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Dossier industrie: Distribution et exploitation

Scopa Medien: le modèle économique des séries sur Internet

par 

- Thomas Schneider-Trumpp est producteur délégué et directeur d’animation chez Scopas Medien.

Quand avez-vous commencé à travailler avec Internet ?
Scopas Medien existe depuis 15 ans. Depuis 1999, nous nous concentrons sur des concepts de série télévisées. Cela fait maintenant dix ans que nous en présentons presque chaque année en ce moment, nous coproduisons 4 séries et un long métrage. Lorsque que vous constatez que la télévision rapporte, il n’y a pas vraiment de raison de travailler sur internet. Mais nous pensons que ce n’est plus le cas aujourd’hui.

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Comment avez-vous établit votre modèle économique ?
Notre modèle économique fonctionne avec les producteurs mais pas avec les sociétés de distribution. C’est une petite entreprise qui s’accroît fortement, mais qui ne réalise pas un grand chiffre d’affaire. Depuis 2008, il est possible de faire des bénéfices uniquement grâce à internet, même en ce qui concerne les contenus d’animation. Un contenu sur le web est facile à transférer vers d’autres pays, nous sommes donc à la recherche de partenaires de franchise dans d’autres pays.

Pourquoi avez-vous créé des séries pour le web ?
Il y a plusieurs raisons. C’est peut être typique en Allemagne, mais les contenus d’animation restent rares. Bien que nous existions depuis 15 ans, nous devons toujours nous démener pour trouver des contenus originaux avec les diffuseurs. En général, ils proviennent de l’étranger, mais autorisé ou coproduit en Allemagne. Il existe deux importants facteurs supplémentaires : les diffuseurs ont tendance à financer des séries destinées aux maternelles et les coûts de production des séries TV sont se sévèrement réduits.

Conséquence : nous ne pouvons plus produire de séries d’animation dans nos studios. Nous sommes contraints de nous tourner vers l’étranger, ce qui n’est pas une bonne chose. Comme nous sommes spécialisés dans l’animation image par image, c’est très difficile de partager le travail avec d’autres producteurs. Nous voulons également développer des concepts pour un autre public, ce qui est impossible en Allemagne, où des séries comme Les Simpsons ou South Park sont diffusées sur des chaînes privées.

C’est pourquoi, nous avons décidé d’autoproduire et de distribuer nos contenus sur Internet.

Internet comporte plusieurs aspects positifs. Nous pouvons toucher tous les publics, qui dans notre cas, se situe entre 14 et 45 ans et adorent les contenus d’animation. Etant diffuseur sur Internet, ce que nous sommes devenus, nous contrôlons totalement notre marque car nous décidons quand, où et à quelle fréquence le contenu doit être diffusé. Nous avons également le contrôle de la chaîne de valeur, c’était un point sur lequel nous étions toujours en désaccord avec les diffuseurs. Nous avons beaucoup investi dans des coproductions pour la télévision, avec en tête l’idée de conserver les droits et rechercher des partenaires de licence à travers notre propre service de merchandising. Cette stratégie devient inutile si le télédiffuseur n’émet pas notre contenu à la télévision.

L’idée de coproduction dans notre cas ne fonctionne pas, même si nous sommes censés être au même niveau que le diffuseur. Sur Internet, nous contrôlons le contenu. De nouveaux modèles économiques voient le jour sur la toile, ce qui permet aux publicitaires de couvrir notre contenu.

Nous sommes en relation directe avec notre public, nous le connaissons, et dans un sens nous pouvons le contrôler, en envoyant nos informations, par courriel par exemple, à des centaines de chaînes, auxquelles nous pouvons envoyer nos contenus et qui peuvent nous faire faire des bénéfices. Bien sûr, il existe un grand nombre d’utilisateur qui passe environ 60 à 120 minutes par jour sur la toile, qui visite une dizaine de pages en moyenne ; c’est pourquoi nous devons aller là où le public se trouve afin de lui présenter notre contenu.

Que doit-on prendre en considération quand on produit sur Internet ?
Quand on commence à développer quelque chose sur le web, on doit faire attention à ce que l’on entend par « Internet », nous pouvons publier nos images et sans cesse les recycler. La « génération Internet » actuelle est à la recherche de contenus différents, mais toujours aussi courts et rapides.

Quel genre de contenu produisez-vous ?
Nos produits sont des « comédies sportives » : les nouvelles sportives et les personnes célèbres du monde sportif. Nous recherchons un certain contact émotionnel avec le public. Nous avons choisi 2 projets. Le premier a pour sujet l’équipe nationale de football en Allemagne. Entre 9 et 12 millions de personnes suivent le championnat sur le web. C’est la programmation idéale pour produire du contenu pour les championnats et les sports nationaux. C’est un sujet récurrent et il possède déjà un public spécifique. Nous avons créé un contenu pour accroître ce public, en construisant notre propre chaîne. Nous pensons que nous attirons 10% du public qui suit le foot, ce qui représente déjà une grande réussite.

Combien d’épisodes produisez-vous ?
Nous produisons un à deux épisodes par semaine, toujours à partir d’une nouvelle sportive. Nous sommes en collaboration avec plusieurs portails web qui diffusent nos émissions sur leur page d’accueil. Nous proposons trois types de programmes : en coulisse sous forme de revue de presse, une petite histoire et la « vraie » vie dans les coulisses. L’émission fait jouer des marionnettes. Nous produisons environ 40 épisodes par an et pendant la Coupe du Monde, nous en produisons tous les jours.

Après la première année, RTL Télévision nous a demandé de produire le programme pour leur chaîne, ce que nous avons fait pendant deux saisons.

Quelles sont les principales différentes entre un producteur TV et un producteur Web ?
Nous avons dû apprendre à raconter et distribuer les histoires d’une nouvelle façon. Nous avons également dû apprendre à être des journalistes. Pour produire ce genre d’émission, on doit être fan de sport, intéressé par l’actualité sportive et en être informé, car on doit s’exprimer en tant que journaliste à un groupe qui pourrait en savoir plus que nous. Le matin avant de planifier le tournage d’un nouvel épisode, on lit les journaux ; ensuite il est primordial de savoir comment fonctionne le site Internet et on se transforme en programmateur dans un sens. Nous avons créé un service éditorial avec une équipe traditionnelle de scénaristes de comédie, avec laquelle nous convenons des articles. Quand on produit un clip, sa durée de vie sur la toile peut être de 2 semaines maximum. On doit alors se concentrer sur la meilleure histoire à développer et écrire le scénario avec les personnages que tout le monde connaît.

Nous produisons ces épisodes très rapidement, ce n’est pas comme à la télévision, nous devons livrer un épisode en 2 ou 3 jours. L’animation image par image est la meilleure façon pour le faire ; nous sommes capables de produire 1 à 2 minutes par jour, ce qui représente la durée de chaque épisode. Nous pouvons alors commencer le tournage et le boucler en une journée ; aussi parce que nos productions sont programmées entre 1 et 6 jours pour les trois différents programmes.

On doit bien planifier notre livraison, on doit charger le clip sur un serveur ftp ou même l’envoyer par courriel et toujours garder en tête tous les différents formats comme Quick Time, Windows, Media file, etc. Dans un an ou deux, il n’existera plus que deux systèmes principaux, ce qui impliquera de nouvelles connaissances et de nouvelles façons de produire.

Quand avez-vous commencé la production ?
Notre premier concept était basé sur des épisodes de 22 minutes lors de la Coupe du Monde en 2006. Puis nous avons produit un pilot de deux minutes et une bible (un glossaire de termes) pour RTL TV. Nous avons investi nos ressources, environ 25.000 €, dans la création des personnages, pour tourner le pilot de deux minutes. Nous avons proposé le concept à des portails sur la télévision et Internet. Nous avons eu de bons retours mais nous n’avons touché aucun bénéfice avant 2008, quand les portails ont commencé à nous financer. Nous avions créé un pilot afin d’expliquer l’histoire et de montrer à quelle vitesse nous pouvions livrer le produit.

Désormais, vous distribuez votre propre contenu. Comment avez-vous appris ce nouveau métier ?
La distribution était un tout nouveau domaine pour nous. Sur Internet, il suffit de donner votre contenu et les portails web se chargent de le livrer. C’est plutôt simple car en Allemagne, il est possible de vendre des licences à n’importe quel portail sans restriction des droits exclusifs.

Les portails web peuvent soit vous donner une garantie minimum (ce qui est de plus en plus compliqué), soit vous rémunérer sur une base de partage des bénéfices. Dans ce cas, vous avez besoin de surveiller votre contenu. Le notre parle de l’actualité, il se retrouve donc à la une des pages Internet. Au cours des 10 derniers mois, nous avons été visionné par 16 millions d’utilisateurs en Allemagne, avec une moyenne de près de 1,6 million par mois, parce que nous fournissons un format de divertissement basée sur l’actualité. Les portails doivent également placer le contenu avant un évènement. Actuellement, nous produisons pour la Ligue nationale de football en Allemagne, nous livrons le vendredi et ils le placent pendant le weekend.

Nous avons reçu environ 30 à 50 000 visites grâce un clip, la première semaine. Il existe un processus de diffusion à plus long terme, durant les six mois qui suivent.

Nous allons bientôt collaborer avec un partenaire de distribution qui livre des informations à plus de 300 portails. Comme nous traitons l’actualité, ces portails utiliseront également notre contenu. Nous espérons engendrer plus de 130 000 utilisateurs par clip. En Allemagne, le coût pour mille impressions se situe entre 20 et 40 euros, à diviser avec la société de distribution ou le portail web. Entre 30 et 50% des recettes reviennent au producteur.

Travaillez-vous avec YouTube ?
Oui, nous devons à YouTube 85% de nos visualisations. Les recettes sont plutôt modestes : environ 1 000 à 3 000 euros par mois. YouTube utilise le système de rémunération au clic (coût par clic) et vous devez pour cela être partenaire de YouTube. Cela est possible si vous détenez tous les droits de l’émission. En tant que société professionnelle, il est tout à fait possible de devenir partenaires via un simple contrat. Nous sommes payés quand les gens regardent notre film (du début jusqu’à la fin) et quand ils cliquent sur la bannière publicitaire ; nous empochons 50% des recettes, l’argent arrive en un clic. Si on le transpose au système de rémunération par impression (coût par impression), cela correspondrait à environ 13 000 - 20 000 euros.

Ce système va changer. YouTube a commencé des essais aux Etats-Unis afin de voir comment ajouter des publicités pre-rolls avant la diffusion des vidéos et nous devons évaluer si c’est possible en Europe. Toutefois, cela peut causer un problème : ajouter des pré-rolls avant la vidéo signifie aussi une baisse de 50% du public…

La stratégie consiste alors à diffuser du contenu sur autant de portails possibles ?
Oui, votre clip doit se trouver sur tous les fronts. Bien sûr, nous avons notre propre site, alors nous pouvons diffuser notre contenu n’importe où.

De quelle façon un producteur peut-il se construire une marque sur Internet ?
Sur la toile, vous devez être en attirer le plus grand nombre de visiteurs. La marque n’est pas définie tant comme une idée artistique mais plutôt dans le but d’attirer du public. 60% de notre trafic provient de liens hors YouTube. Les publicités se répandent vers toutes ces autres pages, ce qui génère également de l’argent sur même sur ces sites privés. Nous percevons également les recettes provenant d’une licence de contenu pour la télévision, où les chaînes de diffusion nous payent pour regarder un film.

On peut avoir un plan médiatique qui se base sur les évènements d’actualité : en 2008, pour 15 clips, nous avons vendu des licences de téléphones portables pour un total de 40 000€. Mais désormais, en Allemagne, la téléphonie mobile ne rapporte plus. C’était en plein essor en 2007-2008, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui ; nous ne sommes donc plus fixés là-dessus.

Il est primordial de se concentrer sur l’éditorial. Nous rédigeons tous les jours et nous nous adressons au public ; les gens sentent que notre site est vivant tout en restant simple.

Comment avez-vous structuré votre site ?
Nous avons un programmateur informatique chargé des détails du site. Pour la structure, nous suivons celle de la plupart des sites vidéo qui comportent un clip principal et une vidéothèque. Un espace est prévu pour du contenu généré par les utilisateurs. Pour cela, nous avons mis en place toutes sortes d’outils afin que les internautes puissent voter, noter, mettre les clips dans leurs favoris, ce qui facilite le lien vers d’autres sites ou même vers leurs amis.

Dans la phase de développement du titre et du texte du clip, nous devons garder en tête les meilleurs mots-clés qui faciliteront les recherches, comme nous avons travaillé pour la Coupe du Monde 2010, le clip apparait parmi les 10 premières entrées proposées par Google dans la barre de recherche.

Quels sont vos sources de revenus, autres que ce que vous rapportent les annonces publicitaires sur la toile ?
En ce qui concerne le modèle de licence, nous avons produit des DVD et nous avons du contenu sur iTunes. Nous avons vendu en Allemagne 30 000 DVD, ce qui nous a rapporté des garanties minimum de la part du distributeur d’environ 20 000 euros, tandis qu’avec iTunes, nous avons gagné 2 000 euros en 8 semaines.

Pour conclure, il est important que notre contenu soit visionné. Il faut obtenir autant de visiteurs que possible afin de monétiser les clips, en misant les investissements dans la distribution. Il est bon d’avoir son propre site Internet, mais le contenu doit également être diffusé sur d’autres sites.

À combien s’élèvent les coûts de production d’un clip ?
Les coûts pour produire un clip facile à réaliser s’élèvent aux alentours de 7 000 euros. Initialement, il faut compter un investissement de 10 000 pour le tournage de scènes réelles avec les joueurs qui seront réutilisés plusieurs fois au cours de l’histoire.

Combien le blog vous a-t-il coûté ?
Le prix pour le blog s’élevait à 100€ par mois, sans compter les rédacteurs. En fait, il y a une personne qui y travaille à mi-temps. Pour l’hébergement, nous collaborons et partageons les bénéfices avec une plateforme vidéo qui rentabilise les coûts du streaming, qui peuvent atteindre jusqu’à 3.000 euros par mois. Les retours sur investissement n’est pas évident, en ce moment, nous en sommes quasiment à la moitié et nous touchons environ 10.000 euros par mois.

 

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