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"Ce ne sont pas nos attentes mais plutôt celles de nos acheteurs qui comptent"

Dossier industrie: Télévision

Justus Riesenkampff • Distributeur

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- A Série Series, le distributeur Justus Riesenkampff parle de la stratégie de Beta Film sur la sélection des séries

Justus Riesenkampff  • Distributeur

Cineuropa a parlé avec Justus Riesenkampff, du distributeur allemand Beta Film, de la nouvelle série suédoise de la compagnie, Hassel, dont la première a eu lieu à la sixième édition de Série Series à Fontainebleau. 

Cineuropa : Quels sont les critères pour choisir les projets ?
Justus Riesenkampff : Nous recherchons des séries avec le meilleur potentiel à l’international, généralement produites par de grands studios américains et britanniques. Cependant, ces séries sont souvent difficiles d’accès car ils les distribuent eux-mêmes et gardent les droits. Nous devons donc trouver des séries qui sont accessibles et qui ont un fort potentiel international. Il s’agit généralement de séries qui ne sont pas en anglais. Nous recherchons des séries dignes d’être diffusées en première partie de soirée, qui peuvent être très locales, comme Gomorrah, une série qui se passe à Naples. Il y a des marchés en Europe qui correspondent aux habitudes de visionnage, comme l’Italie ou l’Espagne. Une série comme Hassel est plus une série pour les chaînes câblées mais elle a du potentiel pour les marchés internationaux. Il y a donc une affaire derrière chaque acquisition que nous entreprenons. 

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Qu’est-ce qui vous a attiré dans Hassel ?
Je gère les ventes et les acquisitions en Scandinavie, il était donc évident que je cherchais quelque chose scandinave. Nous connaissions les producteurs, nous avions entendu parlé du pitch et avions rencontré les créateurs très tôt. Ils ont conditionné la série avec Ola Rapace dans le rôle principal et Amir Chamdin pour en être le réalisateur. Nous pensions que ça pouvait être un programme fort. Ça commence très localement, puis on voyage à Bruxelles et cela devient plus international. Les séries scandinaves voyagent souvent à l’international en raison de l’authenticité du scénario, des acteurs et du produit dans sa globalité. La plupart des acheteurs internationaux recherchent des séries qu’ils peuvent étirer sur la longueur pour tenir l’audience. Pour une société de diffusion, c’est toujours plus facile de faire une offre sur une série car vous pouvez vous reposer sur un plus gros projet. 

De quels éléments une série a-t-elle besoin pour avoir du succès à la fois à l’international et au niveau national ?
Il n’y a pas d’élément prédéfini pour cela. Il y a des séries qui sont excellentes mais qui restent locales. Il faut procéder au cas par cas pour déterminer quels territoires une série peut toucher. Par exemple, les séries espagnoles voyagent en Amérique latine et il y a même des séries turques qui se retrouvent en Espagne. Et puis bien sûr, de temps à autre, il y a des très grandes séries, comme Grand Hotel, une série espagnole qui a du succès dans le monde entier. Shame, une série web norvégienne, a parcouru le monde car elle était addictive et a su appâter l’audience. 

A quel niveau d’audimat peut-on dire qu’une série a du succès ?
Ça varie selon les sociétés de diffusion. Ils ont un audimat estimé pour chaque créneau horaire. Les sociétés de diffusion de télévision mesurent également les nombres de visionnage pour la valeur commerciale. Chaque chaîne a des attentes pour ses spectateurs, cela peut aller de 1 % à 20 %. Ce ne sont pas nos attentes mais plutôt celles de nos acheteurs qui comptent. Parfois l’audimat peut ne pas être aussi élevé que ce qui était attendu, mais si les médias parlent beaucoup de la série, cela ne dérange pas la chaîne de télévision. 

De quelle façon pensez-vous que les nouvelles plateformes de distribution et de services de streaming vont influencer le futur de la production de séries ?
L’influence se fait déjà ressentir. Viaplay, en Scandinavie, qui produit Hassel, est un des plus gros acheteurs de séries originales. Nous aimerions avoir une plateforme allemande qui commande 10 séries par an et qui lance des programmes originaux tous les mois. Cela n’existe pas mais le succès de ces plateformes dépend du territoire. Je pense que Viaplay se contentera toujours de séries scandinaves et Netflix de séries en anglais, voire peut-être dans une moindre mesure de séries allemandes et françaises. Ça dépend vraiment du territoire et de la force des lecteurs. 

Est-ce que la disponibilité de nouvelles plateformes influence positivement ou négativement la qualité des séries produites ?
Je pense qu’elle nous offre plus de variétés car les attentes d’une plateforme diffèrent largement de celles des sociétés de diffusion traditionnelles. 

Combien une société de diffusion est-elle prête à dépenser pour une série ?
Elles sont prêtes à dépenser beaucoup plus que pour des acquisitions. Financièrement, il n’y a pas d’intérêt à créer des programmes originaux car on peut toujours acheter un programme. Mais c’est la valeur commerciale et la nécessité pour ces lecteurs d’avoir un visage. Pour les sociétés de diffusion publiques, il est question de dépenser de l’argent publique sur la production. 

Pensez-vous que la co-production européenne est une nécessité ou un fardeau ?
C’est une opportunité et un challenge. C’est le futur, dans la mesure où elle est faite correctement.

(Traduit de l'anglais)

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