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BERLIN 2018 Generation

Critique : Fortuna

par 

- BERLIN 2018 : Le titre du 2e long-métrage de Germinal Roaux a été prémonitoire : le film a raflé les deux prix principaux de la section Generation de Berlin

Critique : Fortuna
Kidist Siyum Beza et Yoann Blanc dans Fortuna

Fidèle à un noir et blanc qui est désormais sa marque de fabrique, le Suisse Germinal Roaux a innondé son nouveau film, film Fortuna, vainqueur des deux prix principaux (l'Ours de cristal et le Grand Prix du jury international) du volet Generation 14plus du 68e Festival de Berlin, d’une lumière mystèrieuse entre aube et crépuscule, espoir et désespérance, empathie et cynisme.

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Si le blanc et noir est le lien esthétique entre ses films (les courts-métrages Des tas de choses et Icebergs, son long-métrage précédent et son premier, Left Foot Right Foot), ils ont aussi des dénominateurs communs en termes de contenu, à commencer par la nécessité de redonner au quotidien cette part de poésie que la frénésie et le consumérisme d'aujourd'hui semblent lui avoir volée. La fragilité qui se dégage de la voix, mais aussi de la posture et du regard des personnages de Fortuna enrichit leurs histoires, faites de petites et de grandes adversités mais aussi de rêves plus ou moins exprimées, d'un tissu sous-jacent extrêmement dense et intéressant. Le film est une sorte d'admonestation à redécouvrir l'humanité qui nous habite et à la savourer à l'envi, pour la transformer à terme en un moteur de changement aussi subtil que nécessaire. 

Fortuna (interprétée par la comédienne-révélation Kidist Siyum Beza) est une jeune réfugiée éthiopienne de 14 ans qui n'a plus de nouvelles de ses parents depuis son arrivée sur les côtes italiennes. Elle est accueillie dans un refuge suisse, l'Hospice du Simplon, qui se situe à plus de 2000 mètres d'altitude et qui est géré par un groupe de moines (dont un incarné par le magnifique Bruno Ganz) prêts à sacrifier leur silence et la tranquillité de leur vie pour accueillir des gens qui n'ont plus de toit, pour protéger les morceaux d'un puzzle qu'il faudrait arriver à reconstituer, avec patience et sensibilité. C'est aussi à ces religieux – à leur capacité d'accueillir la rencontre avec l'Autre comme une chance de transformation et non avec des soupçons – que Germinal Roaux rend hommage. Gardiens d'un savoir ancien et mystérieux, les deux groupes (les moines et leurs hôtes) se fondent dans la neige qui les entoure pour ne devenir qu'un seul corps, imparfait, vivant et frémissant.

La manière dont le réalisateur choisit d'aborder le thème brûlant et complexe de la crise des migrants, en particulier des mineurs non-accompagnés, est extrêmement personnelle. Au lieu de crier explicitement son indignation (légitime), comme Fernand Melgar dans Vol spécial, Roaux se donne pour objectif de redonner de la couleur à nos joues glacées et nos coeurs pétrifiés, convaincu que derrière le mur de cynisme derrière lequel nous nous cachons se trouve la réponse à tous nos maux : l'empathie.

Les puissantes images qui composent l'aventure de Fortuna frappent comme des balles de revolver enrobées dans du coton (ou de la neige) qui réveillent tous nos sens assoupis et nous forcent à sortir de notre coquille pour affronter l'inconnu et nous perdre dans les sensations d'une rencontre qui ne pourra que nous rendre plus forts.

Fortuna a été produit par la société suisse Vega Production en coproduction avec la belge Need Productions. Les ventes internationales de ce titre sont assurées par Loco Films.

(Traduit de l'italien)

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