Choisissez votre langue en | es | fr | it

Interview : Rafi Pitts • Réalisateur

email print share on facebook share on twitter share on google+

“Personne au monde ne souhaite quitter son pays sans raison”

par 

- BERLIN 2016 : De retour à Berlin avec Soy Nero, le réalisateur Rafi Pitts a évoqué le sujet des “soldats Green Card”, symbole de la déshumanisation du monde

Interview : Rafi Pitts  • Réalisateur
(© Berlinale)

Le cinéaste iranien Rafi Pitts, qui a présenté son dernier film, Soy Nero [+lire aussi :
critique
bande-annonce
film focus
interview : Rafi Pitts
fiche film
]
, à l’occasion de la Berlinale, a discuté de son retour dans le festival allemand et de certains de thèmes abordés dans son titre. 

Cineuropa : Qu’est-ce que cela fait de revenir à la Berlinale six ans après The Hunter [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
?
Rafi Pitts : C’est très difficile. Enfin, c’est un événement fantastique ; vous êtes heureux,  un peu comme si votre film obtenait un certificat de naissance. Tout d’un coup, le voilà né. Mais il faut soutenir le film, même si j’espère qu’il se suffit à lui-même. J’ai mon propre rôle à jouer, et cette fois, je ressens une obligation supplémentaire à cause des soldats Green Card. Je souhaite que lors de ma prochaine participation à un festival, personne ne me demande : "Qu’est-ce qu’un soldat Green Card ?" Alors j’aurai gagné la plus grande récompense que Berlin puisse m’offrir. 

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)Cine Iberoamericano Int

Il s’agit d’une histoire réellement fascinante, et pourtant, personne ne la connaît vraiment.
Je sais. Je n’arrive pas à y croire. Le premier soldat Green Card a été déporté il y a 40 ans, et je raconte ça aujourd’hui. Ce n’est pas normal et cela me met mal à l’aise : je ne suis pas un visionnaire mais j’ai découvert cette réalité par hasard car je souhaitais réaliser un film sur des personnes déracinées qui cherchent à s’intégrer quelque part. Lorsque j’ai découvert ce phénomène, je me suis brutalement rendu compte que nous vivions dans un monde où les politiques, les intellectuels et les journalistes parlent tous d’immigration et d’intégration, mais que personne ne connaissait le problème des soldats Green Card. Comment avez-vous pu manquer ça ?

Pourtant, les soldats Green Card ne sont qu’une facette de votre film qui est un portrait sociologique bien plus complexe de notre époque.
Ce qui est triste, c’est que les soldats Green Card viennent du monde entier, tout comme les États-Unis eux-mêmes. On trouve des soldats Green Card allemands, français, iraniens ou encore mexicains. J’ai choisi de raconter l’histoire d’un soldat américain en raison de l’absurdité de la situation, du fait que la Californie appartenait il n’y a pas si longtemps au Mexique, et qu’à présent un mur empêche les Mexicains de pénétrer sur ce territoire. Pourtant, l’économie californienne dépend des Mexicains. Il s’agit donc d’un film sur l’absurdité de la condition humaine.

Les murs sont un sujet sensible de l’actualité européenne. Quelle est votre opinion sur la question des réfugiés, vous qui êtes issu de plusieurs cultures ?
Personne au monde ne souhaite quitter son pays sans raison, et c’est un fait qu’il faut respecter. Aucun Syrien ne va dire "Je dois partir d’ici," à moins qu’il n’y soit obligé. Les hommes aiment la terre qu’ils habitent, la terre qui les a vus naître, celle où ils se sentent à l’aise avec leur vie, leur langue et leur culture. Mais en même temps, l’humanisme disparaît très rapidement et devient une sorte de spectacle. Nous avons pu le constater avec le petit garçon mort sur une plage en Grèce. Tout le monde a manifesté son émotion, nous avons tous été bouleversés par ces images, mais depuis, plus de 300 enfants sont morts sur cette même plage, et aucune photo n’est là pour le montrer, ou s’il y en a, nous réagissons en nous disant : "Oh, ce n’est pas nouveau ; passons à autre chose."

Cette période moins humaniste est-elle la cause du retour au pouvoir des gouvernements religieux ?
Je crois qu’il existe une forte nécessité de croire en quelque chose. À une époque où les idéologies ont disparu, la religion est bien plus ancrée dans la société. Si l’on jette un œil au monde musulman, on s’aperçoit les communistes ont été remplacés par les Frères musulmans. Il est triste que la religion s’immisce dans la politique car je ne pense pas que la philosophie religieuse ait quelque chose à voir là-dedans. Je pense que religion et politique ne font pas bon ménage et que ce mélange ne peut mener qu’à des incompréhensions. Lorsque les attentats en France ont eu lieu, nous nous trouvions sur place, dans le même quartier, pour le montage du film. Et tout à coup, tout le monde a commencé à parler des musulmans et de la peur qu’ils inspirent. Soudainement, en raison de la vitesse de diffusion de l’information, ces terroristes étaient placés sur le même pied que six millions de personnes dans un pays. Il s’agit du monde dans lequel nous vivons. Et à présent la France envisage la déchéance de nationalité des binationaux suspectés de terrorisme. Les politiques sont prêts à tout pour obtenir des voix. C’est triste, et je ne comprends pas pourquoi nous devons vivre à une telle époque.

(Traduit de l'anglais)

galerie photo

titre international : Soy Nero
titre original : Soy Nero
pays : Allemagne, France, Mexique
vente à l' étranger : The Match Factory
année : 2016
réalisation : Rafi Pitts
scénario : Rafi Pitts, Razvan Radulescu
acteurs : Johnny Ortiz, Aml Ameen, Rory Cochrane, Khleo Thomas, Michael Harney, Joel McKinnon Miller, Alex Frost

prix/sélections spéciaux

Berlinale 2016
Compétition
cinando

Follow us on

facebook twitter rss

Newsletter

Seneca's Day Lithuania
Home Sweet Home