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Olivier Meys • Director

"On ne dit jamais la difficulté de l’expérience d’immigration"

par 

- Rencontre avec le réalisateur belge Olivier Meys à l’occasion de la sortie en Belgique de Bitter Flowers

Olivier Meys • Director
(© Cinergie)

Après avoir réalisé plusieurs courts métrages et documentaires, Olivier Meys se lance dans l’aventure du long avec Bitter Flowers [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Olivier Meys
fiche film
]
, portrait intime et émouvant sur l’amer exil d’une jeune Chinoise prête à sacrifier son présent pour assurer l’avenir de sa jeune famille. 

Cineuropa: De quoi parle Bitter Flowers?
Olivier Meys: Bitter Flowers, c’est l’histoire d’une jeune femme du Nord de la Chine qui sent le monde autour d’elle changer, et veut monter dans le train de la modernité pour assurer à sa famille un avenir veilleur. Elle entend parler de voisines qui sont nounous chez des familles de riches chinois à Paris. Elle voudrait engranger un petit pécule pour devenir patronne. Mais la réalité est bien différente de celle qu’on lui a décrite. Elle pourrait rentrer, mais elle décide de composer avec cette réalité pour s’accrocher à son rêve.

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Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce sujet?
J’ai fait beaucoup de reportages en Chine depuis l’an 2000, le pays a fondamentalement changé, que ce soit les villes ou les campagnes et j’ai l’impression d’avoir un peu archivé ce changement avec mes documentaires. Ces bouleversements ont eu un impact fort sur les familles chinoises, et j’avais envie de traiter de cette question vue de l’intérieur. 

Deux choses étonnent: la notion de prostitution consentie chez ces jeunes femmes, et leur solidarité.
Ces femmes ne sont poussées ni par la misère, ni par la violence, mais parce qu’elles sentent leur monde changer de manière très rapide. Il y a des opportunités à saisir, mais pas pour tous. Pendant que les riches s’enrichissent, d’autres restent sur le carreau…

Elles sentent bien que cette porte entrouverte ne va pas le rester très longtemps, il y a urgence. Elles se lancent tête baissée quand elles entendent parler de cette opportunité de travail. L’histoire commune de l’immigration, c’est que la réalité du terrain est souvent terrifiante. On ne dit jamais la difficulté de l’expérience, on la fantasme complètement, surtout si on touche à un tabou sexuel tel que la prostitution Ces femmes consentent à se prostituer pour mener leur rêve à bout.

Il y a de vrais antagonismes et une réelle hostilité entre les Chinois installés à Paris et ces femmes qui débarquent. La solidarité entre elles est la seule façon possible pour elles de faire face.

C’est aussi une histoire d’amour?
Je voulais une héroïne qui ait une situation familiale stable, et qui pour assurer un avenir meilleur à sa famille, accepte de mettre son présent entre parenthèses, et de faire endurer à elle-même et à son couple une situation intenable. Comment réagissent des gens qui s’aiment dans une situation pareille? Comment faire grandir cet amour dans le secret, et se retrouver? 

C’est un film facile à produire?
Non, c’est une histoire assez simple, pas très commerciale et en chinois! Alors trouver de l’argent en Europe pour ça, en plus pour un premier film, ce n’était pas évident. Mais grâce à l’opiniâtreté de mes producteurs belges et français, on a trouvé des solutions, notamment en Flandre et en Suisse, et on a trouvé des investisseurs chinois, sans lesquels cela aurait été difficile de mener l’entreprise à bien. 

Quels sont vos projets?
Je suis en train d’écrire une nouvelle fiction, mais je voudrais que celle-ci puisse être diffusé en Chine sans contrainte. Il faut donc tenir compte des possibilités de censure et des caractéristiques du marché, mais je crois que ce projet devrait pouvoir y parvenir…

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