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Dossier industrie: Animation

Etude de cas: Go West, une aventure de Lucky Luke

par 

- Marc du Pontavice est Président directeur général de Xilam animation, vice-président de SPFA (Syndicat des Producteurs de Films d'Animation). En 1999, il a créé sa propre société, Xilam et a acheté tous les biens matériels et immatériels de Gaumont Multimedia. Il a ensuite investi, avec Dargaud et Lucky Comics, dans les droits d'animation de la bande dessinée très connue "Lucky Luke".
Xilam est devenue l'une des plus importantes sociétés de l'industrie de l'animation. Elle propose des programmes dans le monde entier, même aux Etats-Unis. En décembre 2007, le premier film d'animation produit par Xilam, Tous à l'Ouest, inspiré de la bande dessinée Lucky Luke (budget 10 M €), est sorti en France sur 600 copies.

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Quels ont été les choix créatifs pour la production du long métrage d’animation Lucky Luke ?
Le premier choix qui nous a guidé fut celui du pitch, il s’agissait de savoir quelle histoire nous allions raconter, on s’est fixé comme objectif de trouver un sujet de "grande large" dans lequel on puisse insuffler de l’aventure, on ne pouvait pas prendre par exemple "la guérison des Dalton". Nous avons opté pour la thème de la caravane, c'est-à-dire la traversée des Etats Unis d’est en ouest, avec un sujet très cinématographique qui nous permettait d’introduire de l’aventure et de l’action.
Mais avant même l’histoire, ce qui me parait essentiel c’est la force des caractères, la force des personnages. Dans Lucky Luke et plus précisément dans ce sujet de "caravane", nous disposons d’une galerie de personnages extraordinaires et donc la garantie, si nous faisions bien notre métier, d’avoir une bonne comédie avec tous ces personnages.

Quelles sont les principales différences avec la BD adaptée ?
Evidemment lorsqu’on passe d’un album de BD de 45 pages à un film de 90’, il faut faire des choix et on a gardé finalement peu de cette caravane : le thème de la traversée, les personnages qui sont presque tous des pionniers et 2 ou 3 petits éléments.
Contrairement à la BD ou on débarque au milieu des Etats Unis, pour nous il était clair que la traversée devait commencer sur la côte Est, à New York, ce qui représentait un challenge excitant pour représenter cette ville. Autre contrainte, il nous paraissait inconcevable d’adapter Lucky Luke au cinéma sans la présence des Dalton et de Rantanplan, et comme ils ne sont pas présents par "La caravane ", nous les avons rajouté par de nouveaux éléments de dramaturgie.
Donc nous sommes restés assez fidèles pour les personnages. Nous avons juste inventé celui de "Crook", et le film s’est construit comme cela, sur la dynamique de la traversée des Etats Unis en 80 jours. Les fermiers qui ont acheté des terres, doivent les rejoindre en 80 jours sous peine de les perdre. Nous arrivons ainsi à créer la dynamique des antagonistes avec les méchants, Crook et les Dalton.

Après cette étape d’écriture de scénario et d’adaptation quel a été votre objectif ?
On s’est rendu compte assez vite que même si la première version du scénario nous contentait et a été un élément moteur du financement du film, il nous manquait quelque chose pour pouvoir faire un vrai film cinématographique, on était encore dans une galerie de caractères. Nous avons dû nous préoccuper de la problématique du rythme. Notre but étant d’être compétitif avec les films américains, donc nous avons introduit plusieurs scènes d’action, comme par exemple un "ride" dans une mine ou une poursuite délirante dans New York. Donc nous avons introduit du rythme, de l’énergie, et de la folie dans cette histoire.

Comment avez-vous fait pour créer tous les personnages ?
On devait créer 243 personnages et pour cela, on a fait appel à la notion de "character development", il ne s’agit pas de créer un design, une histoire, des personnages, et un style séparément, toutes ces activités et processus de création doivent se produire en même temps, je crois que c’est la clé de la réussite.
Pour la voix de ces personnages, nous avons décidé de préenregistré en français. Le français pour plusieurs raisons essentielles ; tout d’abord, même lorsque les voix sont anglaises, la plupart du temps, elles sont réenregistrées pour la version internationale en anglais par des voix de stars. Ensuite notre marché c’est l’Europe continentale, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, marchés pour lesquels l’anglais est en fin de comptes inutile. Nous avons donc décidé de rester fidèles à la langue d’origine du projet.
Enfin cela permettait aux animateurs français d’être complètement en feeling avec leur personnage et leur façon de s’exprimer.

Comment s’est fait le casting voix ?
Les acteurs français n’ont pas l’habitude de pré-enregistrer des voix, ils font du doublage, donc ce qui nous a guidé pour ce casting, outre le fait que les comédiens soient connus ou pas, c’est leur expérience de la scène et du théâtre. En effet ils n’avaient que des textes à interpréter et pas d’images animées, de costumes, de décors, donc il fallait des comédiens avec beaucoup de créativité. Clovis Cornillac fait un Joe Dalton extraordinaire, et cette inventivité délirante découle aussi sûrement de ces 16 années de théâtre.

Quel a été votre travail pour les décors ?
Pour les décors, on dû faire un gros travail de documentation. Pour obtenir une identité graphique assez forte, tous les décors ont été encrés au pinceau par une équipe de 6 personnes. Ca se voit très fort sur les noirs, qui sont beaucoup plus stylisés que d’habitude dans les longs métrages d’animation.

Quelles ont été les options envisagées pour animer les personnages ?
On ne voulait pas tomber dans le "modèle" Disney, ce n’est pas notre tradition. Notre film se base plus sur la comédie, l’excès et la caricature que chez Disney ou on travaille plus ce que je pourrais appeler le sentiment. Dans le même esprit, on a animé les hommes comme des animaux, à l’inverse de Disney.
On a opté pour la 2D parce qu’on n’est absolument pas d’accord avec ceux qui proclament que "la 2D est dépassée et ringarde." La 2D était idéale, pour des raisons budgétaires et parce que plus proche de la BD.
Néanmoins, un film d’animation en 2D peut cacher de la 3D : toutes les séquences de véhicules ou d’animaux, les scènes d’action ont été réalisées en 3D.
D’ailleurs depuis la réussite de Pixar et les nouveaux codes introduits dans l’animation, il parait impossible de se passer complètement de la 3D. Evidemment ce fut un problème supplémentaire de mélanger 2D et 3D.

Dans quel esprit la musique a-t-elle été composée ?
On a décidé d’éviter le piège de la musique "Country", parce que c’est un western.
Tout ce qui se passe à New York est accompagné d’une musique jazzy avec des références à Lionel Hampton. Et pour la caravane elle-même, comme il s’agit de pionniers européens de l’Est qui traversent les Etats Unis, on a opté pour une musique de fanfares, comme dans les films d’Emir Kusturica. Une musique particulièrement gaie et délirante.
Dans les films d’animations américains, 75 % du film est soutenu par de la musique. Pour Lucky Luke, on compte 25 à 30 minutes de musique, soit 2 fois moins. Pour nous la musique devait être un personnage à part entière, un élément de comédie et de rythme, et pas présente pour soutenir l’émotion. Deux personnages ont leur propre musique, il s’agit de Crook et de Joe Dalton, ce qui nous permet de renforcer leur caractérisation.

Quel a été votre de modèle de production ?
On a décidé de faire le film en France sur un seul site, 3 minutes seulement du film ont été réalisées à Angoulême et à Montpellier. 95% du budget concerne Paris, et ce pour plusieurs raisons. Nous voulions d’abord montrer "la patte" de la société XILAM. Ensuite, pour des contraintes de marketing, nous devions livrer le film en octobre 2007, ce qui nous laissait uniquement 18 mois pour la production, ce qui est vraiment très court pour ce genre de film. Le fait de tout faire à Paris nous a permis de ne pas perdre du temps, on avait plus de cohérence dans les décisions, plus d’homogénéité dans l’équipe, et une économie d’échelle. Finalement, on obtient beaucoup d’avantages de réactivité à tous travailler sur le même site.

Quelles sont les conséquences sur le plan financier en produisant le film exclusivement en France ?
Avant tout, nous avions une autonomie financière et artistique de décision. Evidemment pour financer le film, on ne pouvait pas faire de coproduction internationale, puisque la quasi-totalité des dépenses est française. Le challenge était de financer 10 millions d’euros en France uniquement, et pour cela on n’avait que 10% en subvention. Etant donné que le projet restait français, Pathé, France 3 et TPS ont augmenté leur financement, par rapport aux usages, mais par contre les préventes n’ont pas été bonnes. L’échec de l’adaptation des Dalton au cinéma en Europe a suscité beaucoup de méfiance des investisseurs potentiels.

La société XILAM a dû prendre des risques financiers, puisque le film devait être financé exclusivement en France, ce qui nous permettait aussi de préserver une autonomie de décision artistique et de contrôler la propriété. Donc le plan de financement était de composé de :
Pathé : 2,5 M
Subventions diverses : 1M
Préventes TV : 3M
Crédit d’impôt : 500.000
XILAM (Fonds propres) : 3M

Au total, on s’est rendu compte que le film allait coûter plus cher que prévu, un peu plus de 12 millions d’euros, donc on a dû se reposer la question du modèle économique de financement. En investissant plus et mieux sur des postes clé, on passait dans une catégorie différente de long métrage d’animation, ceux qui rapportent 12 millions d’euros, c'est-à-dire environ deux millions d’entrées. Nous avons positionné XILAM sur une stratégie de développement et de production d’autres films Lucky Luke sur 5 ans.

Master Potsdam, Allemagne, Novembre 2007

 

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