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CANNES 2018 Quinzaine des réalisateurs

Critique : Carmen y Lola

par 

- CANNES 2018 : Ce film d'Arantxa Echevarría dégage beaucoup de fraîcheur d’authenticité dans son plaidoyer pour la défense d'un des derniers droits à conquérir

Critique : Carmen y Lola
Rosy Rodríguez et Zaira Romero dans Carmen y Lola

Après l’avant-première, il y a quelques jours, de Petra [+lire aussi :
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 de Jaime Rosales à la Quinzaine des Réalisateurs, un autre film espagnol portant nom(s) de femme(s) a été présenté au 71e Festival de Cannes, dans la même section : Carmen y Lola [+lire aussi :
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. Il s'agit du premier long-métrage de fiction de la réalisatrice basque Arantxa Echevarría, qui a précédemment signé, entre autres, les courts-métrages Yo presidenta, El solista de la orquesta et El último bus, ainsi que le documentaire Cuestión de pelotas.

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Cette expérience du cinéma du réel se perçoit clairement dans Carmen y Lola, un récit scénarisé par la réalisatrice elle-même qui semble par moments être un documentaire : l'authenticité transpire de ce film qui tente de dépeindre l'univers des gitans, avec leurs coutumes, leurs relations et leurs croyances. Pour présenter au public ce monde qu'il connaît mal, le regard (toujours respectueux) d'Echevarría se promène dans les marchés, et là où vit cette communauté, et dans les quartiers de la banlieue madrilène, avec l'urgence et la vivacité que permet l'utilisation de la caméra à l’épaule. Le tableau semble plein de véracité et ne tombe pas dans le folklorisme ou la carte postale, aussi tentant que cela puisse être pour aborder ce sujet.

La réalisatrice, qui s’inscrit clairement dans la lignée d'un cinéma social (comme celui du Carlos Saura de Vivre vite) qui se fait rare en Espagne, et moins honnête, ouvre la dernier placard qui nécessite d'être ventilé dans ce pays en s'attaquant au sujet du lesbianisme au sein d’une communauté gitane – une culture aux croyances religieuses fermes et immuables qui n’accepte en aucune manière l’homosexualité, et encore moins l'homosexualité féminine, vue comme une maladie ou une sorte de possession diabolique. Les coutumes de cette communauté veulent en effet que la femme se marie très jeune, qu'elle ait des enfants et serve l’homme jusqu’à sa mort. La quintessence du machisme.

Ainsi, la réalisatrice (en s’appuyant sur une troupe d’acteurs non-professionnels sans expérience du métier parmi lesquels on note en particulier Moreno Borja, qui joue le père d’une des filles, Rafaela León, et surtout la toute jeune Zaira Romero,16 ans, qui joue Lola, celle des deux qui fait le premier pas et déclenche ce faisant un changement radical dans sa vie) dirige à travers ce premier long-métrage de fiction l’attention des médias sur un sujet tenu sous silence qu’il va pourtant falloir mettre sur le tapis pour que ces femmes puissent vivre leur vie amoureuse pleinement, et puissent enfin être heureuses sans se cacher et sans fuir. Echevarría a insufflé beaucoup de compréhension, de sensibilité et de courage dans ce film frais, libre, émouvant et, malgré les choses terribles qu’il raconte, porteur d’espoir, nécessaire et beau – tout comme les deux héroïnes, dont se dégage une pureté, une candeur et une intensité qui est celle de tout premier amour, quelles que soient les orientations sexuelles des intéressé(e)s.

Carmen y Lola a été produit par TVTEC Servicios Audiovisuales. Les ventes internationales du film sont gérées par Latido Films. En Espagne, il sortira à la fin de l’été, avec Super 8 Distribución.

(Traduit de l'espagnol)

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