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"Un jour, pour plein de raisons, j’ai décidé de faire mon film"

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Camille Fontaine • Réalisatrice

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- De passage en Belgique pour présenter Par accident au Festival international du film de Bruxelles, la Française Camille Fontaine nous a raconté sa première expérience en tant que réalisatrice

Camille Fontaine • Réalisatrice

Souriante et décontractée, Camille Fontaine nous rencontre dans la salle de réception de l’ancienne Maison de la Radio de Flagey. Elle est un peu fatiguée, car elle a déjà repris son travail de scénariste. La jeune femme a grandi au cœur des Alpes, à Grenoble, où il y a peu de cinémas. C’est la littérature qui l’a amenée vers le septième art – et puis Truffaut et sa plume ont fait le lien. Elle a intégré La Fémis en 2002, dans la section scénario. À sa sortie, les projets se sont enchaînés, le plus important étant sans nul doute Coco avant Chanel [+lire aussi :
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d’Anne Fontaine (avec laquelle elle n’a aucun lien de parenté), qui leur a valu à toutes les deux une nomination aux César dans la catégorie meilleure adaptation. Aujourd’hui, c’est dans un nouveau rôle, celui de réalisatrice, qu’elle est venue à Bruxelles présenter son premier long-métrage : Par accident [+lire aussi :
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Sarah Capdevielle : Qu’est-ce que ça vous fait de venir présenter votre film au Festival de Bruxelles ?
Camille Fontaine : C’est formidable. Je suis ravie d’être dans la ville d’Émilie (Dequenne, ndlr.). Les films en compétition ont l’air très pointus. Il y a beaucoup de sujets intéressants, non consensuels. L’Europe toute entière est représentée ici, et son cinéma est riche et extrêmement varié.

Comment vous est venue l’envie de réaliser Par accident ?
C’était une envie inconsciente qui était depuis longtemps au fond de moi, mais je n’avais pas su me l’avouer. Déjà, être scénariste, c’était un rêve devenu réalité : c’est un métier où on gère son temps comme on veut, un métier solitaire aussi, et ça m’allait très bien. Il a fallu que le désir de faire un film mûrisse en moi. Et puis, un jour, pour plein de raisons, je me suis décidée. Tout d’abord, j’ai réussi à prendre deux semaines de vacances. C’était la première fois que j’avais enfin du temps pour moi. Et puis, j’avais cette idée que je pensais pouvoir vendre. Tout est là, je pense : il a fallu que coïncident le moment et l’idée.

Pourquoi un polar ?
Je n’en avais jamais fait, c’est aussi ça qui m’a décidée. Bizarrement, j’étais handicapée par les films que j’avais scénarisés : quand on est une fille et qu’on a écrit Coco avant Chanel, on ne nous propose plus que des films de filles en costumes, alors que j’avais envie d’écrire des films de flics ! J’aime beaucoup Chanel, mais ça a ensuite été une vraie lutte pour exister autrement.

Le passage derrière la caméra s’est-il bien passé ?
Mon métier de scénariste m’a aidé, car on pense beaucoup aux images quand on écrit : l’écriture implique la mise en scène. Pour un premier film, il est aussi important de bien s’entourer. J’ai rencontré du monde avant de trouver chaque chef de poste. Ma chef opératrice, Elin Kirschfink, est géniale : nous nous sommes choisies mutuellement. Après, on apprend en faisant, et on fait des erreurs, c’est sûr. Parfois, on écoute trop les autres, parfois pas assez. Mais je tenais à me lancer dans cette aventure, alors c’est ce que j’ai fait.

Le scénario semble très écrit. On sent que le film est soigneusement construit. Était-ce plus rassurant de vous appuyer sur un texte précis ?
C'est dans ma nature. J’adore écrire, et je ne m’en suis pas privée. Et puis c’est aussi le genre qui veut ça : le cinéma social demande un scénario très écrit, très dialogué. D’un autre côté, j’ai craint en effet que cela m’entrave. Je ne voulais pas juste mettre un scénario en images – ça, je l’ai compris dès la préparation. On est de toute façon obligé de négocier avec la réalité tout le temps, et c’est tant mieux. Au final, le plus excitant, c’est tout ce qui est venu perturber le tournage - même le fait que mon scénario prenne vie, c’était une énorme perturbation. C’est étonnant de voir à quel point un scénario s’enrichit pendant la réalisation du film.

Vous avez créé un beau duo d’actrices, pourquoi elles ?
Le casting a été long mais, en même temps, la décision finale s’est présentée comme une évidence. Quand j’ai fait passer des auditions à Hafsia Hersi, j’ai su que c’était elle. Pour Émilie Dequenne, il a fallu plus de temps. Au début, je cherchais une fille plus jeune. Dans ma tête, Angélique devait avoir vingt-trois ans, car je voulais de l’innocence. Cependant, comme je ne trouvais pas mon bonheur (j’ai vu de bonnes actrices mais je n’y croyais pas – j’avais un problème de réalisme), un jour, mon agent m’a dit d’aller voir Pas son genre [+lire aussi :
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pour y voir Émilie Dequenne. Comme elle avait trente-trois ans, je ne l’avais pas envisagée, mais je me suis rendue compte que c’était une idée géniale, et ça a tout changé. Elle apporte beaucoup au film : elle vient avec un vécu, elle ancre le film dans une réalité. J’avais besoin d’une comédienne que les gens aimeraient, et en même temps dont ils auraient peur, et Émilie possède ces deux aspects.

Par accident met en scène un couple algérien en situation irrégulière. Cherchiez-vous à avoir un propos politique ?
Ma première intention n’était pas d’écrire sur les sans-papiers : j’avais envie d’écrire un film créant le mystère sur ce qui se passe après, et donc offrant un pur moment de suspens au spectateur. Le sujet de la précarité m’était utile sur le plan narratif parce que c’est à cause de la situation d’Amra et Lyes que la peur s’installe dans leur couple. Je suis convaincue que si Amra n’avait pas vécu dans la clandestinité, avec la peur constante d’être arrêtée, elle n’aurait jamais soupçonné Angélique. Placer mes personnages dans une situation de fragilité était un élément clé pour favoriser le thriller.

Vous montrez tout de même une autre facette de l’immigration...
Oui, ça me tenait à cœur de montrer que malgré leur situation, mes personnages forment une famille heureuse. J’en avais assez que les couples en situation irrégulière soient toujours traités de la même façon. Ils s’aiment, il veut son bonheur ; il y n’a pas de jalousie, ils sont protecteurs l’un de l’autre.

Que vous a apporté cette première expérience en tant que réalisatrice ?
Écrire, c’était dans mes cordes, alors que j’ignorais tout de la mise en scène. Ce film a été une vraie révélation. Je reste scénariste, avec tout le travail que cela implique, mais quand j’ai commencé à tourner le film, je suis tombée des nues et je me suis demandée pourquoi je ne l’avais pas fait plus tôt.

Pensez-vous déjà à un deuxième film ?
Oui. Mon prochain film sera une comédie. Il sera plus libre – je veux laisser plus de liberté au jeu d’acteur. C’est plus facile de mettre en scène quand on a déjà fait un film. Il faudra juste que j’attende pour prendre des vacances.

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