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“Le paysage renvoie à un mystère, quelque chose d'inexplicable qui vous dépasse"

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Lois Patiño • Réalisateur

par 

- Costa da Morte, où Lois Patiño pose son regard sur le paysage (et l'homme et ce qu'il a en lui), sort enfin en Espagne, plus d'un an après le prix reçu à Locarno

Lois Patiño  • Réalisateur

Le réalisateur galicien Lois Patiño, fort d'une belle carrière dans le court métrage expérimental, va enfin présenter au public espagnol son premier long métrage, Costa da Morte [+lire aussi :
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, qui lui a valu l'année dernière le Prix du meilleur réalisateur émergent à Locarno. Cineuropa s'est entretenu avec lui.

Cineuropa : Pourquoi avez-vous choisi la Costa da Morte (litt. "Côte de la mort") comme décor pour votre premier long métrage ?
Lois Patiño : La décision a été simple. Déjà, avant de choisir ce lieu, il était très clair pour moi que je voulais explorer deux idées :   je souhaitais d'une part faire le portrait d'une paysage fortement ancré dans une identité culturelle à travers la représentation collective qu'en ont ses habitants ; d'autre part, sur le plan formel, je voulais jouer sur la distance à l'image en contraste avec la proximité des sons. Je voulais tourner en Galicie, et très vite, j'ai pensé à cet espace mythique qui a une aura tragique à cause des naufrages qui s'y produisent et de l'impression de fin du monde qu'il communique.

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En effet, dans Costa da Morte, la voix, très proche, est placée à l'égal du regard, lointain. Quelle était l'intention derrière ce procédé ?
À travers cette double distance au niveau des perceptions, je voulais proposer au spectateur une nouvelle expérience du paysage, causer un choc qui fasse émerger de nouvelles sensations. En rendant aussi proches les bruits – la respiration des gens, leurs pas, les dialogues – de manière à créer un contraste avec les plans larges montrant le vaste paysage, je cherchais à rattacher l'expérience intime des gens et l'immensité du paysage. Mon film est contemplatif, calme dans ses images, mais le fait que les sons soient proches et plus liés à l'action rend l'expérience plus physique : on écoute attentivement comme les gens marchent sur le sable, comme ils touchent les rochers, comme ils luttent contre le feu... Il y a presque une contradiction entre l'image et le son, en même temps qu'une focalisation auditive s'opère sur un détail de l'image.


Comment expliquez-vous que le paysage marque autant votre cinéma ?
Le paysage renvoie à un mystère, quelque chose d'inexplicable qui vous dépasse, qui est au-delà. Il est vivant, il a son propre dynamisme interne. J'essaie de regarder le paysage en suivant cette idée de Didi-Huberman, un théoricien dont l'analyse de la lumière est pour moi prodigieuse : "Savoir regarder une image sérieuse, d'une certaine manière, c'est être capable de distinguer ce point d'où jaillit toute sa flamme, ce point où son éventuelle beauté recèle un 'signe secret', où les braises n'ont pas refroidi". Par ailleurs, j'aime bien réfléchir à la représentation du paysage au cinéma, et je parle du paysage au sens étroit du terme, pas dans le sens d'environnement, de territoire, de nature, d'atmosphère... ces concepts qui s'y rattachent. Mais le paysage tel que je le conçois implique déjà une distance dans le regard et une certaine recherche plastique.

Vos oeuvres ne procèdent pas du cinéma traditionnel, mais de l'art expérimental, auquel elles restent liées. Est-ce par hasard que vous vous êtes retrouvé à faire un long métrage ?
J'aime bien quand le cinéma explore de nouvelles voies. Je travaille aussi avec des galeries et des centres artistiques. Dès le départ, j'ai toujours essayé de développer mes travaux entre ces deux lignes, que je ressens comme très proches entre elles – du moins dans le cas du cinéma qui m'intéresse, celui que je veux faire, car je crois qu'il peut se mouvoir entre ces deux univers –, et mon impression est qu'à chaque fois, la frontière entre l'art contemporain et le cinéma devient plus perméable. C'est dans cet espace que se situent les films qu'il m'intéresse le plus de voir, et de faire.

Étonnament, le film n'arrive sur les écrans espagnols que maintenant, après avoir déjà joué dans près de 40 pays...
C'est toujours un petit miracle quand un film modeste qui fait une proposition narrative différente arrive à sortir dans les salles, largement monopolisées par Hollywood. Heureusement, il y a encore des salles tenues par des passionnés convaincus que la richesse est dans la diversité. Nos films ne peuvent pas faire concurrence aux campagnes promotionnelles des films commerciaux, mais c'est comme ça, et nous sommes très contents d'avoir pu trouver au moins quelques niches, quelques fissures. C'est un petit cadeau, un atterrissage, après tout ce parcours dans tous ces pays. 

(Traduit de l'espagnol)

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