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Gold

par 

- Thomas Arslan raconte la ruée vers l'or vue par un groupe d'Allemands et les plonge pour une poignée de pépites dans l'enfer du célèbre "wilderness" américain.

Gold

L'année dernière déjà à Berlin, dans Barbara [+lire aussi :
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, la star allemande Nina Hoss, secrète et imperturbable, projetait d'aller à l'Ouest. Cette année, dans Gold [+lire aussi :
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de Thomas Arslan, elle effectue enfin ce grand voyage sous sa forme la plus quintessentielle : de l'autre côté de l'Atlantique, à cheval d'un bord à l'autre du Canada à travers cette nature vierge, superbe et infernale à la fois, qu'on appelle "wilderness", à l'époque de la ruée vers l'or.

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Arslan, qui a déjà été primé à Berlin (pour Dealer en 1999) mais dont c'est la première sélection en compétition, manie ici de manière assez classique une l'imagerie familière du western, avec ses trains à vapeur, ses paysages immenses, ses immigrés européens chapeautés et engoncés dans leurs vestes de laine qui arrivent la valise à la main et deviennent petit à petit aussi crasseux et dépenaillés que les rustres qui peuplent les saloons, ses poussiéreux villages de pionniers où l'on fait halte pour donner aux chevaux un peu de répit, ses pépites enfin, qu'on voit plus souvent dans la main des escrocs en guise de miroir aux alouettes que dans les rivières lointaines que l'on espère rallier.

Tout en s'essayant à un genre nouveau, il ne manque toutefois pas de renouer avec sa prédilection pour les réunions d'individus dissociés entre eux et méfiants des autres qui cohabitent par contrainte et n'échangent qu'un minimum syndical de dialogues. En l'espèce, il s'agit d'un groupe d'Allemands qui ont chacun leurs raisons de miser leurs économies et leurs vies sur la perspective de trouver de l'or (la plus mystérieuse restant Hoss, avec ses lèvres un peu pincées, comme pour garder le secret de son passé, et ses yeux bleus tournés vers un horizon qu'on ne peut que supputer) et se croient bien préparés pour ce qui va suivre.

C'est ce rêve qui leur permet de continuer d'avancer malgré les malheurs qui s'abattent l'un après l'autre sur leur périlleuse équipée et modifient les dynamiques du groupe, mais une fois survenus tous les incidents techniques possibles et imaginables, c'est à la possibilité de la mort elle-même qu'ils font face. Poussés aux extrêmes d'eux-mêmes (on a peine à retenir un douloureux rictus en entendant le bruit de la jambe gangrenée qu'on scie au couteau), ils n'ont plus pour raison de continuer d'avancer que le fait qu'ils ne peuvent plus rebrousser chemin. L'amputation sus-mentionnée est à l'image de ce que subit la petite bande, qui perd petit à petit équipement et membres. Seuls les plus vigoureux demeurent, qui sont aussi ceux qui partaient déjà résolus à ne jamais revenir en arrière.

Tout en cheminant, à mesure que les personnages, dépouillés de tout, n'ont plus rien dans la vie que cette fuite en avant, le film, scandé par les notes longues et augurales d'une guitare électrique rêveuse, se met à prendre l'allure d'un parcours existentiel vaguement évocateur du Dead Man de Jarmusch. Et puis, après plus d'un millier de miles, quelque chose refait soudain surface quand tout s'est dérobé, quelque chose d'humain, enfin. L'ombre de la mort est là, mais loin devant un espoir se dessine, celui d'une vie nouvelle.

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