email print share on facebook share on twitter share on google+

Paul Pauwels • Directeur, EDN-European Documentary Network

"Documentaire ou fiction, une bonne histoire est une bonne histoire"

par 

- Paul Pauwels, directeur de l’EDN-European Documentary network, nous parle de cette organisation et de sa nouvelle initiative, Médias et Société

Paul Pauwels • Directeur, EDN-European Documentary Network

L’initiative Médias et Société : documentaire européen dans un paysage médiatique en mouvement de l’EDN-European Documentary Network, en plein essor, consiste à inviter tous les professionnels travaillant dans le domaine du documentaire (et genres apparentés) à donner leur avis sur l’état actuel de la profession, afin d’aider et de soutenir le développement du documentaire européen. Paul Pauwels, directeur de l’EDN, nous en dit plus à ce sujet. 

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Cineuropa : Qu’est-ce qui a été à l’origine du lancement de l’initiative Médias et Société ?
Paul Pauwels : Depuis 20 ans, l’EDN soutient l’industrie du documentaire européen et ce, j’ose le dire, avec beaucoup de succès. Le numérique a toutefois ouvert les portes de ce marché à de nouveaux acteurs, et leur arrivée a chamboulé l’organisation du pouvoir au sein du paysage médiatique. Il en a résulté un bouleversement de l’"ancien" modèle commercial, celui qui a permis pendant des décennies à des producteurs et des réalisateurs de documentaires indépendants d’alimenter généreusement le paysage médiatique européen. Petit à petit, nous avons remarqué que ce modèle, qui fonctionnait si bien par le passé, est aujourd’hui remis en question, et que la place du documentaire créatif et indépendant est menacée. Cela se produit alors que l’influence des médias sur les pensées, les valeurs et le comportement du public n’a jamais été aussi forte. Nous sommes en train de vivre un changement de paradigme qui nous oblige à réfléchir sur la manière dont nous allons pouvoir protéger la place du documentaire indépendant dans une société mondialisée, médiatisée. L’EDN n’est pas épargné : nous aussi, nous devons penser aux besoins de notre communauté et au meilleur moyen de la servir. Nous sommes convaincus que nous ne pouvons protéger efficacement les intérêts de la communauté européenne du documentaire indépendant que si nous disposons de chiffres et de données précises, choses que notre communauté n’a jamais été habile à fournir. Nous avons donc décidé de lancer Médias et Société, afin de faire le point sur la situation actuelle du documentaire en Europe et de nous préparer à défendre sa place dans le paysage audiovisuel européen.

Quels sont les objectifs principaux de l’initiative ?
Nous avons besoin de transparence et de données solides sur l’industrie. Nous allons commencer par établir des faits et collecter des informations, puis nous entamerons une phase d’analyse et de discussions qui débouchera sur un ensemble de conclusions, de recommandations et de propositions de stratégies à inscrire dans un document politique (un livre blanc) qui sera présenté aux décideurs et aux responsables politiques au niveau européen. Notre but est de contribuer au développement d’une politique européenne des médias qui œuvrera aussi à l’échelon national et qui reconnaîtra le rôle important joué par le documentaire indépendant dans l’information, la sensibilisation, le divertissement et (oui, pourquoi pas ?) l’éducation du public. Nous voulons également soutenir la mise en œuvre d’une politique qui contribue à un système de développement, de financement, de production, de diffusion et de distribution équilibré et ouvert, une politique qui aura une incidence positive sur la société. Nous aspirons à devenir un acteur central dans l’amélioration du secteur de la production européenne indépendante, pour le convertir en une industrie durable dont la réussite économique et culturelle ira de pair avec son importance sociétale.

L’industrie du documentaire a toujours été désavantagée par rapport à celle de la fiction. Cela appartient-il désormais au passé ?
C’est ce qu’il faudrait. La frontière entre le documentaire et la fiction est en train de se brouiller : les formats hybrides sont de plus en plus nombreux et la technologie numérique change les règles de la narration, de la production et de la distribution, tant dans le champ de la fiction que dans celui du documentaire. Beaucoup de fictions utilisent des techniques et styles empruntés au documentaire, et nombreux sont les budgets alloués aux documentaires qui n’ont rien à envier à ceux des fictions. Il faudrait arrêter d’opposer ces deux genres et unir nos forces pour créer un débit de production européen capable de toucher le public et de s’exporter. Une bonne histoire est une bonne histoire, qu’elle soit racontée sous forme de documentaire ou de fiction. Dans le passé, l’industrie documentaire a été beaucoup trop passive dans la défense de ses intérêts. Elle n’a que moyennement réussi à persuader le public que le contenu factuel pouvait se révéler aussi fort et intéressant que la fiction. En revanche, à présent, il existe toute une nouvelle génération de réalisateurs qui a bien compris cela, et il s’agit là d’un développement artistique très prometteur, car le public est prêt à s’engager dans de nouvelles voies.

Quels sont les rendez-vous européens incontournables auxquels un professionnel du documentaire devrait participer afin de s’immerger pleinement dans l’industrie ?
C’est une question dangereuse, car quand je verrai la réponse publiée, je m’écrierai certainement : "Comment ai-je pu oublier cet événement ?". Je crois pouvoir dire de manière générale qu’aller à des festivals est toujours une bonne idée. On pense tout de suite à l’ IDFA, à CPH:DOX, au Sheffield Doc/fest, à Dok Leipzig… mais d’autres festivals, comme Jihlava, Thessalonique, Visions du Réel et Doclisboa, pour n’en citer que quelques uns, valent le détour. Admirer le travail de ses collègues et pouvoir s’entretenir avec eux est une grande source d’inspiration. Je pense aussi qu’il est nécessaire de se rendre aux événements destinés en particulier à l’industrie. Beaucoup de festivals associent leurs projections à un volet marché ou à des ateliers, mais d’autres rendez-vous plus spécifiquement tournés vers l’industrie, comme le DocSalon du Marché de Berlin, Sunny Side of the Doc à La Rochelle, ou encore le Doc Corner du Marché du Film de Cannes, offrent d’excellents renseignements et perspectives sur le milieu.

(Traduit de l'anglais par Séverine Meuleman)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.