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Urszula Antoniak • Réalisatrice

“Je ne veux pas expliquer la complexité des motivations humaines”

par 

- Entretien avec la réalisatrice d'origine polonaise installée aux Pays-Bas dont le premier long métrage a été élu meilleur premier film à Locarno et meilleur film hollandais 2009

Urszula  Antoniak • Réalisatrice

Cineuropa : Comment décririez-vous les deux personnages de Nothing Personal [+lire aussi :
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interview : Urszula Antoniak
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Urszula Antoniak : Ils sont tous les deux des pages blanches : on ne sait rien de leur passé ou de leurs motivations. Je n'aime pas les films qui essaient d'expliquer des motivations humaines complexes par des éléments psychologiques. Dans la vraie vie, on devine plus qu'on ne sait vraiment pourquoi les gens sont amenés à faire ceci ou cela. Nothing Personal imite une rencontre comme elle adviendrait dans la vraie vie et le fait à l'extrême en suivant un personnage qui refuse obstinément de s'ouvrir à l'autre mais qui finit par céder après avoir passé du temps avec lui.

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Ne craigniez-vous pas que le spectateur n'arrive pas à s'identifier avec un personnage dont il sait si peu ?
Dans quelle mesure a-t-on besoin de connaître une personne pour s'identifier avec lui ou elle ? C'est d'ailleurs la question que pose mon film, qui évoque les relations humaines à un niveau très basique. Dans un film hollywoodien, on connaîtrait les motivations de l'héroïne et partant de là, on la comprendrait et on s'identifierait à elle, mais je ne voulais pas manipuler le spectateur ainsi, je voulais au contraire lui lancer un défi.

Le fait que vous êtes une femme a-t-il eu une influence sur le film ?
Étant une réalisatrice, je suis naturellement attirée par les personnages féminins forts et n'aime pas présenter les femmes comme des victimes. Lotte, dans le film, joue un personnage actif et non passif, une femme qui choisit la solitude sans que ce soit pitoyable. Je voulais créer un personnage de rebelle (ce qui revient en général aux personnages masculins) et lui donner le visage d'une femme.

Comment s'est passée votre collaboration avec le jeune Daniël Bouquet, dont la photographie contribue largement à l'atmosphère du film ?
Daniel est le parfait caméraman parce qu'il encourage le réalisateur à prendre des risques. J'ai eu de la chance de le rencontrer et de travailler avec lui, bien que j'ai au départ eu des craintes par rapport au fait de collaborer avec quelqu'un que je ne connaissais pas. Mais ça a marché. Il a un très bon goût qui n'est pas gâché par la pub ou les vidéoclips.

Dans quelle mesure Nothing Personal est-il un film hollandais, irlandais, polonais, européen ?
En tant qu'émigrée je suis naturellement portée à choisir des récits universels. Nothing Personal est un film d'art et d'essai européen. C'est un film qui ose mettre le public au défi mais qui provient aussi d'un sentiment d'urgence chez son auteur, qui veut partager quelque chose d'important.

Quels sont les thèmes présents dans ce film qui vont sont propres et que vous pensez explorer de nouveau à l'avenir ?
Il y a une ironie ancrée dans les traditions de l'Europe centrale, mais c'est plus une question de ton que de thème. Pour moi, l'ironie est le sel de la vie et sa grande sagesse. J'ai le sentiment d'appartenir à cette tradition d'humour centre-européenne qui mélange des influences juives, slaves et allemandes – je pense à Kafka et Musil, mais aussi à Billy Wilder et Ernst Lubitsch, qui ont épicé le cinéma hollywoodien de cette caractéristique touche d'humour.

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