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“Je vais continuer à faire des films militants”

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Clément Tréhin-Lalanne • Réalisateur

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- CANNES 2014 : Cineuropa a rencontré le réalisateur français Clément Tréhin-Lalanne, dont le court métrage Aïssa a obtenu une mention spéciale à Cannes

Clément Tréhin-Lalanne  • Réalisateur

Le réalisateur français Clément Trehin-Lalanne a présenté en compétition, au Festival de Cannes, son court-métrage de 8 minutes Aïssa, où il montre nous montre avec une précision glaçante l'examen auquel sont soumis les sans-papiers en France quand on les soupçonne de ne pas être mineurs comme ils le déclarent. Avec le vrai rapport d’un médecin en voix off, la caméra suit Aïssa pendant cet examen. Chaque partie de son corps est analysée, son hygiène est critiquée, sa pilosité contrôlée. Des dents aux organes intimes, tout son corps est objet d’une inspection qui pourrait conduire à établir que la jeune fille n’est peut-être pas aussi jeune qu'elle le dit. Peut-être. À travers l'effroi dans son regard et ses mouvements rapides et nerveux, on sent monter son désir de quitter la pièce où l'examine le médecin et de mettre fin à ce cauchemar au plus vite. L’actrice Manda Touré exprime très bien tout l’embarras et la peur provoqués par cette investigation, conduite sans respect pour sa dignité, piétinant sa dignité pour de bon. Clément Trehin-Lalanne nous parle des raisons qu’ils l’ont amené à faire ce film.

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Cineuropa : Qu’est-ce qui vous a conduit à aborder un sujet aussi délicat et complexe ?
Clément Tréhin-Lalanne : Cette histoire m'a profondément choqué. Je suis le problème des sans-papiers depuis longtemps, et j’ai participé à de nombreuses manifestations et signatures de pétitions. Ce qui me choque, c’est le non-respect total de la dignité humaine dans ces examens médicaux qui sont pratiqués sur les sans-papiers pour établir s’ils sont majeurs (donc s’ils doivent être expulsés) ou mineurs (ce qui leur permet de rester en France et d'avoir droit à la scolarisation et au logement). Au cours de cet examen, le médecin fait une radio du poignet, examine la dentition et peut aussi examiner la pilosité du sexe, des aisselles, la formation de la poitrine, le développement des testicules chez les jeunes garçons. L’examen le plus fiable est celui du poignet, et il n'est fiable qu'à 18 mois près. Tous les autres le sont moins, mais ils n'en sont pas moins pratiqués, or on ne peut pas décider de l’avenir d’une personne sur la base d'un examen qui n’est pas fiable.

Si l'examen n'est pas fiable, pourquoi les règles ne changent-elles pas ?
Depuis 2013, une circulaire dit que cet examen ne peut être pratiqué qu'en dernier recours, et qu’il faut d’abord essayer d’enquêter dans le pays d’où vient le jeune, essayer de vérifier l’authenticité des papiers présentés et compléter cela par des entretiens avec un assistant social et des experts, pour voir si le jeune ment ou pas. C'est seulement en dernier recours, qu'on peut faire l’examen. Mais dans la pratique, ça ne se passe pas toujours comme ça. Ça dépend aussi des endroits. Il y a des administrations qui ont arrêté de le faire. En Allemagne, par exemple, l'examen a été supprimé. Le Commissaire européen aux Droits de l’Homme a dit qu’il fallait y mettre fin.

Ce film est donc un acte militant…
Tout à fait. C'est quelque chose qui me tient à cœur.

Le dispositif que vous avez choisi pour nous raconter cette réalité est très efficace. Comment y êtes-vous parvenu ?
C’est la lecture du vrai rapport de ce médecin qui m’a inspiré, car le corps de la personne est vraiment mis à nu dans le détail. Ça m’a rappelé les cours de biologie à l’école : on regardait de vieilles diapositives, de vieilles images de corps humains... Les images du film renvoient un peu à cette vielle médecine. Je trouvais que c’était suffisant, le rapport est éloquent à lui tout seul. Donner, par exemple, son avis sur le tissu osseux à partir de tables de vérification conçues pour la population caucasienne, quand la personne examinée est généralement d’origine africaine et que ces tables datent du début du siècle, de 1930, c’est absurde.

Comment avez-vous trouvé votre actrice ?
On a fait des castings en deux temps. Dans un premier temps, le seul critère était qu’on cherchait une jeune fille d’origine africaine. On a eu beaucoup de réponses, mais après, on s’est dit qu’il fallait préciser qu’il y aurait des scènes de nudité. On a donc publié une autre annonce, et là on a eu seulement trois réponses, dont celle de Manda, l’actrice du film, qui est formidable. Elle a très bien compris le projet est c’est aussi pour elle un acte militant. On a gardé une certaine pudeur, le corps est tellement déconstruit que sa nudité n’est pas trop exposée non plus ; il n’y a pas de voyeurisme.

Continuerez-vous à faire des films militants ?
Je vais continuer à faire des films militants, peut-être pas à chaque fois pour dénoncer quelque chose, mais je vais certainement continuer de parler de l’humanité en ce qu’elle a de beau. Mon prochain film sera plus optimiste.

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