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CANNES 2018 Compétition

Critique : Le Poirier sauvage

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- CANNES 2018 : Nuri Bilge Ceylan a tenté de rejoindre le club des doubles Palmes d'or à Cannes avec un conte par épisodes sur le combat d'un jeune homme pour devenir un auteur publié

Critique : Le Poirier sauvage

Nuri Bilge Ceylan a décroché la Palme d’or en 2014 avec Winter Sleep [+lire aussi :
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interview : Nuri Bilge Ceylan
fiche film
]
. Cette année, comme il y a quatre ans, le réalisateur turc présente le film le plus long de la compétition du Festival de CannesLe Poirier sauvage dure certes 188 minutes, mais Ceylan exploite très bien cette durée en nous proposant de nouveau un drame passionnant qu'on suit comme un roman filmé, est écrit dans le style de Dostoïevsky et Tchekhov. Ceylan est indéniablement un maître du drame familial moral, mais alors que la dynamique qui semblait le fasciner le plus jusque là était le rapport entre mari et femme, son nouveau film pose un regard foudroyant sur la paternité en adoptant la perspective d’un fils qui a plus en commun avec son géniteur qui n’aimerait le croire.

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Sinan (Aydin Doğu Demirkol) est un étudiant qui veut faire publier son premier roman. Il est frustré par le fait qu’il vit encore avec sa famille : son père vieillissant (Murat Cemcir), sa mère et sa sœur. Un négociant en or est convaincu que le père lui a emprunté de ce précieux métal et fait de son mieux pour ne pas le lui rendre. Le Poirier sauvage a une structure épisodique car on suit, sur plusieurs mois, différentes rencontres : entre Sinan et son professeur d’université, la fille dont il est amoureux, un vendeur de livres, un autre auteur. Il effectue aussi un voyage dans le pays où se situe le poirier sauvage qui est au centre de son livre. Sinan cherche conseil, mais il a aussi cette confiance en soi qui est le propre de la jeunesse, et croit connaître déjà les réponses. Il économise depuis un moment pour pouvoir publier son manuscrit, et quand, un jour, alors qu’il se trouvait dans la poche de son manteau, celui-ci vient à manquer, au moment même où des ouvriers font des travaux chez lui, il se met à accuser tout ceux qui l’entourent. Cette controverse n'est qu'un des nombreux échanges douloureux qui vont se mettre sur le chemin de Sinan et le forcer à remettre en question à la fois son sens moral et sa conscience.

Ceylan excelle à mettre en place des situations qui permettent aux personnages d'émettre des commentaires qui peuvent aussi être interprétés comme des remarques sur la société contemporaine. Il y a par exemple cet homme qui a fait enlever la porte de son bureau pour que ses collègues se sentent libres d'entrer à leur guise, et pour montrer qu'il n’a rien à cacher, critiquant par ce biais tout ce qui compartimente la société. Dans une autre scène, où le cinéaste joue avec humour du temps et de l’espace, scène qui se passe sur un pont, un artiste célèbre défend sa décision de ne pas signer une pétition écrite par ses contemporains. Sinan doit aussi se faire à l'idée qu'une fois son livre publié, personne ne va l’acheter, et qu’il ne sera peut-être pas un écrivain capable de vivre de son art. Son comportement insulaire affecte aussi sa capacité à développer des relations avec les femmes, et au fil du film, il devient évident que le précipice qui sépare son style de vie de celui de son père n’est peut-être pas aussi large que cela. Le film parle de l’existence et de ce qui fait de nous les gens que nous sommes aujourd’hui : est-ce la famille, les circonstances, le talent ou la société ?

Le Poirier sauvage a été produit par Zeyno Film (Turquie), Memento Films Productions (France), Detailfilm (Allemagne), RFF International (Bulgarie), Sisters and Brother Mitevski (Macédoine), 2006 Produkcija Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), Film i Vast et Chimney Pot (Suède), en coproduction avec ARTE France Cinéma, Imaj, Türkiye Radyo Televizyon Kurumu (TRT), le Doha Film Institute, Nu-Look Yapım et Kale Grubu. Les ventes internationales du film sont gérées par Memento Films International.

(Traduit de l'anglais)

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