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Philippe Leclerc • Réalisateur

"On est loin de Yul Brynner !"

par 

- Ancien animateur entre autres sur Le Roi et l'oiseau de Paul Grimault, puis assistant de René Laloux, Philippe Leclerc a fondé et dirigé le studio Praxinos

Philippe Leclerc • Réalisateur

Après avoir réalisé en 2003 son premier long métrage, Les Enfants de la pluie, il s’est lancé dans l’aventure de La Reine Soleil [+lire aussi :
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fiche film
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Cineuropa : Pourquoi avoir accepté de mettre en scène La La Reine Soleil ?
Philippe Leclerc : Je terminais Les enfants de la pluie à Séoul quand Léon Zuratas m’a demandé si j’étais partant. L’Egypte me passionne depuis l’enfance et je m’y suis intéressé encore davantage, surtout sous l’angle mystique, à travers le groupe de musique Magma dans les années 70. Sans être un spécialiste, je suis aussi fasciné par le côté graphique et plastique de l’Egypte depuis mes études aux Beaux-Arts.

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Avez-vous modifié sur le scénario ?
Je ne connaissais pas le roman de Christian Jacq et j’ai commencé à travailler sur une première adaptation de Gilles Adrien qui se cantonnait un peu trop dans un genre purement d’aventure pour une tranche d’âge très spécifique. Je voulais apporter un peu plus de magie, de mystique, de religieux. Donc j’ai injecté cette matière mystérieuse et le film a différentes couches de lecture pour toute la famille.

Quel personnage vous a le plus inspiré ?
Akhenaton. J’aurais voulu le développer davantage, mais il existe des contraintes commerciales car le dessin animé est avant tout considéré comme un produit pour les jeunes et en particulier les plus jeunes. Malgré tout, j’ai essayé d’exploiter ce personnage avec son côté un peu fou, mystique, voire son androgynie (considéré comme père et mère de l’Egypte et surnommé l’asexué par les prêtres). On est loin de Yul Brynner ! Je voulais aussi traiter la relation qu’une fille pouvait avoir avec un père un peu "déjanté", une enfant qui se trouve au milieu de parents divorcés, une situation tout à fait contemporaine.

Quels ont été vos choix sur le plan visuel ?
Je ne voulais pas traiter l’art égyptien comme on a l’habitude de le représenter. J’ai essayé d’aller graphiquement vers une interprétation de cet art qui est pour moi extrêmement moderne, voire très épuré avec la pureté des lignes, la simplification de la forme qui me fait penser à de l’Art Déco. Je voulais échapper au côté pompier, hollywoodien, clinquant.

Comment s’est déroulé la fabrication en Hongrie ?
Je trouve dommage qu’on ne puisse pas produire correctement en France. Les équipes locales ne sont pas toujours concernées à 100 % sur le film. L’expérience en Hongrie a été difficile. Il fallait non seulement trouver les bonnes compétences, mais en plus les professionnels hongrois sont souvent obligés pour subsister d’exercer plusieurs activités en même temps, ce qui est très compliqué à gérer. Produire en France me semble pourtant possible, le problème est l’utilisation de l’argent. Les budgets parfois colossaux des films d’animation ne se retrouvent pas à l’image par manque d’organisation et en raison de l’absence de studio en France.

Que pensez-vous de la place du cinéma d’animation ?
Il n’est pas considéré comme un genre cinématographique, mais classé à part. Personne par exemple ne compare un film de Sautet à un Spielberg. En live action, cela ne se fait pas, mais en animation, si : on compare Kirikou aux Triplettes [+lire aussi :
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fiche film
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ou encore à Shrek. La morale est aussi très présente : on ne peut pas tout faire, ni tout montrer comme la nudité par exemple. On m’avait ainsi demandé de coller à une certaine réalité historique (mobiliers, tissus...), et je me suis aperçu qu’à l’époque en Egypte, les gens étaient très légèrement vêtus. Mon premier modèle d'Akhesa montrait un sein apparent, celui d’une fillette de 12-13 ans et un an après l’approbation de ces modèles, la production m’a demandé de masquer cette poitrine, de revoir les dessins, remettre en couleurs, recomposer... Alors que les enfants ont une lecture immédiate de l’image et ne pensent pas forcément à mal. C’est une pensée d’adultes qui se projettent sur le monde des enfants avec leurs blocages, alors qu’en télévision des produits d’animation très avant-gardistes amusent beaucoup les enfants. Il ne s’agit pas non plus d’être grossier et provocateur, mais je pense qu’on peut tout traiter en animation, y compris des sujets de société très sérieux.

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