : Thomas Vinterberg
fiche film
]
de Thomas Vinterberg est une adaptation du best-seller de Jonas T.Bengtsson, l’écrivain danois. Il s’agit de deux frères qui grandissent dans des conditions très dures. La vie les sépare, mais ils finissent par se retrouver dans une prison, et laissent entrevoir une lueur d’espoir quant à l’avenir et à leur réconciliation. C’est un film extrêmement sombre, mais il fait preuve de tellement de sensibilité et d’une richesse émotionnelle tellement grande, qu’à la fin le spectateur finit par s’identifier aux personnages. J’aimerais commencer par demander à Birgitte, la productrice : « Comment avez-vous trouvé ce livre et, en général, comment procédez-vous à la recherche du sujet de vos films ? Vous inspirez-vous pour la plupart de vos films de romans existants ou encouragez-vous, avant tout, les scénarios ? Mais tout d’abord, comment avez-vous trouvé ce livre ?

BirgitteHald – productrice: Eh bien, c’est le livre qui m’a trouvée : il m’a été envoyé par la maison d’édition. Je ne suis même pas sure si l’auteur était au courant que son livre nous avait été envoyé. Je l’ai lu et j’ai trouvé que l’histoire était horrible, beaucoup trop sombre…C’était avant même que le livre ne soit publié. J’en ai ensuite discuté avec mes collègues chez Nimbus Films et nous l’avons mis entre les mains de Thomas Vinterberg, parce que je crois qu’une telle histoire demande quelqu’un ayant un sens de la tragédie…un réalisateur comme Thomas. Il a aimé le livre, mais je pense qu’il l’a mis de côté après en avoir lu la moitié, parce que l’histoire était vraiment trop sombre et trop dure.

Peter: Vous voulez dire par là que le film s’éloigne légèrement du roman original ?

Brigitte: Tout à fait. La fin, en particulier, est beaucoup plus optimiste et présente plus d’espoir dans le film que dans le livre. Nous avons dit, dès le début, qu’il fallait absolument changer la fin. J’ai essayé de convaincre Jonas de la réécrire, mais il a refusé.

Peter: Vous avez attribué cette tâche à quelqu’un qui n’avait jamais écrit de scénario avant – Tobias Lindholm, je crois. Pourquoi un tel choix ?

Brigitte: Je connaissais Tobias de l’école de cinéma. Je le trouvais très doué et nous étions à la recherche de nouveaux scénaristes. Pour moi, on avait trouvé la personne qu’il nous fallait. En plus, nous étions obligés d’introduire de nouveaux talents dans ce projet, étant donné que le film fait partie d’un accord de quatre films avec la chaîne télévisée danoise TV2. Nous nous étions promis, lorsque nous avons conclu cet accord, que nous introduirions de nouveaux talents dans le cinéma danois. Nous devions, par conséquent, prendre soit un nouveau scénariste, soit un nouveau producteur.

Peter: Frank, j’aperçois un exemplaire de la version allemande du livre, là, devant vous. Elle est sortie en août de l’année dernière. Je vois que vous avez conservé le titre original, bien que dans le film – à moins que je ne me sois endormi – on ne fasse jamais référence à cette…plongée dans l’univers aquatique, dont il est question dans le titre. C’est en quelque sorte un titre métaphorique, que vous avez décidé de conserver. Si le film est acheté pour sa distribution en Allemagne – dont je suis sûr vu les critiques – allez-vous republier le livre ou publier une édition de poche en coopération avec les producteurs ?

Frank Wegner – éditeur en chef de Klett Cotta Verlag: Nous essaierions probablement de reconcevoir la couverture du livre et de réaligner le type de visuel que nous avons avec l’image de marque du film. Cela donnerait bien évidemment une forte impulsion au livre. C’est une marque de l’éditeur très modeste qui ne vise pas vraiment le marché de masse.

C’est un livre assez sombre et poignant qui se destine, pour commencer, à un marketing de niche. Le film lui donnera peut-être une bonne impulsion et pourra aussi contribuer à sa promotion grâce à une nouvelle couverture. Nous essaierions, bien évidemment, de nous associer de la façon la plus visible au film, en tentant d’apparaître dans la bande-annonce, sur une affiche etc., une approche parasitique, en quelque sorte. En tout cas, c’est vraiment une occasion en or pour donner un coup de pouce aux ventes. C’est le deuxième livre de l’auteur – nous avons également reçu sa première œuvre. Il serait donc bien de pouvoir faire quelque chose pour l’auteur.

Peter: Est-il connu en Allemagne ?

Frank: Il n’est pas très connu, mais il n’est pas totalement inconnu non plus.

Peter: Est-ce qu’une projection à la Berlinale vous aide en tant qu’éditeur ? Frank: Absolument. A partir du moment où nous avons été informés, nous avons essayé d’utiliser cette information pour mettre sur pied une énorme campagne de presse destinée à mettre en évidence la pertinence du livre, sa nécessité presque.

Peter: Frederik, à quel point votre collaboration avec les maisons d’édition est-elle étroite lorsque vous sortez et promouvez des films, en particulier dans ce cas-ci ?

Frederik Juul - directeur de la distribution chez Sandrew Metronome : Je dirais qu’elle est très étroite. Je dois tout d’abord dire qu’il n’y a pas vraiment deux cas tout à fait identiques lorsqu’on parle du marketing ou de la sortie d’un film inspiré d’un livre. Tout dépend du succès que le livre a remporté. Bien sûr, nous avons différents cas où il est important pour nous que le livre ait plus de succès que le film. Les cerfs-volants de Kaboul a été un très bon exemple de cela. Dans ce cas-ci, je dirais qu’il est plus important de créer une synergie avec la maison d’édition. Elle peut bénéficier du film autant que nous. Jonas, l’auteur, est très content du film, ce qui nous donne une sorte de coup de pouce supplémentaire du côté de la promotion. De plus, nous sommes entrés en contact avec l’éditeur à un stade très précoce et nous avons évidemment parlé d’une réédition et de ce qu’on pouvait faire à ce niveau-là. La maison d’édition a décidé qu’elle allait republier le livre en format de poche avec la couverture que nous utiliserons au Danemark. De cette façon, nous serons bien visibles dans toutes les librairies. Nous pouvons également conclure des marchés avec l’éditeur concernant les points de vente du livre, les endroits où ils peuvent le promouvoir avec les affiches du film. Nous organisons aussi des projections pour les marchands de livres, c’est donc tout un volet que nous pouvons exploiter et dont nous espérons tirer profit.

Peter: Brigitte, parlons maintenant du budget du film. Vous avez réalisé ce film avec un budget relativement petit, 1,8 millions d’euros, si je ne me trompe pas. Vous n’avez pas non plus suivi le chemin emprunté par la plupart des films danois : vous n’êtes pas allé à l’Institut de cinéma danois et vous avez vous-même réunit les fonds dans le cadre d’un accord de quatre films avec la chaîne danoise TV 2. Comment vous êtes-vous organisés et pourquoi avez-vous, dès le début, décidé que ce film serait une production à petit budget ?

Birgitte: Thomas a été séduit par cet accord parce qu’il lui conférait une liberté artistique presque totale. Nous n’avions pas besoin de nous rendre chez quatre partenaires différents pour les convaincre d’embarquer dans le projet. C’est pour cette raison qu’il était intéressant pour lui de réaliser ce film avec un budget si serré. Nous avions procédé de la même manière avec les films Dogme95, il savait donc très bien dans quoi il se lançait.

Peter: Ce qui est bien chez Submarino, c’est qu’il possède toutes les vertus de Dogme 95, mais aucun des vices. Il n’y a pas ce mouvement frénétique de la caméra. Le filmage du film est, en quelque sorte, beaucoup plus classique. En plus, vous avez pris un livre qui ne s’était pas énormément vendu au Danemark. Ce n’était pas vraiment un gros bestseller.

Brigitte: Nous ne le savions pas. Nous ne sommes pas vraiment intéressés dans l’achat de best-sellers. Nous sommes essentiellement à la recherche d’histoires originales. En plus, lorsque vous achetez un best-seller, c’est un tout autre travail.

Peter: Vous devez sans doute inclure des stars dans votre film.

Birgitte: Et tout le public connaît la fin de l’histoire avant même d’avoir vu le film. Je ne crois pas qu’un réalisateur comme Thomas Vinterberg aurait été intéressé par la réalisation d’un film basé sur un best-seller.

Peter: L’absence de stars est quelque chose que nos amis américains trouvent souvent très difficile de comprendre. Ils ne comprennent pas qu’en Europe il y ait des acteurs et non des stars. En plus, vous n’avez pas forcément besoin de ces stars pour faire un film réussi. Mais cela a dû être une prise de risque, malgré tout.

Birgitte: C’est en effet une prise de risque, mais c’est également une question de chance. Nous étions incapables de prédire que ce film allait avoir le succès qu’il connaît actuellement.

Peter: Avez-vous travaillé avec une chaîne télévisée danoise uniquement ou avez-vous collaboré avec d’autres coproducteurs nordiques ?

Birgitte: Nous avons également collaboré avec Nordisk Film et Television Fund, et Match Factory pour les ventes internationales.

Peter: Thomas Vinterberg a trouvé le livre assez dur, mais aussi très beau – il dit avoir lu le livre alors qu’il était en instance de divorce et s’était retrouvé seul avec ses enfants, en 2007. Je crois, donc, qu’il s’est très fortement identifié avec le sujet, et que c’est ce qui a rendu ce film aussi touchant. On sent que son cœur y est.

Frederik, devez-vous vous livrer à un marketing plus inventif lorsqu’il s’agit d’un film à petit budget que lorsque vous avez affaire à une plus grosse production?

Frederik: Tout d’abord, cela n’a rien à voir avec le fait que ce soit ou pas inspiré d’un livre. Ce qui nous intéresse vraiment lorsqu’il s’agit de faire le marketing du film, c’est son potentiel. C’est ainsi que nous évaluons le budget que nous allons consacrer au marketing. Heureusement pour nous, je crois que nous possédons un budget marketing assez raisonnable pour ce film. Au Danemark, en particulier, nous aurons beaucoup de presse de la Berlinale, de Thomas. Les critiques souhaitent que Thomas s’en sorte bien. Ils sont intéressés par lui en tant que réalisateur. Cela jouera en notre faveur au moment de la sortie du film.

En ce qui concerne le livre, vous pouvez soit vous jucher sur les épaules d’un géant, soit sur celles d’un nain. Dans ce cas-ci, le livre nous apporte quelque chose, mais ce n’est pas cela qui va garantir le succès du film. Il apporte, en quelque sorte de la crédibilité, parce qu’il est inspiré d’un livre et qu’il reste très près de l’histoire originale. Ce n’est pas une œuvre que les gens ont lu et où ils se sont dit : « eh bien, nous aimons l’atmosphère, nous allons donc introduire cela dans le film. » Le fait que Jonas ait aimé le film, confère aussi une certaine crédibilité au film et au réalisateur. C’est donc un très bon début pour nous.

Peter: Vous vous êtes laissés 5 semaines entre la Berlinale et la sortie du film au Danemark. Est-ce que cela veut dire que vous pouvez vous adapter si le film remporte un des prix principaux au festival, que vous pouvez construire votre campagne de marketing atour de cela ?

Frederik: Sans aucun doute. Nous aimerions beaucoup que cela se produise, si bien pour nous que pour tous les partenaires.

Peter: Et les critiques danois, feront-ils la critique du film à partir d’ici ou est-ce qu’ils...

Frederik: Non, ils ne font que donner leurs impressions de la Berlinale, les tendances du marché. Et il faut dire qu’ils ont été très positifs jusqu’ici. Un journaliste danois a même qualifié le film de chef-d’œuvre, et a ajouté que c’était de loin le meilleur film de Thomas Vinterberg depuis Celebration, ce qui est vraiment très réjouissant.

Nous étions censés être la première sortie du mois de mai, mais lorsque nous avons entendu parler de la Berlinale, nous avons décidé de l’avancer au 25 mars, quand le marché est très compétitif. Nous nous frayons notre chemin, tout en espérant que les exploitants remarquent que Submarino fait partie de la Berlinale et qu’il recueille de bonnes critiques et de la bonne presse.

Question 1: Je suis curieux de savoir combien de brouillons et combien de grands changements de direction il y a eu avant d’arriver à un scénario définitif, lors du processus d’adaptation.

Birgitte: Eh bien, cela a pris assez longtemps. Je ne me souviens plus combien de temps exactement, mais peut-être un an et demi. Je dois dire que Thomas a écrit le scénario en collaboration avec Tobias. Il était très dur de trouver la forme du scénario, étant donné qu’il devait y avoir un lien entre les deux histoires. Mais comment s’y prendre? Nous avons alterné les histoires, puis nous sommes revenus à deux histoires séparées. C’était un travail assez complexe.

Peter: C’est un film où il n’y a que très peu de dialogues. Il y a des éclats de dialogue, et puis de longs passages où l’on montre les personnages, seuls, confrontés à eux-mêmes. Il a dû sûrement être très dur de réaliser un tel scénario.

Birgitte: En effet, cela a été un gros défi, aussi parce l’histoire s’assombrit au fur et à mesure. Comment garder un lecteur ou un spectateur dans un tel voyage ?

Peter: Je suis un scénariste qui écrit des adaptations de livres. Etant donné les relations parfois sensibles entre le producteur et l’auteur original, quel conseil pourriez-vous me donner pour que je puisse faciliter la tâche aux producteurs lors de ce processus ?

Birgitte: Je crois que tout est une question de confiance et de relation. Aussi longtemps que vous respectez l’auteur, vous avez une grande liberté d’action. Il ne s’agit pas de raconter exactement la même histoire, mais de la traduire en un film, tout en respectant l’idée originale, en d’autres termes l’âme de l’histoire.

Peter: Cela n’a pas dérangé l’auteur de ne pas participer à la rédaction du scénario ?

Birgitte: Non, nous avons été parfaitement clairs dès le début pour éviter qu’il n’y ait des zones grises sur qui fait quoi : l’auteur ne participe pas au processus de rédaction. Il peut être consulté, dire oui ou non, mais au fond, il n’a rien à voir avec ce processus.

Question 3: Birgitte, vous avez dit que l’histoire du film diffère considérablement de celle du livre. Je me disais qu’il n’avait pas dû être facile de négocier cela avec l’auteur original. Est-ce que cela a été rendu possible du fait que ce soit un jeune écrivain ? Je ne conçois pas, par exemple, qu’un écrivain établi permette qu’on change la fin de son livre.

Birgitte: Nous n’avons jamais travaillé avec un écrivain établi, donc je ne sais pas comment cela se passe dans ce cas-là. Dès le début, nous avons dit à l’auteur que nous souhaitions changer la fin, et comme je l’ai déjà mentionné avant, j’ai même essayé de le convaincre de réécrire la fin de son livre. Il savait donc qu’on allait changer la fin. Mais je crois qu’on respecte l’histoire, je ne crois pas qu’elle diffère considérablement de celle du livre. C’est seulement que le film est un peu plus porteur d’espoir.

Peter: La scène du bébé est-elle l’incipit du livre ?

Birgitte: Non, le livre commence avec la mort du bébé. Après seulement dix lignes le bébé est mort. Bienvenue (rires)! Vous ne pouvez pas commencer un film de cette manière, ou peut-être que oui, mais nous, nous en étions incapables.

Peter: Mais vous fermez délibérément la boucle, de façon à ce que vous commenciez et terminiez avec ces images délicates en gros plan sur les deux frères et le bébé.

Birgitte: J’aimerais ajouter qu’il est aussi très important pour nous d’établir une relation avec l’auteur, car nous aimerions poursuivre notre collaboration avec lui et avec d’autres écrivains également. Il est donc important de faire les choses de manière à ce qu’on puisse continuer après ce livre, peut-être avec un autre livre pour un autre film. J’ai même demandé à l’auteur qu’il nous écrive directement un scénario, et il se peut qu’il le fasse.

Peter: Mais vous ne l’avez pas laissé travailler sur le scénario de son propre livre…

Birgitte: Non. En fait, nous avons essayé de le faire, mais pour lui c’était beaucoup trop pénible. Il le voyait comme une mauvaise simplification de son travail.

Peter: Frank, j’aimerais vous demander si vous avez déjà publié des best-sellers qui sont devenus des films par la suite ? Avez-vous déjà été en contact avec le cinéma avant ?

Frank: Oui, de différentes manières. Ce roman appartient à la collection Tropen de l’éditeur Klett-cotta, qui possède une section fantastique avec à son compte des œuvres telles que Le Seigneur des anneaux de Tolkien. Du vrai matériel de marché de masse. De telles œuvres sont très rentables, mais aussi très délicates et demandent des interactions avec des sociétés, qui s’avèrent souvent difficiles. Avec ce genre de livre, pour être sincère, nous ne nous sommes jamais engagés dans le cinéma.

Peter: Mais vous avez pris le risque avant même de savoir s’il y allait avoir un film?

Frank: Tout à fait. Nous avons aimé le livre et le courant est bien passé avec l’auteur. Nous croyons qu’il est prêt à écrire d’autres romans intéressants, susceptibles de nous plaire. Ce livre nous avait assez convaincus et il correspondait tout à fait au profile du programme qu’on avait essayé de définir ces dernières années.

Peter: Frederik, si je crois bien comprendre, l’écrivain est passé de la People’s Press à un autre éditeur. Est-ce que cela a crée des frictions entre vous ? Est-ce que la People’s Press s’est dit : « Nous ne voulons plus entendre parler de ce type ! » ?

Frederik: Non, je crois que People’s Press, peu importe l’éditeur de Jonas, désire vendre davantage de livres. Donc, je ne dirais pas que c’est un problème !

Et j’aimerais ajouter quelque chose à ce que Birgitte a dit à propos des « conditions de liberté lorsqu’on souhaite adapter un livre. » Je crois que c’est plus facile avec un livre qui est méconnu du public, parce que cela nous donne beaucoup plus de liberté. De notre point de vue aussi, lorsqu’on a un best-seller, nous savons très bien que le public souhaite voir le livre matérialisé à l’écran. Cela nous laisse donc moins de marge d’action, parce qu’on sait que notre public sera majoritairement constitué de lecteurs du livre, ce qui a été le cas avec la trilogie de Stieg Larsson. Or, Les cerfs-volants de Kaboul a vendu 220.000 livres au Danemark et 220.000 entrées de cinéma. Sans le livre, un tel film aurait vendu entre 3000 et 5000 entrées, mais les gens qui ont lu le livre l’ont vraiment aimé et ils se sont dit que le livre était aussi bon que le film. Quoi qu’il en soit, nous avons certainement plus de liberté dans Submarino, car nous n’avons aucunes attentes à combler, mis à part celles de l’auteur et des quelques personnes qui ont acheté le livre.

Peter: La corrélation entre le nombre d’entrées et le nombre de livres vendus constitue une statistique intéressante dont je n’avais jamais entendu parler avant…

Frederik: Non, non, non, mais nous sommes libres de toute pression. Or, c’est une arme à double tranchant, parce que j’ai également sorti Harry Potter et je ne sais pas combien d’entrées on aurait vendu si le livre n’avait pas connu un tel succès.

Question 3: La plupart des producteurs produisent actuellement au niveau international. En ce qui vous concerne, cherchez-vous des histoires dans d’autres pays et essayez-vous de vendre vos films à d’autres pays, ou est-ce que vous essayez de les vendre pour leur distribution au Danemark uniquement ?

Birgitte: Nous essayons toujours de vendre nos films internationalement. Très souvent, les ventes à l’étranger nous rapportent plus d’argent que celles au Danemark.

Chercher du matériel à l’étranger est très difficile. Je suis allée à la foire du livre, notamment. Lorsque je lis un livre et qu’il me touche, il a déjà été publié il y a des années dans son pays d’origine et quand j’essaye d’en obtenir les droits, ils ont déjà été vendus. Nous cherchons donc des livres au sein des pays nordiques, à savoir en Norvège, en Suède et en Islande aussi, mais à l’extérieur c’est un peu plus compliqué. Nous sommes un petit acteur et on nous dit toujours : « Désolé, Miramax a déjà acheté les droits. »

Peter: Etes-vous parfois tentés de tourner les films en anglais ou est-ce que vous tournez toujours en danois?

Birgitte: Nous avons tourné quelques films en anglais. Je crois que c’est possible, mais très rapidement, vous perdez ce côté authentique que les acheteurs internationaux recherchent, justement. A part cela, qu’est-ce qu’on a de particulier à offrir sur le plan des films internationaux? Mais ce serait quand-même intéressant de parvenir à le faire.

Peter: Je mentionne cela, car j’ai vu la semaine dernière à la Télévision suisse le film roumain lauréat de la Palme d’Or à Cannes, qui a été très bien doublé et cela m’a rappelé que lorsque vous avez un film en langue minoritaire et que vous le vendez à l’étranger, vous devez automatiquement avoir recours aux sous-titres. Or, lorsque vous avez des sous-titres, les ventes aux chaînes télévisées diminuent et le marché est limité presqu’automatiquement à un certain nombre de cinémas. Donc, des fois il doit y avoir la tentation d’avoir recours à l’anglais.

Birgitte: C’est certainement une tentation, mais qui est très difficile à financer. Nous avons besoin du soutient financier qu’apporte le système de subventions danois. Il est évident que ce système n’aime pas trop les films en anglais, car son but est justement de promouvoir la langue et la culture nationale.

Peter: Combien de temps avez-vous entre la sortie dans les salles du film et sa diffusion sur la chaîne danoise TV 2?

Birgitte: Deux ans. Mais je ne suis pas sûre que cela reste toujours comme ça.

Peter: Et combien de temps allez-vous attendre avant de sortir le DVD ?

Frederik: Ce n’est pas une question de combien de temps nous allons attendre, mais de combien de temps nous devons attendre. Nous devons attendre six mois au Danemark, ce qui à mon avis est beaucoup trop long, surtout depuis que les films étrangers projetés au Danemark ne doivent attendre que quatre mois. Donc nous négocions cette affaire avec les cinémas.

Peter: Nous n’avons pas encore parlé des agents, ce matin. Constituent-ils un facteur important au Danemark ? Vous avez dit que l’éditeur vous a contacté. Est-ce qu’après avoir établi le contact et avoir été intéressé dans le livre, vous avez dû négocier avec un agent littéraire ?

Birgitte: Non, parce que l’auteur n’avait pas d’agent à l’époque, mais il en a un maintenant. J’ai conclu l’affaire directement avec l’éditeur. Je n’ai jamais essayé autre chose. Mais qui sait, les choses peuvent changer maintenant.

Peter: L’auteur avait donc confié les droits du film à la maison d’édition?

Birgitte: Souvent les auteurs ne sont pas d’accord, mais la plupart d’entre eux permettent à la maison d’édition de gérer les droits. Il est également intéressant pour un réalisateur tel que Thomas Vinterberg de travailler avec de nouvelles personnes, parce qu’il a beaucoup d’expérience et que même les gens expérimentés ont besoin d’être inspirés de nouvelles manières afin de pouvoir suivre de nouvelles directions. Je crois que, en gros, il est bénéfique pour tout le monde de travailler de temps à autre avec des personnes différentes.

Peter: Malheureusement, nous n’avons pas pu avoir Thomas Vinterberg avec nous, mais j’aurais bien aimé lui demander si la forme du livre, sa structure, sa narrative ont affecté sa manière de tourner le film. L’image de ce film est quelque peu différente de celle de ses films antérieurs. Il a un style beaucoup plus classique. Je me demande si on peut attribuer cela au livre ou si c’est sa façon à lui d’outrepasser Dogme95.

Birgitte: Je crois même qu’il est retourné à avant Dogme, à ses premiers films, ses films de l’école de cinéma. Il est vraiment revenu aux sources et non pas à Dogme.

Frederik: Je voulais aussi ajouter que nous sommes très heureux de travailler avec de nouveaux talents. Le Danemark est un pays tellement petit que cela ne vous apporte aucune presse si vous prenez toujours les mêmes noms. On peut penser que cela apporte une certaine sécurité, mais je crois que dans ce cas-ci, cela nous ouvrira de nouvelles options de presse, étant donné que ces nouveaux talents apportent une bouffée d’air frais au film.

Peter: Est-ce que vous croyez que c’est dû au fait que vous ayez de bonnes écoles d’art dramatique ? Est-ce que ces acteurs avaient déjà travaillé dans le domaine de la télévision ou du théâtre, ou est-ce que ce sont de vrais amateurs ?

Birgitte: On a de tout. Un d’entre eux est un célèbre acteur danois qui a déjà joué dans de nombreux films. Il joue le rôle du frère aîné, Nick. Celui qui joue le cadet a fait beaucoup de théâtre, mais son rôle dans le film est son premier grand rôle. On a donc un mélange de tout. Je pense que nous avons de bons acteurs au Danemark, parce que nous avons de bons théâtres et de bonnes écoles d’art dramatique. Nous avons une tradition qui remonte à loin.

Peter: Allez-vous présenter ce film dans d’autres festivals, peut-être des festivals plus petits. ?

Birgitte: Je crois, oui...

Case study: pdfSubmarino

 

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