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Humidity

Critique

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Humidity : un drame ambigu dans une atmosphère tendue de thriller

par 

- BERLIN 2016 : Le nouveau film d’atmosphère du réalisateur serbe Nikola Ljuca a fait son avant-première dans la section Forum du Festival de Berlin

Critique
Tamara Krcunović et Slaven Došlo dans Humidity

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du serbe Nikola Ljuca est une perle rare. Ce film d’atmosphère sur l’identité et sur une génération privée de tous ses idéaux nous offre une narration où rien ne semble suivre de  scénario préétabli, et pourtant la tension y est digne d’un thriller. Il s’agit d’une performance inattendue de la part d’un réalisateur dont c’est le premier long-métrage. Il vient d’être présenté en avant-première dans la section Forum du Festival de Berlin

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Le film, écrit par Ljuca et Staša Bajac, s’ouvre sur une scène d’amour torride entre Mina (Tamara Krcunović, une actrice malheureusement sous-utilisée dans le cinéma serbe) et Milan (Slaven Došlo, révélé l’an dernier dans Panama [+lire aussi :
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). Dans la chaleur étouffante de la fin juillet à Belgrade, Mina part à l’aéroport chercher son mari  Petar (Miloš Timotijevic, de No One's Child [+lire aussi :
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) et son collègue Srdjan (Dragan Bakema).

Tous deux travaillent pour une société de construction. Ce jour-là, un de leurs collègues organise une soirée dans sa maison de vacances. De retour de l’aéroport, Mina et Petar s’allongent pour faire une sieste, mais à son réveil, Petar découvre que sa femme est partie. Elle ne décroche pas son téléphone, mais il ne voit pas de raison de s’inquiéter. Il se rend seul à la soirée et invente une excuse pour justifier son absence.

Le lendemain, Mina n’est toujours pas revenue et Petar se contente d’aller au travail où son patron le pousse à conclure une affaire douteuse concernant la construction d’un pont qui mettra potentiellement en danger des milliers de vies dans un futur suffisamment éloigné pour ne pas y penser, une pratique quotidienne dans la société corrompue serbe.

Les jours passent, chacun marqué par un titre narratif, et Mina ne revient toujours pas. Petar rend visite à sa mère, parle à ses amis, se comportant toujours comme si tout allait bien. Il passe ses nuits à courir ou à faire la fête, essayant de se libérer de son anxiété et de préserver l’image d’une vie parfaite.

Petar appartient à cette génération née dans les années 1990, qui a grandi au rythme des guerres yougoslaves, de l’embargo de l’ONU et des bombardements de l’OTAN, qui a protesté contre Milošević et a perdu toutes ses illusions après la chute du dictateur, lorsque la société s’est contentée de devenir plus brutale encore avec l’afflux de gros capitaux. 

Il conduit à présent une BMW et, quand il obtient une promotion, il va s’en acheter une nouvelle, légèrement plus grande. Pendant ce temps, Bojana (Katarina Marković), la sœur de Petar, et son mari ouvrent un restaurant chic. C’est un milieu où évoluent ceux qui n’ont d’autre préoccupation que l’argent et le statut social. "Je n’ai pas le temps de déprimer" déclare Bojana, allongée au bord de la piscine d’un spa de luxe.

Ljuca augmente progressivement la tension à mesure que Petar fuit tout ce qui risque de révéler au grand jour l’identité artificielle et truffée d’imperfections qu’il a réussi à se créer. On y voit ici un hommage du réalisateur à Lost Highway de Lynch.

Timotijević se révèle totalement dans ce rôle principal. Seul un acteur doté d’une véritable sensibilité est capable de créer un personnage dont les actions même les plus irrationnelles deviennent aussi plausibles. Krcunović est finalement peu présente à l’écran, mais apporte au film juste ce qu’il lui faut grâce à quelques expressions de son visage et à des répliques parfaitement amenées. Si Timotijević porte le film sur ses épaules, c’est elle – ou plus exactement son absence – qui éveille notre intérêt et nous fait réfléchir.

La ville de Belgrade joue également un rôle important dans le film. Grâce à la touche rafraîchissante de Maja Radošević (Next to Me), une directrice de la photographie prometteuse, Ljuca montre cette ville avec un sentiment mêlé d’amour et de reproche, qui ne peut venir que d’une personne qui connaît tout d’elle, des caves les plus sordides aux balcons les plus rutilants. 

Humidity est un premier long-métrage impressionnant. Le meilleur dans tout ça, c’est que ce que vous lisez en ce moment n’en est que l’une des interprétations possibles. On y trouve de nombreux détails apparemment anodins qui peuvent conduire le spectateur dans de multiples directions. Les discussions concernant les thèmes et la signification du film après sa projection sont assurées. 

Humidity a été coproduit par Dart Film et Cinnamon Production (Serbie), Lemming Film (Pays-Bas) et 2.35 (Grèce). Les ventes à l’étranger sont assurées par la société Soul Food basée à Belgrade.

(Traduit de l'anglais)

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