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Matteo Garrone • Réalisateur

"Un impact émotionnel fort sur le spectateur"

par 

- Cannes a applaudi le style dur et sec de Gomorra

Matteo Garrone • Réalisateur

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, qui a également suscité beaucoup d'intérêt du côté du marché international (il a tout de suite été vendu à une douzaine de pays), alors qu'en Italie, le film, déjà dans les salles, venait de faire un million de recettes en 48h. "Je me réjouis de ce succès, a déclaré Matteo Garrone à la presse. Mon film n'est pas une oeuvre à thèse, mais j'espère qu'il fera réfléchir aux conséquences des mauvais choix". À la fin du festival, le réalisateur quadragénaire (né en 1966) est reparti avec le Grand Prix du jury.

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L'impact du film sur le public et la critique a été fort. D'aucuns, en Italie, ont craint que l'image du pays n'en patisse. Garrone ne s'en soucie pas. "Je ne comprends pas pourquoi les cinéastes américains et israéliens qui parlent de leur terre natale sont considérés de vrais auteurs alors qu'en Italie, quiconque essaie d'évoquer le pays qui est le sien est accusé de le diffamer". Garrone est au contraire convaincu d'avoir satisfait à l'énorme besoin de vérité des gens : "Nous sommes fatigués de l'image souvent folklorique de la criminalité que présentent les fictions télévisées". Le réalisateur qualifie son film de politique, "mais sa portée politique est dans son langage, pas dans son contenu".

"Je voulais, poursuit Garrone, que le film ait un impact émotionnel très fort sur le spectateur et lui donne l'impression d'y être, de pouvoir sentir l'odeur de ces lieux". Il pense notamment aux "Vele" de Scampia (ndlt : quartier de la Camorra dans la périphérie de Naples) : "Je trouve trop facile de blâmer l'architecture ; j'ai vu, aux portes de Cannes, une immense construction tout à fait identique réalisée par le même architecte, Franz Di Salvo, et là-bas ce bâtiment est vu comme un édifice de grand luxe". À Scampia, à Casal di Principe, le réalisateur a obtenu "la plus grande collaboration de la part des locaux. Ils m'ont accompagné tout le temps, m'ont donné des conseils très précieux et des amitiés se sont nouées. J'ai été frappé par la grande humanité de tant de ces gens, qui aspirent à une vie normale, à la légalité, mais sont au contraire écrasés par la criminalité". Aucune menace n'a été proférée. L'auteur du livre dont est tiré le film, Roberto Saviano, qui vit sous protection dans un lieu tenu secret, "n'a pas été menacé de mort pour son livre, précise Garrone, mais pour avoir accusé en citant noms et prénoms les chefs de la Camorra lors de la présentation du livre. Les membres de la Camorra ont peut-être été flattés qu'on tourne un film sur eux et leur quartier. Ils ne nous ont pas gênés. Ils ont compris que c'était mieux pour leurs affaires que ça se passe comme ça".

Les acteurs livrent ici des performances magistrales. Certains ont été choisis parmi les troupes de théâtre des prisons de Volterra et Rebibbia, d'autres dans la rue. Pour leur sélection, le réalisateur a été assisté de Nunzia, une fille de Sant'Antimo que Garrone a rencontrée à Scampia et avec laquelle il a noué des liens sentimentaux : "Nunzia m'a été très utile dans le choix des interprètes. Je m'orientais vers des visages rudes, paysans, mais elle m'a fait comprendre que si les membres de la Camorra étaient comme ça il y a vingt ans, maintenant ils ressemblent à des présentateurs de télévision : ils s'épilent, portent une boucle d'oreille et veulent ressembler à des footballeurs. J'ai donc changé mon casting". Les rencontres de Garrone avec un membre de la Camorra ont également été fondamentales. C'était "un boss de 30 ans, déjà las des guerres de clans, qui sont comme l'Irak en miniature ; il m'a dit qu'il n'arrive à se reposer qu'en prison. Son film préféré, c'est Gladiator, parce qu'il se sent l'héritier des empereurs romains, certainement pas de la mafia américaine".

C'est l'argent dans tous ses aspects qui est le grand héros du film. "C'est vrai, à tel point que le bruit des liasses de billets est une partie essentielle de la bande originale créée à Los Angeles par le meilleur ingénieur du son qui existe actuellement, celui qui s'est occupé il y a 18 ans de la bande sonore d'Apocalypse now". Il s'agit de Leslie Shatz.

(Traduit de l'italien)

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