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Dossier: Animation

Le cinéma d'animation indépendant européen a-t-il ses chances au box-office ? Un bilan français

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Le cinéma d'animation indépendant européen a-t-il ses chances au box-office ? Un bilan français

- Tout en haut du monde, le premier long-métrage de Remí Chayé

Les temps sont durs pour le cinéma européen, une compétition féroce fait rage entre les films. Ce contexte particulier rend le secteur de l'animation encore plus vulnérable étant donné les besoins financiers nécessaire à la production. Au Festival international du film d'animation d'Annecy, la durée des droits d'exploitation et les stratégies pour continuer à attirer les spectateurs étaient au cœur de tous les débats. Les professionnels du secteur, des producteurs aux exploitants, tous s'inquiètent de l'avenir du cinéma d'animation. Jeudi 16 juin, Henri Magalon (Maybe Movies), Sara Wikler (Studio Canal), Sabine Chemaly (TF1) et Florian Deleporte (Studio des Ursulines) se sont réunis pour approfondir la question ensemble. Ils nous donnent le point de vue français sur les tensions qui animent actuellement le secteur du cinéma d'animation.

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La question de la programmation des films

Les films d'animation ne sont pas assez présents dans les salles, en partie à cause de la question très controversée de la durée limitée d'exposition des films indépendants, mais surtout parce qu'ils s'adressent aux enfants. De façon générale, les films d'animation ne sont pas programmés en soirée. On leur réserve traditionnellement les créneaux horaires de l'après-midi avant 18 h, et notamment les jours où les enfants n'ont pas classe (le mercredi - en France -, le samedi et le dimanche). Cela affecte également, quoique dans une moindre mesure, les productions Disney qui bénéficient de leur image "grand public" et jouissent donc d'une facilité d'accès auprès des exploitants. 

"Nous avons été les seuls sur Paris à pouvoir projeter Le Conte de la Princess Kaguya à des horaires convenables. Les gens nous en ont vraiment été reconnaissants. La programmation d'un film est vraiment très importante", explique Florian Deleporte qui dirige le seul cinéma parisien spécialiste des films d'animation. Au Studio des Ursulines, la programmation des films est décidée "en concertation avec le distributeur". 

La question du positionnement des films en 2D

Selon Sara Wikler, les films doivent avoir l'air suffisamment important pour trouver leur public. Le défi des films en 2D est de prouver qu'ils ne sont pas trop "artistico-prétentieux". "Lorsque les films relèvent d'un genre graphique, ils ont aussitôt l'air de films d'art et essai et deviennent alors plus difficiles à vendre", affirme Wikler. "Ça va sembler méchant de ma part, mais je dois admettre que nous nous poserons davantage de questions concernant le contenu d'un film d'animation indépendant français que pour celui des productions des grands studios."

"Quand nous avons commencé à travailler sur le second long-métrage de Rémi Chayé, nous nous sommes vraiment posé la question de la 3D", réplique Henri Magalon. "Notre inquiétude venait du fait que tous les succès du box-office de l'année passée étaient des films en 3D. Les plus jeunes veulent de la 3D ", soupire-t-il. Malgré tout, A Childhood of Martha Jane Cannary sera réalisé en 2D, car les illustrations de Chayé sont intrinsèquement liées à ses films. Mais nous avons tiré une leçon de l'expérience de Tout en haut du monde [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
 : "Cette fois, je laisserai le distributeur faire son travail", déclare Magalon, sur fond de "mea culpa".

Le ton de la discussion change soudain lorsque Sara Winkler ajoute "qu'un film doit mériter le marketing qui l'entoure" car les scénarios ne conduisent pas tous à des discussions sur la manière de vendre le film, notamment s'ils n'ont pas de "valeur dramatique". "On nous met dans des boîtes ! Ça suffit. Nous travaillons tous dans le but de raconter des histoires qui comptent, en faisant preuve de passion et d'imagination. "

Composer avec la "méthode Disney"

Dans le domaine du cinéma d'animation, les spectateurs connaissent surtout les productions Disney. Les studios américains ont en quelques sortes "éduqué" le public européen en la matière. C'est donc un véritable défi qui est lancé aux réalisateurs européens, qui se sentent obligés d'utiliser les ingrédients phares de ce redoutable concurrent : histoires épiques, héros auxquels on peut s'identifier, ton humoristique, etc.  "Il faut pouvoir tenir la même promesse que celle de Disney", déclare la responsable du développement artistique de Studio Canal. 

"Nous devons effectivement utiliser les bonnes recettes des grandes productions", concède volontiers Sabine Chemaly, "mais tous les maillons de la chaîne de création ont également un rôle à jouer." Si le scénario est un facteur clé, il en va de même du marketing. "Un véritable changement est nécessaire, de même qu'une plus grande coopération dans le domaine du marketing. En fin de compte, c'est à nous, agents de vente, de mettre en place une campagne marketing dynamique au niveau européen."

À propos de sa récente expérience avec Tout en haut du monde, Magalon admet que le budget de la production du film n'avait pas tenu compte du marketing et des ventes. "C'était exactement comme si notre agent de ventes avait eu les mains attachées dans le dos et se retrouvait à devoir souffler sur une balle de ping-pong pour marquer un strike", a-t-il ajouté, utilisant cette métaphore pour montrer avoir désormais compris qu'en tant que producteur, il se devait d'apporter son aide dans ce domaine. Les dépenses marketing de sa prochaine production, Zombillénium, ont en effet cette fois un budget spécial qui leur est consacré. 

Ayant suivi ces échanges, Frédéric Monnereau, directeur de la distribution et du marketing chez Walt Disney Studio France, livre son point de vue : "Si c'était aussi facile que ça pour nous, nous n'aurions pas besoin de travailler aussi dur que nous le faisons... Chaque jour, chez Disney, nous cherchons à casser les codes traditionnels, à surprendre le public. Le distributeur a un rôle essentiel ; ce qui fait la différence c'est sa capacité à anticiper." Monnereau, qui travaillait précédemment pour Studio Canal, reconnaît que les plans sur 5 ans établis par Disney présentent un réel avantage comparés aux stratégies sur 2 ans dont les distributeurs européens doivent s'accommoder. "Au service de la distribution chez Disney, nous pouvons faire des demandes spécifiques des années à l'avance, tout est alors prévu minutieusement et inclus dans la planification de la production de chaque film." 

Une heure et demie de discussion entre ces professionnels du cinéma français n'aura bien évidemment pas réussi à faire émerger de solution miracle pour permettre aux films d'animation indépendants de mieux s'en sortir au box-office. Mais le problème de l'accès au public est apparu clairement comme le point central du défi à relever : il faut que les spectateurs puissent "voir" le film, à la fois physiquement dans les salles, mais aussi à en avoir connaissance. "Les professionnels européens vont devoir travailler de concert", conclut Frédéric Monnereau.

(Traduit par Claire-Marie Dubois)

 

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