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“Pour être présent au monde, il faut d’abord être présent à soi-même”

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Ole Giæver • Réalisateur

par 

- Cineuropa a rencontré le Norvégien Ole Giæver, le réalisateur de Natür Therapy, présenté au Festival de Toronto

Ole Giæver  • Réalisateur

Natür Therapy [+lire aussi :
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 est l'un des trois films norvégiens qui ont participé au Festival de Toronto, les deux autres étant Mademoiselle Julie [+lire aussi :
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de Liv Ullmann et 1001 grammes [+lire aussi :
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de Bent Hamer. Le point de départ de cette comédie dramatique : un homme part seul, à pied, vivre en pleine nature. Ole Giæver, le réalisateur (avec Marte Vold)de ce film est originaire du nord de la Norvège, mais c’est à Oslo que Cineuropa l’a rencontré.

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Cineuropa : Vous êtes aussi l’acteur principal et le scénariste-dialoguiste de votre second long-métrage.
Ole Giæver : C’est un défi que je me suis lancé. Il m’a fallu deux ans pour mener à bien ce projet, de l’écriture du synopsis à la post-production, avec le soutien de l’Institut Norvégien du Cinéma, et la participation de collaborateurs en qui j’ai entière confiance : le chef-opérateur Øystein Mamen, le compositeur Ola Fløttum, et la monteuse Frida Michaelsen, entre autres. Ils partagent ma vision des choses. Mon rôle habituel de réalisateur consiste à aider les acteurs à évoluer sans crainte dans leur propre espace, à oser se livrer. Ce regard de l’extérieur, il a fallu que je le perde quand j’étais acteur. Mais tout était minutieusement préparé à l’avance avec l’équipe, chaque plan, chaque scène : préparation indispensable pour que je puisse ensuite m’abandonner et être pleinement Martin.

La souplesse, la disponibilité ont-elles aussi une place dans ce travail de création ?               
Bien sûr. Plus que mes autres films, celui-ci s’est créé au fil des jours, et le scénario d’origine diffère beaucoup de la version définitive. J’ai en particulier beaucoup modifié la voix off, le monologue intérieur de Martin, ce flux de conscience qui ponctue certaines séquences. De plus, en fin de journée on prenait du temps pour l’improvisation, pour l’imprévu : c’est ainsi que la grenouille a tout naturellement trouvé sa place dans le film.

Natür Therapy a-t-il des points communs avec votre premier long-métrage, Fjellet (The Mountain) ?                           
Oui, ainsi qu’avec mon film-nouvelle Sommerhuset (Summers past). On y voit des êtres humains dans une impasse à la suite d’un échec, d’une expérience traumatique. Ils se sentent obligés de changer. Le problème est que l’entourage ne se met pas forcément au diapason. Il y a donc décalage.

Et frustration, je suppose.                                                                     
C’est surtout de la mauvaise foi, un déni : ils sont persuadés que ce sont les autres qui ont un problème et pas eux. Au fond c’est une peur du changement. Par le passé on vivait davantage en contact avec la nature, avec la mort. De nos jours nos constructions sociales nous habituent au statique, aux rites et rythmes routiniers. L’inattendu arrive, et nous voilà déstabilisés. J’essaie de mettre l’accent sur une prise de conscience, une lucidité nouvelle qui se fait jour en même temps qu’une envie sincère de venir à bout des difficultés.

Votre héros s’appelle Martin parce que...                                                                            
Parce que Martin est un nom ordinaire, très répandu. La crédibilité et l’authencité sont des notions importantes pour moi.

Mot naturen, pourquoi ce titre ?                                                                      
Le titre norvégien est volontairement ambigu. Il évoque à la fois un mouvement, un élan vers la nature, et aussi la résistance d’un personnage qui, au propre comme au figuré, évolue en quelque sorte contre nature. Le titre norvégien initial, dans lequel le mot nature figurait aussi, faisait trop penser à un documentaire, ce que mon film n’est pas. Il est une fiction.

Uniquement ? Martin a votre visage, votre corps...                                                            
Je me suis toujours senti proche de lui, c’est vrai. Pendant la période d’écriture je pensais souvent à ses gestes, ses mimiques. Tout cela était clair et évident pour moi. J’ai fait une version-pilote avec un autre acteur, mais ce n’était pas tout à fait ce que je voulais. La productrice du film, Maria Ekerhovd, qui dirige la société Mer Film, et aussi ma femme, l’actrice Marte Magnusdotter Solem, l’épouse de Martin dans le film, m’ont alors toutes deux encouragé à prendre le rôle. Cela m’a donné un surcroît de confiance et d’énergie. En tant que réalisateur j’ai su quand même, je pense, garder mes distances, quand il le fallait, par le biais, entre autre, du regard ironique que je pouvais porter sur certaines scènes, et aussi grâce à l’humour qui spontanément naît parfois des situations et des personnages. 

La nature a son rôle à jouer, elle aussi.                        
Evidemment, mais, comme la musique de Ola Fløttum, elle ne se contente pas de faire de la figuration passive. Fløttum souhaitait avant tout épouser la musicalité propre au film, s’imprégner de sa poésie et la mettre en valeur. De même la nature, à la fois consolante et menaçante, est là pour renforcer la dramaturgie. Elle a le droit d’être laide et méchante.

Elle se montre pourtant souvent belle, séduisante.                
C’est là tout le talent de Øystein Mamen, le photographe: il a su la laisser s’épanouir quand, par exemple, Martin se repose au soleil. N’oubliez pas que ces paysages du nord de la Norvège me sont familiers, et que cette nature-là n’a pour moi rien de spectaculaire. Je n’ai pas éprouvé le besoin d’en faire une exploitation romantique.

Elle est un catalyseur alors ?                                                                         
Elle est surtout une arène où l’on est confronté à soi-même. En ville on est facilement distrait. La nature, elle, nous permet d’aller en profondeur, et, comme le dit Nietzsche : "Si tu plonges ton regard dans l’abîme, l’abîme aussi plongera en toi son regard’’.

C’est effrayant !                                                  
En effet, on est livré à soi-même et donc vulnérable, mais c’est un défi à relever. La nature peut nous aider à devenir un meilleur être social. Cela demande du courage, car pour être présent au monde, à son entourage, il faut d’abord être présent à soi-même.

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