email print share on facebook share on twitter share on google+

CANNES 2018 Quinzaine des Réalisateurs

Critique : Los silencios

par 

- CANNES 2018 : Ce deuxième film de Beatriz Seigner (Bollywood Dream) est un récit contemporain sur les réfugiés, doublé d'une histoire de fantômes

Critique : Los silencios

Los silencios [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
de Beatriz Seigner, dévoilé à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes, raconte l'histoire de trois réfugiés, une mère nommée Amparo (Marleyda Soto), sa fille de douze ans Nuria (Maria Paula Tabares Pena) et son fils de neuf ans (Adolfo Savinino), qui arrive sur l'Île fantastique, un bout de terre situé à la frontière entre la Colombie, le Brésil et le Pérou. La famille fuit la guerre civile en Colombie, pendant laquelle le mari d'Amparo a disparu – il est à présent présumé mort. 

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

La scène ouverture donne parfaitement le ton, celui d'un réalisme magique augural et terrifiant qui va faire du deuxième film de la réalisatrice brésilienne une expérience envoûtante et troublante. Un bateau vogue sur l'eau et on ne voit autrement pas grand-chose, à l'exception d'une masse sombre devant le navire, qui apparaît à la lueur de la lampe utilisée pour le guider. On aperçoit indistinctement quelques petits bouts de terre et des lumières, au loin. Les bruits de la nature, irréels, rappellent ceux utilisés par Lucrecia Martel dans La ciénaga – à la manière dont le film crée des ruptures de linéarité, on imagine d'ailleurs que la réalisatrice doit être fana du cinéma de Martel. Quand nos passagers touchent terre, une silhouette dans le noir les accueille en disant : "Je ne pensais pas que vous étiez vivants". 

L'île est connue pour être habitée par des fantômes. C'est un lieu d'entre deux dont aucun des trois pays qui le jouxte n'a la souveraineté. C'est aussi un lieu d'entre-deux pour les réfugiés. Amparo y attend les indemnités qu'elle est censée recevoir de la compagnie pétrolière où son mari travaillait, et le statut de réfugiés qu'ont ses enfants et elle les place dans un enfer bureaucratique : elle a du mal à inscrire ses enfants à l'école et ne peut pas se permettre d'acheter l'uniforme obligatoire. Seigner utilise la métaphore des esprits de l'île, dont les habitants vivent dans des cabanes sur pilotis, pour montrer que les réfugiés aussi vivent dans un entre-deux entre la vie et la mort. De surcroît, tout le monde veut profiter de cette famille et l'exploiter, y compris les avocats à l'autre bout du fil au téléphone, qui sont chargés de leur obtenir les indemnités sus-mentionnées. Par ailleurs, un grand groupe de casinos veut délocaliser les résidents de l'île pour y construire un nouveau site. 

Le film utilise aussi le contexte de la guerre civile colombienne, et de l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC pour explorer les effets de la guerre sur les jeunes membres, innocents, de la famille. Le film de Seigner parle de la perte des gens aimés, mais aussi de la possibilité de pardonner aux responsables. Cependant, la réalisatrice veille bien à ne pas asséner ces différents arguments, qui font lentement leur chemin dans notre esprit, tandis qu'on est happé par cette histoire de fantômes, et par ce qui est et n'est pas réel. 

Los silencios a été produit par les sociétés brésiliennes Miriade Filmes et Enquadramento Produções, la maison française Ciné-Sud Promotion et la colombienne Diafragma. Les ventes internationales du film sont assurées par Pyramide International

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.