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Isabelle Giordano • Directrice générale d’UniFrance

“Il faut absolument s’adapter à l’évolution du marché“

par 

- Rencontre avec Isabelle Giordano, directrice générale d’UniFrance, juste avant les Rendez-vous du cinéma français à Paris (du 18 au 22 janvier)

Isabelle Giordano • Directrice générale d’UniFrance
(© Patrick Swirc / Unifrance)

Directrice générale d’UniFrance depuis 2013, Isabelle Giordano pilote les nombreuses opérations menées par l’agence de promotion du cinéma français à l’international aujourd’hui présidée par Serge Toubiana.

Cineuropa : A quel point le Rendez-vous du cinéma français à Paris (du 18 au 22 janvier) est-il décisif pour la vie des films français à l’international ?
Isabelle Giordano : Après Cannes, c’est le plus gros marché où l’on peut acheter des films français, donc un rendez-vous de business absolument incontournable pour les distributeurs et les vendeurs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes avec pratiquement 500 distributeurs, une bonne centaine de journalistes de la presse étrangère et 125 artistes présents pendant trois jours pour ce qui est aussi le plus grand press junket du cinéma français après Cannes. 

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Est-ce que c’est un marché où l’on clôt des ventes ou plutôt une préparation de l’European Film Market berlinois ?
Beaucoup de deals se font sur place, mais il y a bien sûr des négociations en continuation, qui se déroulent au long cours. Un autre élément important joue et qui ne se passe pas toujours ainsi dans les autres marché : les producteurs  peuvent rencontrer les distributeurs étrangers, donc savoir vraiment comment leurs films sortent dans les différents pays, comment le public réagit, etc. 

Quelles sont les tendances pour la circulation des films français à l’international ?
Les chiffres sont plutôt bons pour 2017. Une tendance forte est la stabilité pour les films en langue française : ce n’est pas parce qu’un film est en français qu’il ne va pas se vendre et on n’est pas obligé de faire des films en anglais pour vendre des films à l’étranger. Ensuite, il y a des genres qui ont énormément de succès comme l’animation qui est vraiment l’avenir du cinéma français, les films d’auteur et les comédies. 

Et en termes de territoires ?
Nous sommes plutôt inquiets de voir la baisse de fréquentation pour les films français en Angleterre et au Québec. Les bonnes nouvelles, elles, viennent toujours de l’Europe et nous sommes très heureux de constater que les spectateurs allemands sont en demande de cinéma français, tout comme les italiens qui sont très friands de nos films, même si ce n’est pas gagné d’avance à chaque sortie. Il y a aussi une bonne reprise du marché espagnol, après les années de crise et de marasme économique durant lesquels les spectateurs n’allaient plus dans les salles. Quant au reste du monde, pour moi, la Chine reste un vrai-faux Eldorado où les sorties sont extrêmement complexes et compliquées à gérer. Nous n’avons pas de boule de cristal pour lire l’avenir politique et économique de ce pays, mais il faut justement redoubler de vigilance, être dans un dialogue constant et continuer nos actions même si elles sont parfois paralysées soit par la censure, soit par les quotas. C’est un pays où nos marges d’action sont parfois très contraintes.

Quels sont les grands atouts et les limites du cinéma français par rapport à la circulation internationale ?
Il y a bien sûr des forces et des faiblesses, mais on est encore plus forts quand on est conscient de ses faiblesses. Il faut bien analyser les films qui ont été un peu déceptifs, comprendre les raisons pour lesquels les spectateurs de certains pays ne vont plus voir de films français alors qu’ils aimaient cela il y a encore 15 ans. On nous reproche parfois le manque de lisibilité de deux ou trois auteurs très forts et on nous renvoie toujours à François Truffaut et Eric Rohmer, comme si les cinéastes d’aujourd’hui n’avaient peut-être pas la renommée de ceux d’antan. Mais je pense que nous avons le très grand atout de la diversité : nous sommes  le premier pays qui diffuse dans le monde entier autant de films différents les uns des autres. Nous sommes aussi les champions de la coproduction internationale et nous avons quelque chose que les autres n’ont pas : une audace dans la manière de faire des films. Quand on est capable de faire Grave [+lire aussi :
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interview : Julia Ducournau
fiche film
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, d’avoir des talents aussi différents que Luc Besson et Olivier Assayas, on peut aller normalement très loin.

Quelle est votre position par rapport aux plateformes et à l’univers numérique ?
La salle est bien sûr une priorité, mais il faut absolument s’adapter aux nouveaux usages, à l’évolution du marché. Il faut être agile en fonction de cela. D’une part, il faut exiger si possible plus d’informations de la part des plateformes qui ne nous renseignent pas du tout sur la manière dont elles diffusent les films français. D’autre part, il faut trouver toutes sortes d’opportunités pour mettre en valeur le cinéma français sur les plateformes. Aujourd’hui, la promotion se joue bien au-delà de la salle et elle est décuplée par les réseaux sociaux. C’est ce chantier numérique qui va être la priorité d’UniFrance en 2018, afin de créer du désir pour les films français.

Quelle est votre perception de l’avenir des très nombreuses sociétés françaises de ventes internationales ?
Il faut aider les exportateurs dans leur mutation, et la meilleure manière de le faire, c’est d’être très réactif et de les accompagner dans les changements du secteur. Mais c’est vrai qu’ils sont inquiets, qu’ils ont l’impression de faire un métier qui en train soit de totalement changer, soit de disparaître. Peut-être que cela passera par le fait de ne plus vendre seulement des films traditionnels. Pourquoi pas des séries ? Il ne faut s’interdire aucun questionnement. C’est surtout pour nous une façon de se dire qu’il faut s’adapter encore mieux aux exigences du marché. Aux Etats-Unis, le marché du film sous-titré est en train de se réduire considérablement, donc il faut peut-être produire autre chose, vendre autre chose, agir autrement. Les Américains ont aussi décidé d’attacher une partie de leur production au marché chinois. Je m’interroge... Le but d’UniFrance est d’être un outil de veille sur l’ensemble des marchés internationaux et de rapporter des informations à la profession. A nous de voir si on a envie de garder une industrie de stricts prototypes ou une industrie qui répondrait peut-être un peu plus aux attentes des spectateurs internationaux.

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