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Dossier: Copyright et aspects légaux de l'industrie audiovisuelle

Victor, 31 ans, scénariste "chanceux" pour 2 093 euros par mois

par 

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Tous les scénaristes ne vivent pas de leur plume, et Victor se doit d’être « multitâche » pour y arriver : long et court métrage, téléfilm, série d’animation...

Victor est un prénom d’emprunt. « Je travaille dans un milieu où les gens ne parlent pas beaucoup d’argent. Je ne veux pas être grillé. » Il a 31 ans a commencé à écrire des scénarios en 2008.

Mais pendant cinq ans, il a été réceptionniste de jour et veilleur de nuit dans un hôtel parisien « un peu prout-prout ». Il travaillait 85 heures par mois pour 1 300 euros brut. Un boulot purement alimentaire.

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« Certes, ça a nourri mon écriture. Dans un hôtel, il y a une atmosphère particulière, surtout la nuit. Le temps s’écoule plus lentement. Tu croises le client bourré, le livreur de linge, le chauffeur de taxi, le livreur de pains au chocolat... Mais on est loin du mythe du mec derrière son comptoir qui lit des bouquins toute la nuit. J’étais shooté par la fatigue, j’avais du mal à écrire. »

« Je me demandais si j’avais le droit d’écrire »

Petit, il voulait être critique de cinéma – « il y avait plein de films que je connaissais à la réplique près, j’adorais être pris dans une histoire » –, mais il a oublié son projet initial et s’est retrouvé embarqué dans des études, puis dans un boulot dans le management culturel. « J’ai mis du temps à accepter l’idée que je voulais devenir acteur de la culture », dit-il.

En 2008, alors qu’il travaille dans le management culturel, il saute le pas. Il écrit un scénario de long métrage et l’envoie à plusieurs boîtes de production. Ça plaît à l’une d’elles, qui l’« optionne » (le réserve pendant un moment) :

« Ça m’a boosté. Jusque-là, je me demandais si j’avais le droit d’écrire, si j’avais des choses à dire qui n’avaient pas été déjà dites. »

Il tâtonne encore un peu, et début 2012, il décide d’en faire son métier. En septembre, il démissionne de son poste à l’hôtel et se consacre à plein temps à l’écriture de scénarios.

« Je suis fier d’avoir eu ce boulot alimentaire avant de me lancer. Je te la joue pas Cosette, mais je me suis donné les moyens et j’ai eu de la chance. J’ai pris la décision de changer de vie. J’ai pas fait la Femis, ni le CEEA, ni Paris-VII option cinéma : je suis 100% autodidacte. »

« C’est un métier qui a un côté narcissique »

Victor est possédé par le cinéma. Pendant l’interview – dans un café du XIearrondissement de Paris où « beaucoup de scénaristes viennent travailler » –, il mentionne Truffaut, Soderbergh, Jarmusch... Il cite aussi Jean Gabin : « Pour faire un bon film, il faut trois choses : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. »

« Je suis pas aussi radical que lui, mais je dirais que c’est super dur de faire un mauvais film avec une bonne histoire. [...]

C’est un métier qui a un côté narcissique : grâce à une idée à toi, tout un tas de gens vont travailler. Tu crées des emplois d’une certaine manière. »

« Ecrire, c’est pas juste taper sur un clavier »

On l’imagine bien passer des nuits entières à écrire, perdu dans ses pensées, sans notion du temps qui passe...

« L’écriture, c’est un plaisir total. C’est quelque chose de très visuel. Parfois, je joue les personnages, je les mime. C’est très ludique. Une idée lumineuse peut me réjouir pendant plusieurs jours. »

Pourtant, il a une routine bien terre-à-terre. Debout à 8 heures, lecture du journal, puis boulot. « C’est le matin que je travaille le mieux. » L’après-midi, il aime bien venir travailler dans des cafés, « pour rompre la solitude du scénariste ».

Quand je lui demande combien d’heures il passe sur son ordi chaque jour, il hésite :

« Ecrire, c’est pas juste taper sur un clavier. Tu peux le faire en marchant dans la rue, en te brossant les dents.

Mais si tu parles d’écriture “pure”, avant, j’y passais quatre heures par jour, j’avais besoin de m’astreindre ; aujourd’hui, je suis moins rigide. »

Il a aussi du mal à estimer combien de temps il met à faire un scénario :

« En général, c’est minimum un an. Il y a des scénarios qui s’écrivent sur plusieurs années. Le scénario fait en une semaine, c’est un mythe. »

Scénariste « multitâche »

Longs métrages, courts métrages, téléfilms, séries d’animation... Il fait dans tous les formats, et souvent en même temps. Pour pouvoir s’en sortir, les scénaristes doivent être « multitâche » explique-t-il :

« C’est une temporalité différente de la plupart des autres métiers. Ce que tu sèmes en 2010, tu le récoltes en 2012. Il est nécessaire de travailler sur plein de projets en même temps pour avoir des rentrées d’argent régulières. Sur dix projets que tu as écrits, deux seulement vont voir le jour. Mais les huit autres, c’est quand même du temps de travail.

Et c’est aussi nécessaire pour ta santé mentale : si on te refuse l’unique projet sur lequel tu as travaillé, tu as l’impression que c’est la fin du monde. »

Le refus justement, il en parle longuement. « Tu mets beaucoup de toi dans un scénario. Parfois, tu prends des retours super violents. Il faut se blinder. »

« On n’est pas des ouvriers de Citroën »

Dans une tribune publiée sur Rue89, un scénariste citait les chiffres publiés par la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) : 87,6% des scénaristes gagnent entre 0 et 10 000 euros par an, et 1,2% seulement plus de 100 000 euros.

« C’est un métier précaire, confirme Victor. Tu ne touches pas le chômage, tu n’es pas intermittent du spectacle. On est la dernière roue du carrosse. » Mais pas question de parler d’injustice :

« C’est un métier de passion. On va pas aller défiler dans la rue, on va pas commencer à se plaindre, on n’est pas des ouvriers de Citroën. C’est déjà une chance de pouvoir en vivre. »

Revenus : 2 093 euros net par mois

Depuis début 2012, Victor a touché 29 550 euros brut :

  • Droits de coauteur sur un téléfilm (deux ans de travail) : 16 200 euros brut
  • Aide du CNC : 3 750 euros brut
  • Pitch (début d’histoire) d’une série d’animation : 1 000 euros brut
  • Deux épisodes de la série d’animation : 5 400 euros brut
  • Collaboration au scénario d’un long métrage : 3 200 euros brut

Soit environ 2 093 euros net par mois en 2012.

« C’est grâce au téléfilm. C’est exceptionnel de gagner autant en étant scénariste, j’ai conscience d’être très chanceux. J’ai des potes scénaristes qui galèrent énormément. »

Victor a un agent depuis deux ans, qui prend 10% de commission sur chaque contrat – mais pas sur ce qui revient à Victor : il négocie cette commission en plus.

« Quand tu es scénariste, tu doit être ton propre VRP. Il y a un gros travail de démarchage, de commercial. C’est chiant, je n’aime pas ça. Donc j’ai pris un agent.

C’est rare d’avoir un agent qui t’amène des plans tout cuits. Mais ça apporte un peu de crédibilité quand tu te lances. Et puis il te fournit un réseau et permet des rencontres. »


Les revenus de Victor

Dépenses fixes : 800 euros par mois

  • Loyer : 580 euros par mois

Cette somme comprend l’eau et les charges de copropriété de sa colocation.

  • EDF : 7 euros par mois
  • Mutuelle : 0 euro par mois

Il n’a pas de mutuelle.

  • Impôt sur le revenu : 1 240 euros par an, soit 103,35 euros par mois

« Je sais que je vais payer plus cette année. »

  • Taxe d’habitation : 376 euros par an, soit 31,35 euros par mois
  • Assurance (habitation et responsabilité civile) : 128 euros par an, soit10,67 euros par mois
  • Frais bancaires : 9 euros par mois
  • Téléphone portable : 40 euros par mois
  • Internet : 7,50 euros par mois
  • Don à Greenpeace : 12 euros par mois


Les dépenses fixes de Victor

Dépenses variables : environ 700 euros par mois

  • Courses : 120 euros par mois
  • Déjeuners et restaurants : 200 euros par mois
  • Bars et cafés : 80 euros par mois

« Les bars et les restos, c’est du plaisir mais aussi du boulot. Je déjeune souvent avec d’autres scénaristes et avec des réalisateurs. Après, c’est ma variable d’ajustement : si je sens que je suis trop allé au resto pendant le mois, je vais freiner. »

  • Transports : 43,75 euros par mois

Environ 40 euros de tickets de métro par mois, et 45 euros par an d’abonnement Vélib’, soit 3,75 euros par mois.

  • Santé : 0 euro
  • Loisirs : 77 euros par mois

- Abonnement à Deezer : 10 euros par mois

- Abonnement à Libération : 19 euros par mois

- Carte cinéma UGC Illimité : 20 euros par mois. Il y va en moyenne deux fois par semaine. Récemment, il a adoré « Amour » de Michael Haneke et « Django Unchained » de Quentin Tarentino, mais pas du tout aimé « Foxfire : confessions d’un gang de filles » de Laurent Cantet.

- Adhésion au club de boxe : 340 euros par an, soit 28,35 euros par mois

Alcool : 30 euros par mois

Il a arrêté de fumer.

  • Vêtements : 300 euros par an, soit 25 euros par mois
  • Voyages et vacances : environ 1 500 euros par an, soit 125 euros par mois


Les dépenses variables de Victor

Epargne : tout le reste

Pour l’instant, Victor n’a pas de projet d’achat d’appartement ou autre. « Ma banquière veut me vendre un PEL, mais ça ne m’intéresse pas. » Dès qu’il est payé, il place son argent sur son livret, dans lequel il pioche pour ses dépenses quotidiennes. « Ce ne sont pas des économies, mais un fonds de roulement. »

En plus de ça, chaque mois, il met de côté 40 euros par virement automatique. « Je n’ai pas trop besoin de compter. Je n’ai pas des goûts de luxe. »

Victor se dit assez confiant dans l’avenir, « même si c’est la crise ». Sur la polémique lancée par la tribune de Vincent Maraval sur le salaire des acteurs, il dit :

« Le problème, ce n’est pas que les acteurs sont trop payés, mais que les scénaristes sont sous-payés. On ne se donne pas les moyens du cinéma américain. Il y a trop d’intermédiaires, trop de gens qui donnent leur avis sur un scénario. »

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