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"Permettre à de jeunes cinéastes d'émerger"

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Jacques Bidou • Producteur

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- Rencontre avec Jacques Bidou, de JBA Production, à l'occasion des Cinemed Meetings du Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier

Jacques Bidou  • Producteur

Membre du jury de la 26e Bourse d'aide au développement organisé dans le cadre du 38e Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier, le producteur Jacques Bidou (JBA Production) est une personnalité de l'industrie cinématographique française particulièrement avisée pour discuter des projets d'auteurs internationaux. Avec sa partenaire Marianne Dumoulin, il a en effet produit des films notamment de Merzak Allouache, Alice Rohrwacher, Annemarie Jacir, Marc Recha, María de Medeiros, Teresa Villaverde, Stefano Savona, Fernando Guzzoni, Pablo Agüero, Massoud Bakhshi, Raoul Peck, Rithy Panh ou encore Tsai Ming-Liang.

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Cineuropa : D'où vous vient ce tropisme de produire des auteurs du monde entier ?
Jacques Bidou : C'est lié à l'histoire de JBA car notre première production est Chroniques sud-africaines en 1997 et, comme par hasard, il y a un peu tous les fondements de nos choix. D'abord, presque une forme de dogmatisme qui consiste à toujours produire des cinéastes du pays et à ne jamais produire des cinéastes d'autres pays sur le pays : on ne va pas faire un film avec un Anglais sur l'Afrique du Sud. Ensuite, plus de la moitié des films de JBA sont des premiers films et c'est souvent sur des terrains où il y a de vraies urgences et où, avec le savoir faire accumulé, on peut aider des jeunes cinéastes. On a produit le premier film papou, le premier long réalisé par un Sud-africain noir avec Ramadan Suleman, Annemarie Jacir en Palestine, les premiers films de Pablo Agüero et de Fernando Guzzoni, etc. Quand il faut aller chercher où les terrains sont forts, où il y a des enjeux, et où l'on peut permettre à de jeunes cinéastes d'émerger, on y va. Cela veut dire aussi, si l'on va à l'inverse, qu'il n'y a pas du tout cette urgence dans le cinéma français. On ne la trouve pas. Il y a des cinéastes formidables en France, mais ils sont en général aidés par des bons producteurs, donc on va plutôt là où on peut être utile.

Concernant la production des pays du bassin méditerranéen, quelles tendances discernez-vous?
C'est toujours difficile de généraliser. Il y a eu des émergences fortes par exemple avec l'effort fait par le Maroc pour soutenir son cinéma, ou avec la puissance du cinéma israélien. Mais, il y a surtout un aspect contradictoire. En effet, il y a eu une poussée importante de créativité liée également au fait que les financements internationaux existaient et que, tout d'un coup, des cinéastes ont pu avoir des désirs et des envies d'élargir leur champ d'action et d'avoir un peu plus de moyens. Mais cette créativité qui a été aspirée par un mouvement il y a 10-15 ans et qui a créé une demande, se heurte aujourd'hui au mouvement inverse. Ils sont plus nombreux et plus créatifs, mais ils sont confrontés en plus à une réduction drastique des moyens et à un surencombrement des guichets de financement. Au World Cinema Fund, au fonds suisse Visions Sud Est et même à Cinémas du monde, un jeune cinéaste tunisien à son troisième film par exemple se retrouve dans une jungle épouvantable. On est face à un phénomène de réduction grave des moyens pour la création dans ce bassin. Ce mouvement principal, "plus de créativité, moins de moyens" crée un autre phénomène : la réduction des budgets. Il y a une époque où le cinéma africain pouvait encore penser faire des films à 1,5M€, maintenant on fait des longs métrages entre 300 000 et 600 000 euros au mieux. Et ceux qui les font avec plus sont ceux qui acceptent un système où ils sont obligés d'entrer en contact avec tous les prédateurs de la production internationale, c'est-à-dire dans des risques d'être pris dans un système qui ne leur permet pas toujours d'aller à la maturité. Prenons l'exemple de Merzak Allouache dont nous avons produit Le repenti [+lire aussi :
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. Il vivait en France, certes, mais c'est un cinéaste qui voulait à un moment rompre avec un système "corrupteur", même si le mot est un peu excessif, qui consiste à dire "je peux faire un film en Algérie avec 1,8 M€ - 2 M€ si j'ai des acteurs français, si la France est majoritaire, si ceci et si cela". A un moment donné, il a rompu avec ce système qui l'entrainait sur le plan créatif à ne pas retrouver cette verve d'un cinéma totalement ancré en Algérie. Donc, ce sont deux films complètement algériens que nous avons fait avec lui, pour trois fois rien, mais qui sont formidables. L'un était à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, l'autre à Venise en compétition. Ce sont deux films qui se sont émancipés de ce système corrupteur au plan créatif car tout d'un coup, il y a trop de contraintes pour arriver à avoir un financement correct.

Que cherche-t-on en priorité dans le cadre d'un jury comme celui de la Bourse d'aide au développement du Cinemed de Montpellier ?
Pour résumer à l'extrême, aucun des projets qui arrivent dans ses bourses ne sont des projets qui ont une ambition de passer une étape vers le box-office. Ce sont des oeuvres singulières. Il faut donc aller au maximum vers l'originalité et la créativité. Car à quoi bon accompagner des efforts qui ne sont pas innovants, dans ce genre de situation encore une fois. On ne se place pas dans une réflexion sur l'ensemble du marché, mais dans le cadre de ces bourses qui sont formidables car même si leurs montants sont modestes, ce sont des aides importantes.

Quelle est l'actualité de JBA ?
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du Chilien Fernando Guzzoni a été présenté à Toronto, puis en compétition à San Sebastian, Eva ne dort pas [+lire aussi :
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de l'Argentin Pablo Agüero vient de rafler cinq Condor du cinéma argentin face à tous les grands comme Trapero et autres. Vont arriver d'abord Wajib d'Annemarie Jacir, une comédie douce-amère dans les milieux chrétiens de Nazareth, et Yalda de l'Iranien Massoud Bakhshi dont le scénario est formidable, mais qui est très compliqué à financer car vous êtes hors Europe, hors agrément, hors tout. Derrière, nous aurons Sème le vent de l'Italien Danilo Caputo, un jeune cinéaste des Pouilles très talentueux et qui est en écriture approfondie. Et puis il y a le premier long du Vénézuélien George Walker Torres, Perro negro, un projet explosif dans un pays dans une situation dramatique où les inégalités se creusent de manière épouvantable, un film sur l'enfermement de la grande bourgeoisie qui essaye de se protéger de ce chaos, avec les conséquences sur un enfant.

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