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Dossier industrie: Télévision

One Vision Série Series 2016: Anne Landois & Caroline Proust

par 

- Une vision féminine des personnages

One Vision Série Series 2016: Anne Landois & Caroline Proust

(© Sylvain Bardin & Philippe Cabaret)

Engrenages est l’une des séries françaises non seulement les mieux exportées (dans plus de 70 pays), mais emblématiques du renouveau de la qualité des fictions françaises. Et si ce succès international était lié à l’authenticité de ses personnages féminins, des figures à la fois puissantes et réalistes, et qui ne tombent pas dans les sempiternels clichés ? La scénariste Anne Landois, accompagnée de la comédienne Caroline Proust, reviennent sur la genèse de cette belle entreprise qui dure depuis plus de 10 ans et en est déjà à sa 6e saison, dont le tournage a commencé en mai et qui sera diffusée en 2017.

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Les deux héroïnes – la capitaine de police Laure Berthaud, jouée par Caroline Proust, et l’avocate sans scrupule et à la réputation sulfureuse Joséphine Karlsson, incarnée par Audrey Fleurot – sont en effet indubitablement devenues les clés de voûte de la série, confie Anne Landois qui voulait développer la narration et les intrigues d’abord en sa qualité d’auteur féminine. Chaque saison donne ainsi toujours davantage la part belle aux femmes.

Caroline Proust ignorait tout de l’aventure où elle mettait les pieds, elle est devenue l’une de ces héroïnes au fur et à mesure des épisodes et elle salue la liberté laissée par la chaîne, CANAL+, qui a fait confiance à l’équipe depuis l’origine et offert ici une belle plateforme aux femmes, dans une société encore beaucoup trop misogyne à son goût. La télévision peut en effet être un espace de grande liberté et créativité, confirme Anne Landois qui s’identifie et se projette dans tous les rôles, hommes et femmes confondus, de tous âges et toutes les couches de la société. Quand auteurs, producteurs et diffuseurs s’accordent, cela permet de dépasser les conventions, notamment dans la conception même des personnages.

Celui de Laure Berthaud a bien sûr évolué avec les saisons. Jusqu’à la saison 4 incluse, il est davantage question de son parcours de flic qui doit « se justifier en étant un peu mec », mais à partir de la saison 5, la méthode d’écriture change. Et si le terme de showrunner ne lui convient pas vraiment, Anne Landois confie qu’à son initiative, le côté polar est volontairement un peu passé au second plan, tandis que la « personnalisation des personnages » est devenue primordiale, lesquels prennent dès lors une épaisseur nouvelle et particulière, on creuse plus finement leurs failles et leurs contradictions… La saison 4 s’achevait sur une tragédie puisque Laure, endeuillée, a perdu l’homme de sa vie dans un attentat. Alors la saison 5 débute sur le pendant de cette mort, la vie, elle est enceinte, une grossesse qui la met face à elle-même d’une autre manière.

L’avantage d’une série est de pouvoir ainsi creuser les profils des personnages, davantage qu’au cinéma. Et cela peut en l’occurrence se faire en étroite concertation avec les comédiens, se réjouit Caroline Proust. Engrenages, c’est en effet aussi l’aventure du ‘’grandir ensemble’’, confirme Anne Landois. La série s’inscrit à tel point dans la durée que tous ont naturellement changé, à chaque nouvelle saison qui redémarre, elle retrouve ses comédiennes ‘’à un nouvel endroit’’. Et dans ce processus long, un fructueux dialogue auteur/comédiens s’est instauré. Laure Berthaud est une femme de son époque, qui vit pleinement son métier, au caractère bien trempé, encore plus à fleur de peau du fait de cette grossesse non désirée, au point d’en être très perturbée... Caroline Proust a proposé à Anne Landois que Laure fasse un bref séjour en hôpital psychiatrique (mais c’est impossible, car alors la policière ne pourrait revenir sur le terrain). Elle a souvent demandé de l’action aux scénaristes et elle a été servie. Elle a aussi demandé que dans la saison 5, sa relation au lieutenant Gilou soit étoffée. Bref, si Anne Landois conçoit et pitche l’arche narrative, tous discutent ensuite à la table, et de cet échange, indispensable, naissent de nouvelles idées et nouveaux challenges. Car qui mieux qu’un comédien connaît finalement son personnage ? Avec le temps, une symbiose s’est créée : ‘’travailler sur une série, c’est organique’’.

La télévision est le règne de l’intimité. On la consomme à toute heure du jour ou de la nuit, jusque dans son lit. L’engouement pour les séries a changé la donne pour les scénaristes qui endossent une grande responsabilité. Avec une ligne éditoriale libre, on peut parler cru, repositionner les curseurs, notamment de représentation des femmes. Engrenages est une série réaliste, ancrée dans la réalité policière et politicojudiciaire certes, mais aussi dans celle de femmes actives et aux multiples facettes, des femmes rassurantes qui ‘’ne sont pas toujours au taquet’’ quant à leur image et leur beauté. Il faut être sage et humble devant le temps qui passe, conclut joliment Caroline Proust, ‘’bien vivre pour bien vieillir’’ ; ça tombe bien, Engrenages vit et vieillit plutôt bien.

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