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Dossier industrie: Tendance du marché

3D : où en est-on aujourd’hui ?

3D : où en est-on aujourd’hui ?

- La semaine dernière, de nombreux professionnels de la 3D se sont succédé dans le cadre du festival 3D Stereo Media pour faire le point sur l’état et l’avenir du secteur, sous l’égide de l’Université de Liège. Après des débuts tonitruants en 2010 avec le succès phénoménal de l’aventure Avatar, la 3D s’est retrouvée en quelque sorte phagocytée par les grands studios, qui, attirés par l’odeur de l’argent frais en temps de crise, ont inondé le marché de production 3D d’une qualité souvent médiocre, où la 3D, avant d’être un argument artistique, était un argument commercial. Cette utilisation mercantile de la 3D, alliée à un certain manque de confort visuel, et à une explosion du prix du ticket consécutif à l’équipement hâtif des salles, a contribué à éloigner le public du format 3D. Alors que l’année dernière encore, tout blockbuster digne de ce nom avait sa version 3D, la tendance semble ralentir. A l’automne, d’aucun ont pu faire part de leur étonnement à voir sortir le dernier James Bond en 2D. Quand en 2010 les films bénéficiant de sorties en deux versions faisaient 66% de leurs parts de marché en 3D, ils n’en font aujourd’hui plus que 52%. Force est donc de constater un certain essoufflement, ou tout au moins de lassitude du public pour les productions 3D. De plus, l’avènement du HFR (High Frame Rate) et du 4K apparaissent à certains comme des ombres menaçantes. Face à ce constat, où se situe aujourd’hui le combat des artisans de la 3D ?

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(Ce sujet est abordé avec Ben Stassen dans une interview réalisée à l’occasion de 3D Stereo MEDIA)

Se débarasser des artefacts
Le premier chantier réside dans la recherche perpétuelle du confort visuel. Ainsi, 3D Stereo Media avait convié des chercheurs en sciences de la vision. Ceux-ci luttent contre deux fléaux : le clignotement, et la distorsion. En d’autres termes, la 3D peut créer un léger malaise, et ne pas être « belle ». L’apport des scientifiques pour réduire, voire éradiquer ces deux phénomènes, est donc capital dans l’évolution du secteur, d’autant qu’ils sont encore plus prégnants sur les petits écrans, et que la télévision et les écrans mobiles sont un vecteur commercial indispensable à la survie du modèle économique. Aujourd’hui, les chercheurs travaillent sur deux paramètres cruciaux : l’adaptabilité d’une œuvre sur toutes les tailles d’écran, et la possibilité de visionner en tout confort quel que soit l’axe de vision. 

La pénétration hors salles
La télévision 3D, et les déclinaisons sur écrans mobiles, semblent être justement au cœur des préoccupations du secteur, qu’elles soient scientifiques, technologiques ou commerciales. Bien que certains domaines, comme celui de la vente de DVD, soient en crise, on parle néanmoins globalement d’un âge d’or du film, en salles, mais aussi en VOD. Si en termes de sorties ciné, l’usage de la 3D se fait plus sélectif, avec notamment l’émergence de rééditions de films classiques en 3D (certains dessins animés de Disney, mais aussi des films en prises de vue réelles comme Titanic), il se démocratise peu à peu pour la télévision. En 2012, on dénombrait plus de 43 millions de téléviseurs, 37 chaînes de télévision spécialisées, 137 millions de foyers équipés en lecteurs Blue Ray 3D, et plus de 200 titres Blue Ray 3D diffusés aux Etats-Unis. On estime que dans 4 ans, 30% des foyers seront équipés en téléviseurs 3D, et 14% en lunettes. On est actuellement dans une phase de latence dû à l’inadéquation entre l’offre de contenu et la disponibilité de l’équipement, mais comme pour la HD, on devrait rapidement passer en vitesse de croisière.

Auro 3D-S : le son 3D
A cette quête de l’expérience immersive par l’image s’ajoute logiquement celle par le son. On croit souvent à tort que les systèmes surround offrent une expérience 3D, ce que réfutent les créateurs du système Auro-3D-S, qui proposent une expérience tridimensionnelle en ajoutant un niveau supplémentaire d’écoute. Pour eux, il manque aux systèmes audio actuels une dimension, la hauteur. En équipant les salles d’une couche sonore supérieure, ils proposent un son plus riche et plus enveloppant, qui vient amplifier l’effet de naturel.

Vers le 360°
3D Stereo Media accueillait également des chercheurs qui travaillent sur l’avenir de la 3D, au-delà de la « simple » stéréoscopie, qui ne représente que la partie émergée de l’iceberg. Le champ des recherches est vaste, et les projections évoquent un futur à la Minority Report, à grands renforts de projections holographiques proposant une expérience 3D à 360° et sans lunettes, avec possibilité d’interaction. Autant dire que l’on travaille activement à ce que le Futur avec un grand F devienne l’avenir avec un petit a, l’idée étant d’améliorer toujours un peu plus la sensation visuelle de présence de l’objet.

Quel apport narratif ?
Au cœur de toutes les discussions, et du présent de la 3D, une question reste soulevée par nombre des intervenants : pourquoi la 3D ? En quoi la 3D apporte un plus à l’histoire ? Car s’il existe des protocoles techniques, il existe également une grammaire narrative de la 3D. Réaliser en 3D implique une approche différente de la profondeur de champ. La plupart des témoins insistent sur la nécessité de tenir compte de la profondeur stéréoscopique du récit, et de la moduler pour atteindre l’intensité émotionnelle souhaitée. Robert Neuman, des studios Disney, est ainsi revenu sur l’importance de soigner le degré de rondeur des personnages en fonction de l’intensité dramatique, sur l’utilisation des fenêtres flottantes, sur le positionnement des personnages par rapport au proscenium (le champ de référence, devant, derrière ou au niveau duquel peuvent se placer les personnages ou l’action), et le jeu avec la frontière entre l’espace de l’écran et celui de la salle. Il est également revenu sur la remastérisation en 3D des classiques Disney des années 90, du Roi Lion à La Petite Sirène, et comment ce processus pouvait s’apparenter à une nouvelle forme d’art, alliant l’émotion d’un dessin à la main, et la tangibilité de l’expérience 3D.

Quand les USA saluent l’Europe…
La conférence accueillait également Buzz Hays, ex-ponte de Sony, aujourd’hui consultant renommé dans le domaine de la 3D, pour qui l’essence même de l’expérience 3D repose dans une approche en 3D de l’écriture. Citant des légendes du cinéma actuel comme Scorcese, Scott ou Wenders, qui professent leur intérêt pour ce nouvel art de raconter des histoires, il insiste sur le formidable pouvoir de la 3D, qui permet de ressentir plus que de voir l’histoire. Pour lui, la plus grande force d’un film en 3D, c’est de faire oublier qu’il est en 3D, que la technologie soit mise au service de l’histoire sans esbroufe, avec fluidité, à l’image de ce que Wim Wenders a pu faire avec Pina. En ce sens, le domaine du documentaire devrait selon lui être révolutionné par la 3D. Pour lui comme pour Neuman, la 3D doit être inscrite dans le script du film, comme peut l’être la partition de la bande-originale, trouvant le juste équilibre entre des moments dynamiques et des moments plus calmes. Il faut également garder à l’esprit que le temps de la 2D n’est pas celui de la 3D, la richesse de profondeur implique une envie de s’attarder plus longuement sur les plans, d’explorer en détail l’univers proposé.

(Voir l’interview de Buzz Hays)

Pour ces passionnés, la 3D reste un formidable outil au service de la narration, qui trouvera son plein essor quand les auteurs en prendront possession, comme ont déjà pu le faire Wenders, Cameron, Scott ou Scorcese. Comme la télévision n’a pas tué la radio, les nouveaux formats  comme le HFR ou le 4K ne tueront pas la 2D, mais feront évoluer la 3D vers son statut d’Art en soi, qui semble-t-il a donc de beaux jours de cinéma devant lui.

(Cette conclusion est également celle du français Yves Pupulin – voir l’interview)

 

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