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Le voyage de monsieur Crulic

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- Un étonnant documentaire animé sur une affaire à l'origine d'un clash diplomatique entre la Pologne et la Roumanie.

Le voyage de monsieur Crulic

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d'Anca Damian, qui a fait sa première internationale au Festival de Locarno 2011, est le premier long métrage d'animation roumain depuis plus de deux décennies. C'est aussi un documentaire qui explore, avec intensité mais sincérité, une affaire très délicate qui a provoqué un scandale diplomatique entre la Roumanie et la Pologne en 2008 : emprisonné à tort en Pologne, l'immigré roumain Claudiu Crulic a entamé une grève de la faim qui a mené à sa mort après des mois à ne pas se nourrir, dans l'indifférence totale des autorités des deux pays. Les événements ont été suivis par la démission honorable du ministre roumain aux Affaires étrangères, Adrian Cioroianu.

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Le voyage de monsieur Crulic est un documentaire qui vaut la peine d'être vu pour la manière dont il raconte l'histoire d'un être humain complètement miné par un système indifférent. En usant de plusieurs techniques d'animation, Anca Damian et son équipe font parcourir au spectateur son singulier destin, et le résultat est assurément un des films les plus tragiques qui soient sortis cette année. Grâce à la voix off inspirée de Vlad Ivanov (l'affreux M. Bebe du film couronné de la Palme d'or 2007 4 mois, 3 semaines et 2 jours [+lire aussi :
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), le public fait connaissance avec Claudiu Crulic, accusé d'avoir volé le portefeuille d'un juge à Cracovie et immédiatement incarcéré par la police polonaise. Le jeune homme prend vite contact avec le consul de Roumanie en Pologne, mais la réponse va le décevoir : on lui conseille d'avoir foi en la justice locale et on lui assure qu'il sera libéré s'il est innocent.

La narration d'Ivanov transforme Le voyage de monsieur Crulic en une oeuvre qui dépasse le documentaire et fait de son protagoniste une version fictionnelle du véritable Crulic, décision qui s'accompagne d'une mention légale à la fin du film. L'oeuvre, très bien documentée, comprend des éléments de fiction évidents, mais ils n'affectent pas la présentation du cauchemar bureaucratique et judiciaire qui aboutit à la mort d'un jeune homme de 33 ans seulement. Bien qu'ayant pu démontrer qu'il était en Italie et non en Pologne au moment des faits, Crulic ne fut pas libéré, et les docteurs aggravèrent la situation en continuant d'assurer que le détenu était en bonne santé et ne nécessitait pas qu'on l'alimente de force. Après plusieurs mois de grève de la faim, Crulic ne pesait plus que 50 kg, soit 30 de moins que pendant ses derniers jours de liberté.

Le commentaire ironique et non dépourvu d'auto-dérision est bien soutenu par des décisions très judicieuses de la part des animateurs. L'équipe menée par Dragos Stefan a utilisé des images d'objets réels, des photos de Crulic et des croquis réalistes des bâtiments où l'histoire s'est déroulée afin de recréer la vie d'un homme de sa naissance à son dernier jour. Combinant collage, aquarelle et photographie animée, le documentaire (produit pour 290 000 €) commence sur un ton léger devenant progressivement une présentation aussi aride qu'envoûtante (le narrateur est Jamie Sives) détaillant la série d'abus et d'incompétences qui ont conduit à la mort de Crulic. L'indignation qu'on est forcé de ressentir est apaisée par une séquence finale particulièrement belle où l'on voit le linceul presque transparent de Claudiu Crulic flotter en s'éloignant, comme pour suggérer que sa mort a enfin apporté la paix à l'innocent. Mais le générique de fin est un retour brutal à la réalité à travers des images d'archives diffusées au journal télévisé en Roumanie et en Pologne après la mort de Crulic.

Le voyage de monsieur Crulic a été produit par Aparte Film et Fundacja Im. Ferdynanda Magellana. Ses ventes internationales sont assurées par la société française Wide Management.

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