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CANNES 2018 Un Certain Regard

Critique: Girl

par 

- CANNES 2018 : Lukas Dhont livre un premier film terrassant sur le combat émotionnel et corporel d’une jeune fille transgenre à l’aube de la transformation

Critique: Girl
Victor Polster (à gauche) dans Girl

Lara, jeune adolescente, s’apprête à fêter un anniversaire crucial. Il va signer le début de sa transformation. Lara rêve de danse et d’opéra, et elle est prête à tous les combats pour réaliser son rêve. Son corps, elle l’entraine, l’assouplit, le malmène, tente de la faire ployer. Son corps, cet ennemi. Lara est née garçon. C’est une lutte quotidienne qu’elle mène, celle de la danseuse, et celle de la jeune femme en devenir, sur le point de débuter son traitement. Mais c’est un long chemin apprendre les pointes, tout comme c’est une épreuve longue et éprouvante de changer de corps. Ceci est l’histore de Girl [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Lukas Dhont
fiche film
]
, le premier long du belge Lukas Dhont, qui a été dévoilé au programme compétitif Un Certain Regard du 71e Festival de Cannes.

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Lara est soutenue dans cette période de transition par un père aimant et attentif, et encadrée par une équipe médicale à son écoute et soucieuse de son bien-être. Elle a intégré une école extrêmement exigeante de danse, où le corps professoral accepte et accompagne son destin particulier. Si les vestiaires restent un lieu de souffrance, comme pour bien des adolescents en conflit avec leur enveloppe charnelle, c’est avant tout contre sa propre impatience qu’elle va devoir lutter.

En choisissant de se focaliser non pas sur les éventuels obstacles extérieurs qui auraient pu entraver la transition de Lara, mais plutôt sur son cheminement intime, Lukas Dhont fait le pari audacieux et bouleversant d’entendre les tourments intérieurs qui hantent Lara. Ce ne sont pas les autres qui font obstacle à sa transformation, ni leur regard, et le spectateur est plongé aux côtés de Lara dans souffrance psychique que représente cette lutte au corps-à-corps contre elle-même. Seul le temps ici fait obstacle, mais quel obstacle. Comment accepter, en pleine adolescence, la perspective d’un changement si lent qu’on pense ne jamais pouvoir le toucher du doigt?

D’autant que le film débute dans une lumière ouatée, cadre d’une vie familiale harmonieuse, où l’ambition de la jeune fille et son destin de danseuse est au coeur des préoccupations de chacun. Mais plus le récit se déploie, plus l’entrainement devient dur, et plus le corps souffre, à l’image des pieds martyrisés de Lara, plus le film s’assombrit. C’est là l’une des forces du film, qui lui donne une telle ampleur narrative, la volonté tenace de Lara de forcer les résistances ultimes de son corps de jeune garçon non seulement en le féminisant, mais en plus en le transformant en corps féminin ultime, la ballerine.

Evidemment, il fallait pour porter le film tomber sur la perle rare, et c’est là le bonheur et la chance de Lukas Dhont que d’avoir trouvé Victor Polster. Le jeune homme, étudiant en danse, incarne Lara avec volonté et douceur, offrant à la caméra son regard radieux qui s’assombrit peu à peu au fil de sa quête, laissant le voile de la souffrance inonder ses yeux clairs. Il est le coeur vibrant du film, de presque tous les plans, sérieusement épaulé par l’interprétation d’une grande justesse d’Arieh Worthalter, dans le rôle de son père, un père aimant, bienveillant, et qui sans cesse remet en question son impuissance face aux tourments de sa fille.

Abordant une thématique forte et brûlante, Girl évite avec maîtrise tout sensationnalisme, et accompagne avec une empathie sidérante le trajet intime d’une jeune femme transgenre qui part à la rencontre de son corps.

Girl devrait être le dernier film produit par Dirk Impens et Menuet, puisque le producteur a annoncé vouloir cessé ses activités, après avoir permis l’émergence de talents comme Felix Van Groeningen, et donc Lukas Dhont. Le film est coproduit en Belgique par Frakas Productions, et Topkapi aux Pays-Bas. Il est vendu à l’international par The Match Factory, et devrait sortir à l’automne en Belgique, et le 10 octobre en France.

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