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"Nora, c’est moi"

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Pascal Bonitzer, Agathe Bonitzer • Réalisateur, actrice

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- Pascal Bonitzer magnifie sa fille Agathe dans Tout de suite maintenant, présenté en avant-première au Brussels Film Festival

Pascal Bonitzer, Agathe Bonitzer  • Réalisateur, actrice
(© CVS-Veeren/Bestimage)

Nous avons rencontré les Bonitzer père et fille lors de leur passage au Brussels Film Festival. Casquette vissée sur la tête, Pascal Bonitzer et sa fille Agathe se prêtent avec complicité au jeu de l’interview, peu avant l’avant-première de Tout de suite maintenant [+lire aussi :
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. Le père est scénariste d’une quarantaine de films (Jacques Rivette, Raoul Ruiz, André Téchiné…) et réalisateur qui compte dans le cercle assez étroit des auteurs français (prix Jean Vigo pour son premier long-métrage Encore, mais aussi les très bons Rien sur Robert, Petites coupures, Cherchez Hortense [+lire aussi :
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). Agathe, 27 ans et déjà de jolis films à son actif (dont un passage chez Agnès Jaoui), affiche une beauté naturelle qui tranche avec la préciosité de Nora, son personnage dans le film.

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Stéphanie Lannoy : Qu’est-ce qui vous a amené à faire ce film ?
Pascal Bonitzer : J’avais envie de changer de monde par rapport à mes précédents films, de parler du pouvoir, de l’ambition et d’avoir comme personnage une jeune femme plutôt qu’un homme.

Le film va au-delà de la simple comédie dramatique, la dimension supplémentaire c’est le thriller ?
P.B. : J’ai un goût très ancien pour le thriller. Mes premières amours cinématographiques ce sont les films noirs américains. Cela me plaît qu’il y ait un élément d’angoisse et de thriller comme un fil rouge tout au long de la comédie.

Vous avez une collaboration père-fille suivie. Comment s’est passée la direction d’acteur pour donner au personnage de Nora ce côté impassible ?
Agathe Bonitzer : C’est moi qui l’ai perçu à l’écriture du personnage et qui ai voulu le jouer comme ça. Pour moi, Nora c’est effectivement quelqu’un qui a du mal à se laisser envahir par ses émotions, simplement parce qu’elle en a peur. Elle veut contrôler son monde et les émotions, par définition, viennent tout chambouler. Ça n’était pas vraiment une indication de mon père ; d’ailleurs, la direction d’acteur entre père et fille ne change pas tellement, il me semble, de celle de mon père avec les autres comédiens.
P.B. : Agathe est une comédienne professionnelle, je la dirige comme les autres. Je donne peu d’indications, je pense que les choses sont déjà dans le scénario et dans le choix des comédiens. Pour moi la direction d’acteur c’est essentiellement donner des inflexions, c’est tout.
A.B. (s’avance sur son siège, contestant) : Non mais là, il sous-estime son travail. Il a ce truc des grands directeurs d’acteurs : on a l’impression de ne pas du tout être dirigé mais au fond…
P.B. : Je sais très bien où je veux arriver.
A.B. : Tout se fait en douceur par touches impressionnistes.

Comment s’est fait le casting ?
P.B. : Je n’ai pensé qu’à un seul comédien au départ : Jean-Pierre Bacri. On s’était bien entendu sur le film précédent et on avait envie de retravailler ensemble. J’ai inventé ce personnage avant même que les autres personnages ne surgissent et que je sache de quoi le film allait parler. En dehors de ça, j’ai eu surtout le souci que l’histoire fonctionne. Avec Agnès de Sacy, on a mis du temps à la fabriquer. On est souvent passés très près du découragement. Les choses ont pris forme quand on a décidé de placer l’histoire dans le monde de la fusion-acquisition. Dans ce milieu financier très particulier, avec ses méthodes, ses codes, son vocabulaire et ses relations. On s’est documenté pour que ça existe de la manière la plus réaliste possible.

Tant que vous évoquez le scénario, pourriez-vous parler du thème du double ?
P.B. : J’ai été marqué par le romantisme allemand, par les contes d’Hoffmann et Mensonges romantiques et vérité romanesque de René Girard, où il essaie de donner la logique du double par la triangulation du désir. Il y a plusieurs doubles dans ce film-là : Maya et sa sœur, Barsac et Prévôt-Parédès, qui est comme l’ombre pâle de Barsac. L’autre duo à distance mais principal, c’est le double que constituent Barsac et Serge Sator, des rivaux. Toute la dynamique du récit est effectivement portée par la figure du double.

Et le trio du début avec Isabelle Huppert (sorte de "morte-vivante" qui a renoncé à l’amour pour faire le mauvais choix), est-ce qu’il répond au trio entre Nora, sa sœur et Xavier ?
A.B. : C’est intéressant. Je n’y avais pas pensé. Les vrais sentiments de Xavier sont pour Nora. C’est-à-dire qu’il est plus attiré par elle que par sa sœur, sauf que comme Nora est une espèce de bloc de glace inaccessible, il ne sait pas par où la prendre, si je puis dire…
P.B. : Effectivement Nora est, de ce point de vue, une sorte de double d’Isabelle Huppert, dans le sens où Isabelle Huppert lui tend un miroir déformant qui l’avertit de ne pas faire le choix que Solveig a fait. C’est à dire de choisir le pouvoir et l’argent contre l’amour.

Pourriez-vous nous parler de la vision du chien ?
P.B. : Le chien n’a pas de double ! (rires). C’est pour accentuer un élément de fantastique latent qu’il y a dans l’histoire, le côté magique que projette Ezilie, l’employée de maison des Barsac, qui permet de boucler le récit parce qu’elle est un peu sorcière. Ezilie va transmettre le texte maudit à Nora et permettre à celle-ci de venger son père d’une certaine façon. Il fallait un petit coup de force dans le récit qui est donné par cette connotation fantastique que la vision introduit. Laissons les choses à leur ambiguïté ; c’est un élément poétique. J’ai du mal à le justifier rationnellement...
A.B. : Ça me fait penser à des films de Jacques Tourneur. À quelque-chose d’un peu vaudou.
P.B. : C’est vrai que parmi mes cinéastes fétiches il y a Jacques Tourneur. Si on veut c’est un hommage discret à Jacques Tourneur, disons-ça comme ça.

Vincent Lacoste incarne un jeune cadre dynamique, un des premiers rôles du genre pour lui ?
P.B. : C’est un acteur formidable qui était surtout dans le registre comique suite au film Les Beaux gosses [+lire aussi :
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. Dans Hippocrate [+lire aussi :
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interview : Thomas Lilti
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, il était capable de jouer un rôle qui n’était pas que comique, et ça m’intéressait de le lancer dans cette direction. Il est plutôt comique au début et, à la fin, il est carrément grave. C’est un plaisir de travailler avec lui, c’est une voiture de course !

Vous devez entretenir un lien particulier avec Jean-Pierre Bacri, puisqu’il joue le père de Nora ?
P.B : Oui, on a un lien de metteur en scène à comédien et aussi un peu d’amitié car on se voit en dehors. En général je ne vois pratiquement jamais les acteurs en dehors du travail. Avec Jean-Pierre on a l’habitude de déjeuner ensemble. C’est un plaisir de travailler avec lui parce qu’il a un regard d’auteur sur l’écriture, pas seulement un regard de comédien.

Agathe, vous jouez une "fille de" dans le film ; est ce que ça résonne dans la réalité ?
A.B. : A postériori oui, mais à aucun moment du tournage je ne m’en suis rendue compte. Surtout parce que les rapports entre Nora et son père dans le film n’ont rien à voir avec les rapports entre mon père et moi dans la vie.
P.B. : Heureusement.
A.B. : Heureusement… donc j’avais conscience de la mise en abîme mais…
P.B. : Ça a plus à voir avec les rapports avec mon père.
A.B. : Je savais d’où ça vient…
P.B. : Parce que, je vous fais une confidence, en fait Nora c’est moi. (Il adresse un grand sourire à sa fille).
A.B. : C’est un peu moi aussi…

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