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Viva Belarus!

par 

- Le cinéaste polonais Krzysztof Łukaszewicz retrace la trajectoire d’un jeune rockeur biélorusse devenu une icône de la résistance à la dictature.

Viva Belarus!

Avec Lynch (2010) qui disséquait les problèmes d’une petite communauté en Pologne, Krzysztof Łukaszewicz s’était révélé comme un cinéaste engagé, un angle d’attaque amplifié avec son nouveau film, Viva Belarus! [+lire aussi :
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, dont le titre se fait l’écho d’un slogan libertaire (Zyvie BielaRus!) des opposants biélorusses. Et comme son titre, le long métrage dans son ensemble est un cri, un appel en faveur de la liberté qui lui vaut d’ailleurs d’être interdit en Biélorussie, un pays subissant actuellement le joug dictatorial du régime d’Alexandre Loukachenko. 

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Le film est inspiré par l’histoire bien réelle de Franak Viachorka, un jeune rockeur biélorusse (prénommé Miron dans le film et interprété par Dmitry Vinsent Papko) à qui ses chansons rebelles valent d’être enrôlé de force dans une unité de l’armée affectée aux zones contaminées par la catastrophe de Tchernobyl. Miron n’avait jamais eu d’ambition politique, mais les conditions dans lesquelles il se retrouve le poussent en quelque sorte à s’engager. Ayant réussi à se procurer secrètement un téléphone portable, il réussit à communiquer avec sa copine Vera (Karolina Gruszka) et à lui dicter des notes de critique politique aigües qu’elle publie instantanément sur Internet. C’est ainsi que Miron, sans pratiquement le savoir, devient très populaire et une icone de la lutte pour la liberté. Il est alors "une voix venue d’en bas", "un porte-parole" de tous les citoyens opprimés par le système. Et l’armée au sein de laquelle il est enfermé, constitue, à son tour, un symbole de tout cet environnement cruel.

Viva Belarus ! pourrait être considéré comme un récit d’initiation consacré à la transformation d’un jeune homme, un musicien artiste se métamorphosant progressivement en un militant, de plus en plus mûr, de l’opposition. Cependant, plutôt que de se concentrer sur le portrait psychologique approfondi du personnage, Krzysztof Lukaszewicz préfère exposer une perspective plus large. Et bien que le scénario s’appuie sur un cas individuel, il n’en fait pas une étude détaillée. Car le réalisateur vise un phénomène social et politique d’ensemble, un phénomène qui reste bien présent dans les mémoires de tous ceux qui ont vécu à l’intérieur d’un système dictatorial. Cependant, et c’est un point très positif pour le film, sa forme, son langage cinématographique et le style de sa narration évitent soigneusement toute prétention et pathos libertaire. Krzysztof Lukaszewicz s’attache à dépeindre avec un réalisme sans fard l’oppression au quotidien, avec tout son poids, sa cruauté et ses humiliations.

Au-delà de ce contenu politique et du contexte humain, Viva Belarus! traite également un autre sujet important : le rôle des moyens contemporains de communication dans la lutte pour la liberté. Dans le bloc des anciens pays communistes, pour promouvoir leurs idées, les opposants étaient obligés de taper des textes interdits sur de simples machines à écrire et, ensuite, de les distribuer clandestinement de la main à la main. De nos jours, Internet (via les blogs, les réseaux sociaux, les services vidéo etc.) qui est avant tout pour certains un espace de surveillance et d’espionnage, constitue pour les autres un chemin d’espoir pour un futur meilleur. Car la révolution d’aujourd’hui ne se déroule plus seulement dans la rue, mais aussi dans l’espace du réseau global. On connait déjà des exemples spectaculaires de ce phénomène comme ceux de l’artiste martyr égyptien Ahmed Basiony (tué place Tahrir en 2011 après la publication d’un manifeste sur Facebook) et du Chinois Ai Weiwei qui a attiré des millions d’internautes avec son journal critique sur Twitter. Le personnage de Miron de Viva Belarus!, le réalisateur et toute l’équipe du film sont, sans aucun doute, de la même trempe. 

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