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ʺChaque blessure a son histoireʺ

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Robert Kirchhoff • Réalisateur

par 

- Le documentariste indépendant Robert Kirchhoff a parlé à Cineuropa de la réalisation de son nouveau documentaire sur la persécution des Roms

Robert Kirchhoff • Réalisateur

Comme il l’avait déjà fait dans son précédent documentaire, Normalization, le réalisateur, scénariste et cinéaste Robert Kirchhoof poursuit son exploration de sujets difficiles avec A Hole in the Head, qui sort aujourd’hui en Slovaquie. Avec sa société de production (atelier.doc), Kirchhoff a produit, entre autres, Made in Ash [+lire aussi :
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interview : Iveta Grófóva
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fiche film
]
, le premier film d’Iveta Grófová, ainsi que Disease of the Third Power de Zuzana Piussi.

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Cineuropa : Dans votre précédent documentaire, Normalization, vous vous étiez penché sur un sujet sensible et vous en faites de même aujourd’hui avec A Hole in the Head, qui parle de l’Holocauste du peuple rom. Pourquoi choisir des sujets aussi sensibles ?
Robert Kirchhoff :
Tous les sujets sur lesquels je décide de faire des films ou de réfléchir représentent autant de possibilités d’approcher différemment la thématique. C’est un véritable défi, du moins c’est ainsi que je le vois. Aucun de ces sujets n’est tombé du ciel, ils proviennent tous d’histoires qui ont attiré mon attention. Avec Normalization, j’essayais de me rapprocher du film de genre, du film d’enquête policière, mais le nouveau est différent, car Normalization reposait sur des faits historiques dont il fallait respecter la continuité, ainsi que la séparation passé/présent, et des personnages comprenant des figures peu aimables. Pour A Hole in the Head, en revanche, j’ai dû moi-même choisir les personnages et imaginer le film autour d’eux. Je me suis retrouvé face à un dilemme en matière de genre : devais-je faire un documentaire historique classique ou un essai documentaire ? J’ai finalement opté pour la deuxième solution et volontairement recouru à l’humour pour parler de l’Holocauste du peuple rom – plutôt qu’à un sentimentalisme qui aurait donné une nuance différente aux personnages. Ceux-ci vivent dans leur tête, avec des souvenirs mais aussi des blancs, et je m’approche d’eux en passant par leur présent et non par leur passé. C’est une des raisons qui expliquent que je n’ai pas utilisé d’images d’archives, de photos d’époque ou d’illustrations.

L’Holocauste est le thème principal du film. Quelle approche avez-vous adoptée pour traiter ce sujet complexe ?
L’Holocauste est perçue comme un thème très intense, ce qu’il est assurément, mais je me suis toujours demandé pourquoi la société persiste à vouloir oublier le passé, alors qu’il existe de nombreux films et de livres portant sur le sujet. Étant donné que le film repose sur ma perception du monde et de ce sujet, j’ai tenté de le fonder sur une approche différente de celle que l’on voit habituellement. Que je me souvienne, tous les films traitant de l’Holocauste que j’ai jamais vus regorgent d’images de souffrance, de chambres à gaz et de mort, reconstruisant pour nous cette horreur. Je ne parle pas des étapes de cette mise à mort dans A Hole in the Head, mais de la mémoire des gens, de ce qu’ils sont capables de se rappeler en tant que témoins et ce dont la société se souvient, cette conscience historique. Tous les gens que vous voyez dans le film sont encore vivants aujourd’hui, et la plupart n’avaient encore jamais raconté leur histoire avant, car ils étaient convaincus que personne ne les croirait. Et le fait que l’on néglige l’Holocauste rom résulte du fait que ces gens se sont réfugiés dans leur communauté et davantage isolés de la société en général.

Le premier titre de ce projet était Through the Forest. Pourquoi avoir fait cette modification ?
À l’origine, le film était censé suivre les Roms tchèques et slovaques de cette époque à nos jours. De nombreux témoins m’ont dit qu’ils s’étaient cachés en forêt pour échapper aux nazis. Le statut social et politique des roms dans mon pays, l’amas confus de propositions, des solutions quasi inexistantes et de l’isolement, y est sûrement aussi pour quelque chose. J’ai compris cela comme une métaphore. Plus tard, j’ai changé de thème et presque laissé complètement tomber l’élément tchécoslovaque, avant de me diriger sur le titre actuel, plus intimement lié aux éléments et aux gens du film – un vide peut être physique ou mental : chaque blessure a son histoire.

Avez-vous également d’autres projets sur le feu ? 
J’aimerais réaliser un autre film sur la façon dont les grandes idées, les idéaux et les utopies disparaissent progressivement de la société, à travers un documentaire sur l’instigateur du Printemps de Prague, Alexander Dubček. Et je travaille également sur A Conspiracy of Silence, qui s’intéresse de près au destin de deux rescapés d’Auschwitz, Rudolf Vrba et Alfréd Wetzler. Je souhaiterais comprendre ce qu’il est advenu de leur témoignage à travers une enquête dramatique et historique.

(Traduit de l'anglais)

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