email print share on facebook share on twitter share on google+

Estrellita

par 

- Metod Pevec signe un conte moral sur la douleur et la réconciliation dans une société semblant subir la fascination d’un capitalisme naissant capable de miner les rapports humains

Estrellita

Le premier fim slovène distribué cette année s'intitule Estrellita [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Danijel Hočevar
interview : Metod Pevec
interview : Nerina Kocjančič
fiche film
]
, en salle (depuis vendredi dernier, sur 6 copies) après une avant-première au récent Festival de Trieste, où il a été longuement applaudi, conquérant la deuxième place dans le coeur du public. Cette oeuvre a été réalisée par Metod Pevec, acteur et écrivain passé derrière la caméra en 1995 avec Carmen (tiré de son roman du même nom) mais remarqué sur le plan international pour Beneath Her Window, projeté à Karlovy Vary en 2003 ainsi qu'à une trentaine de festivals internationaux et distribué jusqu'en Suisse – un destin (notamment) d'exportation auquel se destine aussi le nouveau film de Pevec, dont la sortie est prévue en Autriche et en Allemagne une fois le doublage en allemand terminé.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Estrellita commence par le dernier concert de Mihael Fabiani : le rideau retombe après le dernier morceau pour s'ouvrir de nouveau sur le corps inerte du musicien faisant face à l'auditoire (et au spectateur). Mihael est mort dans cette zone d'ombre entre la scène et les coulisses, le public et le privé. Pour ce qui est du privé, justement, sa femme Dora, pianiste vivant depuis trente ans dans l'ombre du génie, pensait le connaître, mais au cimetière, au cours de funérailles sans larmes (personne ne pleure Mihael, ni son fils, ni ses amis, ni l'orchestre qui, pour l'occasion, joue du Bach), elle croise le regard du seul individu qui souffre réellement. Il s'agit d'Amir, un jeune garçon bosniaque qui dit avoir joué avec le grand violoniste dans certains lieux mal famés. Dora l'écoute et, impressionnée par son talent, décide de l'aider. Elle lui offre le violon de son mari et le fait travailler avec une professeur qui, autre découverte, a été la maîtresse de Mihael pendant des années. Le fils de Dora ne seconde pas ses efforts : pour Julian, le violon est surtout un bien qu'il peut soit vendre contre de l'argent, soit utiliser comme monnaie d'échange pour obtenir les faveurs de la mère d'Amir.

Sans tomber dans le manichéisme, Pevec (qui est également l'auteur du scénario, avec Gareth Jones et Abdulah Sidran, complice d'Emir Kusturica à ses débuts) insuffle à tous ses personnages une dose d'humanité qui les rapproche du spectateur. La culpabilité – si tant est qu'on puisse parler de culpabilité dans une société qui semble fascinée par un capitalisme naissant mais déjà assez invasif pour miner l'harmonie des rapports humains – transcende générations et classes sociales (du père alcoolique d'Amir au fils dépourvu de valeurs de Dora), mais en fin de comptes c'est la rédemption, le pardon et la réconciliation qui prévalent. La douleur ne divise pas ; la tristesse est la voie de la purification. À la longue, le film souffre d'ailleurs un peu de cet aspect de conte moral et de ce climat un peu trop consolateur. Il n'exploite pas non plus jusqu'au bout l'idée la plus intrigante du récit : la présence du défunt qui plane sur l'histoire et se manifeste presque insidieusement en retournant tableaux et enseignes. Et lieux communs.

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.