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Dossier industrie: Numérique

La projection numérique entre accélérateur et frein

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La projection numérique entre accélérateur et frein

- Réunis à Paris fin janvier à l’occasion de la 6e édition de l’IDIFF (International Digital Film Forum), les professionnels français et européens ont fait le point sur le développement contrasté de la projection numérique sur le Vieux Continent. Entré dans une nouvelle phase avec l’équipement en cours du premier circuit en Europe (les Français de CGR Cinémas) à se lancer dans une bascule totale vers la nouvelle technologie et par les premiers pas du géant EuroPalaces (Pathé et Gaumont), la transition vers la projection numérique enregistre néanmoins plusieurs freins dans l’Hexagone : refus d’UGC de se précipiter, inquiétudes des petites salles et épineuse question du financement divisant exploitants et distributeurs, sans oublier la question de l’offre réduite de films en numérique.

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Décollage imminent

Selon les statistiques les plus récentes, 6000 écrans sont équipés dans le monde pour la projection numérique (contre 2000 fin 2006), dont 15 % en Europe. Cependant cette nette accélération du déploiement majoritairement stimulée par l’Amérique du Nord y connaît actuellement une pause avec la négociation de nouveaux accords de Virtual Print Fee (système du tiers investisseur), alors que l’Asie connaît une progression rapide depuis six mois.

Sur le Vieux Continent, le Royaume-Uni mène le bal avec 300 écrans (dont 240 installés dans le cadre du Digital Screen Network impulsé par le UK Film Council), suivi par l’Allemagne qui est le marché se développant le plus vite (130 écrans), la Belgique (65) et la France (environ 50). A noter aussi la présence de l’Irlande et de la Norvège parmi les pays européens les plus dynamiques en matière de déploiement numérique, tandis qu’au Portugal, en Grèce, aux Pays-Bas, en Hongrie et dans les pays baltes, cette nouvelle technologie stagne malgré quelques timides tentatives. Des différences qui tiennent essentiellement aux caractéristiques très diverses des marchés européens, aucun modèle économique ne pouvant s’appliquer à tous, même si les problématiques techniques semblent résolues.

En France, l’heure semble au décollage avec la décision de CGR Cinémas de basculer son parc de 390 écrans entièrement en numérique avant fin 2009 (lire la news du 28 novembre 2007) et l’ouverture à Lyon, du Pathé Vaise qui compte huit salles sur 14 équipées en numérique et va servir d’étalon pour le groupe Europalaces, sans oublier l’accord signé par le Centre National de la Cinématographie (CNC) et les Allemands du FFA sur les critères techniques du passage à la projection numérique (la news du 24 septembre 2007).

Du côté des retours d’expérience, de bonnes nouvelles sont également au rendez-vous. Sur le plan technique, les exploitants qui utilisent la projection numérique ont souligné durant l’IDIFF que les problèmes éventuels ne sont pas plus nombreux qu’en 35 mm. Comme l’a souligné Eric Meyniel du groupe Kinepolis qui compte 105 écrans numériques (72 en Belgique, 19 en France et 14 en Espagne) sur les 307 de son parc européen, "le numérique n’est pas l’hydre à 12 têtes". Un discours rassurant confirmé par le petit exploitant breton Olivier Aubry qui dispose d’une monosalle en numérique et par Paul Corcoran qui pilote les deux salles britanniques de Kino Cinemas. Une sérénité partagée aussi par les représentants des industries techniques qui fabriquent masters numériques, copies KDM et clés, comme LVT qui a assuré les copies numériques d’Astérix aux Jeux Olympiques destinées à l’Espagne et à la France.

Par ailleurs, les premières projections en relief semblent augurer d’excellentes retombées économiques. Selon Eric Meyniel, quand les spectateurs ont le choix en toute transparence pour le même film entre une projection en numérique 3D – HD et une en 35mm (expérience tentée avec Beowulf), une majorité écrasante opte pour la première qui coûte pourtant un euro supplémentaire.

Des freins toujours d’actualité

Malgré le premier bond en avant opéré dans le monde par la projection numérique, la situation générale en Europe et tout particulièrement en France, n’en demeure pas moins caractéristique d’une lente transition. La question du coût du passage demeure en effet un nœud gordien que ni distributeurs, ni exploitants ne souhaitent s’empresser de démêler. D’ailleurs, le circuit UGC a clairement annoncé qu’il serait le dernier à faire évoluer son parc en numérique car il n’y voit d’avantages que pour les majors américaines. La Fédération Française des Cinémas Français (FNCF) qui s’est exprimée à l’IDIFF par la voix de son président Jean Labbé reste également sur la réserve. Avec l’argument que l’objectif doit être le passage au numérique de toutes les salles de l’Hexagone et pas seulement des grands circuits, la FNCF demande une implication financière des pouvoirs publics français et souligne que le gouvernement allemand vient de s’investir en la matière à hauteur de 180 M€. Un discours relayé par Victor Hadida, président de la Fédération Nationale des Distributeurs de Film et par Carole Scotta, vice-présidente de Dire (Distributeurs Européens Réunis). Une partie de poker semble donc en cours en coulisses entre les différents secteurs pour diminuer leurs futures factures respectives. Ainsi, Renaud Davy (Wild Bunch Distribution) a déclaré que les distributeurs ne pouvaient pas financer les deux tiers de l’équipement des salles (ce qui laisse entendre que les tiers investisseurs du modèle Virtual Print Fee demanderaient actuellement au moins ce niveau d’investissement). Et Carole Scotta a même placé la barre un peu plus bas, à 40 % environ. Les exploitants n’ayant pas l’intention de payer la note, les tiers investisseurs présents (Arts Alliance, Ymagis, XDC) n’ont pas manqué d’insister sur le fait que "la pause actuelle américaine dans le déploiement montre que la transition vers le numérique est très difficile quand il n’y a pas de contribution et que les exploitants ne pourront pas s’équiper sans interventions financières importantes des distributeurs." Bref, les jeux ne sont pas faits et la tentation d’augmenter le prix des places pour amortir le financement ne fait pas l’unanimité parmi les exploitants, certains craignant un impact négatif sur la fréquentation des salles.

Parmi les autres questions délicates abordées figurent l’étroitesse des cabines de la petite exploitation qui ne pourra pas assumer une transition à deux équipements (numérique et 35mm), et le fait que le numérique ne se prête pas à toutes les images, ajoutant une "froideur" qui peut nuire à la photographie du film (mais qui, à contrario, apporte un réel plus pour les œuvres d’animation) d’après Agnès Berger, la directrice de la post-production d’EuropaCorp, pourtant une des structures françaises les plus avant-gardistes dans ce domaine. La sécurité des sources semble aussi un territoire à surveiller avec attention avec un marquage indispensable dans un environnement concurrentiel plus ouvert que le 35 mm (EuropaCorp a ainsi fait réaliser le scan numérique d’Arthur et les Minimoys au Royaume-Uni). A ce propos, Claude Dupuy (LVT) a estimé qu’"il était très dangereux de faire le master numérique dans un autre endroit que la post-production, alors que pour la duplication et la gestion des clés, cela se discutait." Reste également le volet crucial de la disponibilité des films en numérique qui reste très faible malgré des améliorations notables en 2007 (voir le site du DIFIM - Digital Film Market qui recense, avec le soutien du programme MEDIA, les longs métrages européens pouvant directement ou indirectement avoir accès à la projection numérique en salle).

Enfin, un autre volet prête à discussions, certains intervenants estimant même qu’une législation clarificatrice serait nécessaire : l’utilisation des salles équipées en numérique pour projeter des spectacles (concerts) ou des programmes sportifs, voire pour des locations aux fans des jeux vidéo sur grand écran. Autant d’expériences tentées par Kinepolis avec la Coupe du Monde de football 2006, des retransmissions de concert comme celui de David Bowie au Kinepolis Lomme, ou encore deux créneaux dans l’après-midi à Bruges avec des réservations à la 1/2 heure pour les fans de jeu. Une diversification des contenus (qui alimente néanmoins le compte de soutien cinématographique du CNC comme l’a précisé Eric Meyniel) qui reste encore anecdotique étant donné le faible équipement français, mais qui pourrait devenir un sujet bouillant dans un futur plus ou moins proche, celui d’une ère numérique inéluctable mais dont l’accouchement en France risque d’être plus long que prévu.

 

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