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"Notre plus grand atout est notre libéralisme vis-à-vis des cinémas du monde entier"

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Tiina Lokk • Directrice, Black Nights Film Festival

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- Cineuropa a rencontré Tiina Lokk, la directrice du Black Nights Film Festival, pour parler de ce qu'il reste à apprendre pour conserver une place méritée dans le circuit des festivals de catégorie A

Tiina Lokk  • Directrice, Black Nights Film Festival

Peu de directeurs de festival peuvent se targuer de combiner à la fois la force viking des Scandinaves, la jouvence moderniste de l’Estonie et le libéralisme d’une nation qui entretient des connections avec plusieurs mondes, mais qui n’obéit à aucun. Tiina Lokk conjugue ces qualités qu’elle met au service du Black Nights Film Festival, un festival à son image. Cineuropa l’a rencontrée pour dresser l’inventaire des enseignements acquis et de ce qu’il reste à apprendre pour conserver une place méritée dans le circuit des festivals de catégorie A. 

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Cineuropa : Pouvez-vous nous parler du travail que vous effectuez sur l’identité du festival pour le différencier dans la liste des 15 évènements de catégorie A ?
Tiina Lokk : Notre identité était acquise avant l’attribution de la catégorie A, mais nous devons sans cesse travailler à son maintien en prenant soin de continuer d’avancer dans une direction choisie sans porter atteinte au passé. Ma façon de voir le festival peut être différente de l’appréciation extérieure, mais je pense que notre plus grand atout a toujours été notre libéralisme vis-à-vis des cinémas du monde entier. Bien sûr, nous sommes connectés à la Scandinavie et nous entretenons aussi des liens avec les pays Baltes et l’Europe, mais il n’y a pas de prédominance comparable à un festival comme Venise qui affirme son identité italienne ou Cannes qui fait de même avec la France. Cette année, nous avons travaillé avec 79 pays différents pour établir notre sélection. Notre compétition est clairement un panaché international sans aucune prédominance. C’est la force du festival.

Pourquoi avoir choisi de créer une compétition séparée pour les premiers films ?
Ce choix apporte de la clarté à notre sélection. La prise de risque est assez caractéristique d’un festival de classe A qui a toujours l’ambition de découvrir de nouveaux talents. Cette compétition a cette vocation et elle place tous ses participants sur le même pied. Je suis enseignante à l’université de Tallinn et je sais à quel point les premiers films sont particuliers. Les réalisateurs sont souvent bercés d’illusions et plein d’innocence avec leur premier film. Cette émotion est une énergie éphémère qu’il faut ménager et qui disparaît avec le second film. Les premières œuvres sont plus libres. Elles ne dépendent pas d’un budget spécifique, d’une demande du marché ou de contingences quelconques. Ces films sont universels et c’est la raison pour laquelle il ne s’agit plus d’une compétition régionale comme par le passé. Nous l’avons ouverte au monde entier. 

Est-il difficile d’obtenir des avant-premières dans un circuit de festivals compétitif qui ne cesse de se resserrer ?
C’est un combat. Je pensais que personne ne réservait son film pour Tallinn, mais j’ai constaté avec surprise cette année que certains producteurs soumettaient leur film avec une vision stratégique claire de ce que nous représentions pour eux. Mais dans la majorité des cas, c’est à mon équipe et moi-même de les convaincre que notre plateforme est un bon lancement pour le film. Karlovy Vary et Locarno ont mené ce combat durant des années et ils continuent même s’ils ont aujourd’hui acquis une notoriété plus importante. A Cannes, on me disait que j’étais folle d’espérer une compétition d’avant-premières de qualité compte tenu de la concurrence du circuit actuel. Nous avions peur, mais j’ai été rassurée de constater que cette concurrence n’est pas déloyale et s’il m’est arrivé de recommander d’autres évènements plus appropriés à certains producteurs, je me suis aperçue que d’autres festivals faisaient de même en recommandant Tallinn. Nous sommes entre l’AFM qui coûte très cher et la Berlinale très sélective. Ce sont aussi deux gros marchés qui autorisent un événement intermédiaire, plus décontracté d’un point de vue industrie, qui permet aussi de terminer l’année en beauté avec une audience qui est toujours au rendez-vous.

Quels sont vos axes principaux qui témoignent aussi de la santé du festival ?
Il y en a trois. D’abord, le box office. Si le public ne va pas voir les films de la compétition, c’est un échec. L’audience est toujours l’indicateur de succès le plus important. Ensuite, nous avons une responsabilité professionnelle vis-à-vis des films que nous présentons aussi à l’industrie dans l’espoir d’établir des mariages adaptés. Amener des vendeurs et des partenaires potentiels à Tallinn est une seconde priorité pour laquelle il faut se fixer des objectifs réalistes. L’année dernière, nous recevions 5 gros agents de vente et quelques distributeurs Baltes. Cette année, c’est 10 fois plus et donc un second indicateur de succès. Le troisième, c’est la présence de la presse internationale. C’est difficile de mettre Tallinn à l’agenda chargé des journalistes, mais leur première expérience semble les avoir inspirés et ils ont envie de revenir. C’est aussi le cas de Cineuropa et nous en sommes particulièrement heureux.

Cette année vous avez pris la responsabilité d’organiser le European Film Forum. N’y a-t-il pas là un risque de grossir trop vite et de perdre le contrôle face à la diversité de gros évènements difficile à gérer ?
Je n’ai pas été chercher la Commission Européenne, ce sont eux qui ont choisi Tallinn. Le European Film Forum est une machine compliquée qui a son propre rythme et son protocole très différent du nôtre. Ce qui m’a plu, c’est que ses représentants sont venus nous voir l’année dernière et ils ont aimé notre façon hybride de concevoir les panels de discussion : une balance entre le dialogue, la diversité des intervenants et les horizons qui se mélangent. Notre façon de faire leur a semblé être particulièrement adaptée à notre époque. Voilà pourquoi, contrairement aux conférences qu’ils ont organisées à San Sebastián ou à Cannes, ils nous ont laissé la liberté d’organiser nos panels comme nous l’entendions au sein du European Film Forum. Nous avons eu la liberté de choisir les thèmes et les intervenants en concertation avec la Commission Européenne et rien n’a été imposé. Cette confiance nous a permis de mettre en place un cycle de conférences très intéressant qui, malheureusement, a souffert de la lenteur administrative ce qui nous a empêché de réserver la présence d’intervenants que nous souhaitions avoir, mais dont l’agenda était déjà complet lorsqu’ils ont reçu l’invitation officielle. C’est une grande frustration, mais elle nous a énormément appris et nous avons maintenu notre liberté malgré tout. Nous restons de grands libéraux et nous n’imposons pas nos vues. Nous nous adaptons et permettons à tous de s’exprimer tant au festival que durant les conférences professionnelles.

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