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Dossier: Distribution et exploitation

Etude de cas: Ernest et Célestine

par 

- Ernest et Célestine est un film basé sur les livres pour enfants du même nom. C'est l'histoire d'une amitié particulière entre un ours et une souris dans un monde où ces deux espèces sont supposées être les pires ennemis. Ernest et Célestine est le genre de film qui rassemble enfants et parents, faisant rire et sourire les plus jeunes ainsi que leurs aînés. Ce film belge a attiré 911 000 spectateurs dans les pays francophones d'Europe.

Nous avons interviewé les distributeurs de différents pays d'Europe de ce film pour comprendre comment le film a été distribué de par l'Europe et voir les différentes particularités selon les pays.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Interview Eliane du Bois – Cinéart (Belgique)

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à distribuer ce film ?

J'aime beaucoup l'animation. C'est vrai qu'au sein de Cinéart, je pousse pas mal pour prendre des films d'animation. On a d'ailleurs été primé dans le cadre d'un festival comme meilleur distributeur de film d'animation de l'année. Je connaissais les livres d'Ernest et Célestine et c'est un projet qui, au fur et à mesure qu'on l'a découvert, on s'est dit qu'on pouvait avoir une vraie surprise. Voilà, c'est mon goût personnel, enfin personnel... et celui d'autres membres de l'équipe ! Je suis aussi la BD. Il y a de plus en plus d'adaptations, de films d'animation pour adultes et pas uniquement pour enfants. D'ailleurs, celui-là est autant pour les adultes que pour les enfants je trouve.

Est-ce que la notoriété de Patar et Aubier vous a influencé dans le choix de ce film ?

On avait sorti avec eux Panique au Village [+lire aussi :
critique
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film focus
interview : Stéphane Aubier et Vincen…
interview : Stéphane Aubier et Vincent…
fiche film
]
. Ça a donc été une énorme aventure, un peu décevante quant aux résultats. Parce qu'il y a eu un boulot fait, par eux et la production, par la partie très très longtemps à l'avance des partenariats, des trucs sur internet gigantesqueq et un peu disproportionnés par rapport à ce qu'il s'est passé par la suite. Je ne suis pas sûre que ça ait été déterminant.

Pour Ernest et Célestine, j'avoue qu'au départ, je ne savais pas que Gabrielle Vincent était belge. Je crois que beaucoup de spectateurs l'on découvert aussi. Je pense que les Français croient qu'elle est Française d'ailleurs (rires). Ils s'approprient en général par mal les talents belges.

Il y a elle puis Pennac. Quand on a lu le scénario, on s'est rendu compte que la grande réussite c'était l'univers de Gabrielle Vincent qui est graphiquement magnifique, mais que les histoires étaient assez gentilles. L'ours est toujours souriant, etc. En voyant le scénario de Pennac on pouvait se demander ce qu'ils (Patar et Aubier) allaient faire parce que ça n'a rien à voir avec Pic Pic André et Panique au Village. Mais ils ont réussi ensemble à apporter aux dialogues, au ton et aux idées aussi bien sonores que graphiques, des choses que j'ai découvertes plus tard - parce que j'ai vu le film plusieurs fois. Quand ils mettent sur le mur de la prison : « André m'a tuer signé Pic Pic » par exemple(rires). Je crois qu'à trois plus le réalisateur, ils ont étoffé l'univers qui fait que ce film, quand on a fait une première projection à Namur et que c'était la soirée de la communauté française, on avait une salle pleine d'adultes et ils sont tous sortis avec la pêche en disant : « ça nous met de bonne humeur, c'est formidable ! ». C'est vrai qu'on aime pas tous les films qu'on sort au même niveau, mais pour celui-là, je n'ai pas la moindre remarque ou critique à faire. Pour moi c'est un film réussi aussi bien au niveau du rythme, du rendu visuel... Je ne m'y connais pas extrêmement bien techniquement, mais je crois qu'il y a dix ans on n'arrivait pas à ce même rendu de l'aquarelle sur l'écran. Les idées du scénario, les dialogues, les voix... Pour moi, tout est parfait !

Vous avez dit que esthétiquement et même du point de vue de l'histoire c'était une réussite. Est-ce que vous pouvez en dire autant au point de vue de la distribution jusqu'à présent ?

C'est formidable ! Disons que quand les exploitants sentent qu'il y a un vrai potentiel, parce que le bouche à oreille est formidable, après ça a été formidable. Donc les exploitants tiennent. Pendant les périodes scolaires, on tient surtout le mercredi, samedi, et dimanche. Et puis on a profité à nouveau des vacances de février. Si tout va bien on va encore profiter de Pâques, inch'Allah ! Et donc pour l'instant on dépasse les 85 000 entrées, ce qui est absolument énorme ! C'est quand même majoritairement Bruxelles et la Wallonie. On en est à environ 20 000 entrées à Bruxelles 60 000 en Wallonie et le reste en Flandre. Il est aussi sorti en Hollande, ça marche, mais ce sont des petites recettes parce qu'il y a un vrai problème de marché. Sur les périodes de congé, tout est concentré, tous les films d'animation passent sur les périodes de congé scolaire. Donc c'est plutôt encombré. C'est souvent les parents qui font le choix du film, mais les enfants disent : «  Je veux absolument voir ça ! ». En Flandre et en Hollande, il y a un important marché de productions locales, en plus des productions américaines. Ils ont des productions locales qui sont issues de séries télévisées ou autre qui font que les enfants veulent voir ça en particulier. J'ai toujours tendance à dire qu'il y a quand même des parents qui ont envie d'emmener leurs enfants voir des choses un petit peu différentes, un petit peu indépendantes. Et je ne sais pas où sont ces parents (rires) ?

Et justement vous avez sorti le film en décembre pour les vacances de Noël alors ?

Oui, mais on se cale sur la France en général. Parfois les Français reculent la sortie du DVD mais aujourd'hui les DVD ont la possibilité de sortir quatre mois après. Donc quatre mois, c'est déjà pas très long pour des films qui tiennent longtemps. Si nous on commence encore après, ça devient trois mois ou deux mois et à ce moment là les exploitants, même si ce n'est pas toujours systématique, ils se disent que maintenant qu'il y a le DVD sur le marché ça ne sert à rien de continuer à jouer le film ! Donc oui, on essaie de se caler à une semaine près pour pouvoir faire venir les gens du film. Là il n'y a pas de comédiens à faire venir dans un film d'animation, mais c'est plutôt les réalisateurs. Puis il y a eu des possibilités. Ernest et Célestine permettait de travailler avec les éditeurs. Il y a les bouquins originaux, il a le bouquin du film, il y a le bouquin de Pennac... Il y avait une multitude de choses et eux-mêmes on fait un travail avec les libraires. Ils nous appuient et on se renvoi la balle. Notre travail pousse la vente des livres et leur travail pousse la notoriété du film. Il y a eu l'exposition de Gabrielle Vincent qui a été faite plus tard avec l'appui de la commune d'Ixelles. Il y avait toute une partie consacrée à Ernest et Célestine. Ils l'ont fait dans ce cadre là tout en mettant d'autres toiles à elle, plus les petites cartes qu'elle faisait.

Vous avez dit que souvent ce sont les parents qui décident d'emmener leurs enfants voir un film. Est-ce que vous essayer de cibler aussi bien les parents que le jeune public dans votre campagne ?

Oui. C'est-à-dire au niveau promotionnel, nous nous sommes rendu compte qu'il faut quand même avoir au-delà de quatre ans pour Ernest et Célestine. Alors que pour Kirikou, c'était trois ans. A l'avant-première il y a des enfants qui ont eu peur du début avec la Grise qui fait le grand méchant ours et l'ombre sur le mur. Tout à coup, on a vu des enfants sortir en pleurant, ils avaient peur. Il faut aussi comprendre l'histoire des dents. Il faut déjà avoir perdu une dent et l'avoir mise sous son oreiller pour avoir cette dimension-là. Mais voilà, comment est-ce qu'on atteint notre public ? Ici les exploitants jouent le jeu ou pas. C'est-à-dire que c'était difficile de les convaincre de prendre le risque de mettre certaines séances en soirée en se disant qu'il y a un public adulte. Les adultes ne veulent pas se montrer trop enfantin en allant voir un film d'animation pour enfants tout seul, donc il faut le prétexte d'emmener un enfant pour y aller. Donc, a priori, certaines villes avaient des séances en soirée programmées, mais on mise surtout sur les séances en après-midi. Dans toutes les villes on vous dit : « Ah non ! Les films pour enfants et les films d'animation pour enfants, c'est l'après-midi, point barre ! ». Tous les jours quand c'est des congés mais seulement mercredi, samedi et dimanche en période scolaire. Après, pour atteindre ce public, c'est vrai qu'il faut toucher aussi les grands-parents et les parents. Là, ce ne sont pas les enfants qui vont lire les articles. Il faut essayer d'être dans les salles où il a ce type de films pour public familiale. C'est un film familiale, donc il y a tous les petits concours, il y a des journaux, il y a des sites, il faut réussir à toucher les parents. Et puis la visibilité ! Les gens connaissent les bouquins, et donc les libraires les remettaient en avant dans leurs magasins. Il y a quand même des parents qui ont déjà acheté des bouquins Ernest et Célestine pour leurs enfants.

Est-ce que vous avez entrepris une campagne sur les réseaux sociaux ?

Oui,  on le fait assez systématiquement maintenant. Après il y a des partenariats avec des médias, il y a leur propre site, il y a des avant-premières organisées... On a commencé en fait avec des avant-premières au moment de la Saint-Nicolas parce que l'on sortait après, on est sorti le 18 décembre. Comme les exploitants étaient assez enthousiastes et qu'il y avait des demandes pour faire des séances Saint-Nicolas, le film a déjà existé avant sa sortie sous forme d'avant-première dans les réseaux.

 

Est-ce que vous avez eu un droit de regard sur le trailer et l'affiche du film ?

 

Non, on ne l'a jamais vraiment. Enfin si parfois quand ce sont des coproductions avec la Belgique ou des films belges. La bande-annonce peu coûter un peu cher à refaire, disons qu'on voit ce qui existe sur le marché. Mais sinon ça nous arrive d'aller chercher plutôt dans un autre pays la bande-annonce d’un film étranger. Si on n’aime pas l'affiche ou si elle ne convient pas à notre marché, on la refait. Ça coûte moins cher que de refaire une bande-annonce. Tout ce qui était déclinaison du visuel qui avait commencé à Cannes – ils avaient fait un petit book – étaient bien. On a même fait notre carte de vœux avec Célestine qui soufflait à l'oreille d'Ernest : « Bonne Année ». Après on prépare du matériel pour des salles. Par exemple ce que l'on peut coller aux vitres des portes, des guirlandes, cartes postales... On ne peut pas faire de publicité dans les écoles mais il y a un dossier pédagogique fait pas l'équipe des Grignoux. À mon avis, après les séances scolaires, on va dépasser les 100 000 entrées. C'est beaucoup pour un territoire comme le nôtre en sachant que c'est surtout Bruxelles et la Wallonie. Il ne faut pas se leurrer, la version doublée en néerlandais ne servira qu’après pour le DVD et les ventes télévisées, mais les frais du doublage se récupérerons à peine sur les ventes en salle.

Justement quel a été le budget de sortie et comment le planifie t-on ?

Tout compris : le digital, la promotion, tout ce qui est affiche, spots, pub internet... On a pris le risque, c'est un petit 100 000 euros. La manière dont on fonctionne c'est d'abord un brainstorm avec les gens de l'équipe qui ont vu le film. Il y a des gens de la programmation qui ont déjà eu un vague écho de certains exploitants à qui on montre le film assez tôt, on l'a montré à certains journalistes, donc on sait un peu comment va se positionner la presse flamande et francophone. On fait un brainstorm pour se dire : quelles sont nos estimations ? Quels sont les risques ? Ici, les 100 000 euros, c'est l'équivalent de 37 000 entrées. On était déjà assez optimiste. C'est vrai que lorsqu'on a donné une visibilité, qu'on a fait une campagne dans les transports -il y en a encore qui circulent d'ailleurs- on s'est dit que c'était le genre de film qui pouvait décoller. Si on se dit qu'un film est bien mais qu'on aura beau faire plein de publicité, ils ne décollera pas, alors on essaie de quand même faire ce qu'il faut, mais de trouver des formules qui ne soient pas trop chères. Donc là c'est un bon budget de promotion parce qu'on y croyait et qu'on se doutait, on espérait que ça booste un peu les entrées. Les gens ne se rendent pas toujours compte, mais ça se joue vraiment sur le démarrage parce que tous les lundis on a affaire aux exploitants qui nous disent : « ça fait pas assez j'enlève des séances, je fais sauter le film ».

Interview de Andrea Metcalfe AQS (République Tchèque)

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à distribuer ce film ?

L'animation de ce film est de type classique et très rare, par conséquent cela rend ce film très unique et beau. Je peux en dire autant des personnages et de cette histoire douce et mélodieuse qui attendrit les spectateurs de tout âge.

 

Avez-vous choisi de le distribuer à cause de son potentiel d'audience ou plus pour ses spécificités visuelles?

Je répondrai à cette question de la même manière que la précédente. Ce film a un grand potentiel pour les enfants comme pour les adultes, l'espace d'un instant on peut arrêter la vie de tous les jours et se faire plaisir avec ce magnifique film.

 

Comment avez-vous planifié la sortie de Ernest et Célestine?

Les publics cibles étaient bien entendu les enfants et les familles.

 

Quels étaient les critères de décision pour la date de sortie du film?

Le marché du cinéma est très difficile. Il faut planifier à l'avance et donner assez d'espace pour les films familiaux.

 

Quels étaient vos buts pour ce film ? Est-ce qu'ils ont été atteint ?

Si vous avez au moins un spectateur heureux alors votre but est atteint.

 

Quel était le budget de la sortie du film? Comment planifiez-vous cela?

C'est une question de business qui doit rester en coulisse.

 

Comment cibler une audience si jeune?

Nous avons une équipe de marketing très expérimentée qui s'est concentrée sur les jeunes enfants, les pères et les mères.

 

Avez-vous entrepris une campagne sur les réseaux sociaux?

Bien sûr, il faut utiliser toutes les chaînes de marketing de nos jours.

 

Quelle était votre approche pour le casting des voix doublées des personnages?

Les voix de doublage sont très importantes et c'est grâce une très bonne tradition de doublage en République Tchèque que nous n'avons eu aucun problème à trouver des voix célèbres qui correspondaient aux personnages.

 

Est-ce que vous distribué souvent des films adaptés de livres? Est-ce que les livres sont connus en République Tchèque?

Oui, nous distribuons assez bien des films qui sont des adaptations de livres. Parfois cela aide le film mais principalement, le film doit être accessible pour les publics locaux.

 

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