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Piotr Domalewski • Réalisateur

"Un film sur une petite communauté qui sert de métaphore pour quelque chose de plus vaste"

par 

- Le Polonais Piotr Domalewski parle de son magnifique premier long-métrage, Silent Night, qui en dit plus long qu'il ne paraît à travers une histoire simple

Piotr Domalewski  • Réalisateur

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est votre premier long-métrage. Comment vous est venu l’idée de ce film ?
Piotr Domalewski
: Comme je suis très inspiré par les cinémas turc, roumain et iranien, je voulais faire un film qui dépeigne une petite communauté et en même temps serve de métaphore pour quelque chose de plus vaste et d’universel. Je savais qu’il me fallait une histoire très simple. Je me suis aussi demandé de quel sujet je me sentirais proche, à quel sujet je pourrais me rapporter, moi l’homme de 34 ans. Et la réponse était la suivante : à une famille de plusieurs générations et au problème de l’émigration économique. En Pologne de l’Est, d'où je viens, une famille sur deux a vu un de ses membres partir à l'étranger, à l’Ouest, pour trouver un meilleur métier. Dans mon cas, il s’agit de mon frère.

Toute l’action de film se passe le 24 décembre. Pourquoi avez-vous choisi ce jour en particulier ?
Le réveillon de Noël est un contexte très intéressant parce qu’il a sa propre dramaturgie. Tout commence par la préparation du dîner, pendant laquelle les gens s’observent les uns les autres, et s’habituent à l’idée de former “la famille réunie”. Ensuite, on passe aux choses sérieuses : tout le monde s’asseoit à table, reprenant involontairement leur place habituelle dans la famille, qui est aussi métaphorique. Les enfants, même s’ils sont tous adultes, et accompagnés de leurs époux, sont toujours des “enfants” : personne ne les voit comme des adultes. Ça ressemble à une crêche, où chaque santon est collé sur son emplacement. Par exemple, si le père (ici joué par Arkadiusz Jakubik) a été absent pendant des années, et alcoolique, il peut voir qu’il n’y a plus de place pour lui dans cette famille, qu’il en a été retiré, et que tout ce qui lui reste à faire, c’est boire tout seul. Dans Silent Night, je retrace un réveillon de Noël dont le souvenir vient de mon enfance, bien que pas de mon foyer. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est de voir que lorsqu’on a présenté le film à des diplomates en poste à Varsovie, qu’ils soient israéliens, chinois ou turcs, ils ont tous trouvé le film aussi pertinent et compréhensible par rapport à leurs contextes. Bien que leurs religions et coutumes diffèrent, ils se sont tous retrouvés dans le cadre familial.

Le père n’est pas le seul à avoir une histoire compliquée : chaque membre de cette famille a la sienne. Comment avez-vous composé le scénario, et dirigé les scènes de manière à ce que tous ces détails forment un récit cohérent ?
En écrivant le scénario, je me suis imaginé dans la peau de chacun des personnages et j’ai tâché de les aimer et les comprendre tous autant. Parfois, c’était plus difficile, comme avec le personnage du beau-frère d’Adam, qui bat sa femme et croit pourtant qu’il protège ses intérêts. Ensuite, j’ai organisé avec les acteurs des répétitions très intensives, ce qui m'a donné l'occasion de peaufiner le scénario. Je savais déjà que je tournerais par longues séquences et que partant, sur le plateau, nous n'aurions pas le temps d’explorer ou de douter. Tout devait être planifié très précisément avant le tournage, et au résultat, près de 90 % des scènes ont été faites exactement comme elles étaient écrites dans la version définitive du scénario. Ma crainte était que faute d’être bien préparé, je ferais une erreur ou prendrais une décision artistique erronée, simplement à cause de la pression du calendrier à respecter ou par fatigue. Je me suis en outre préparé physiquement au tournage : sachant que je travaillerais principalement de nuit, j’ai changé mon rythme quotidien. J’ai organisé notre emploi du temps de manière à ce que la majorité des scènes soient tournées avant la pause déjeuner – qui était en fait au milieu de la nuit.

Les scènes en famille sont très fortes, et leur impact émotionnel est renforcé par la photographie simple et discrète de Piotr Sobociński jr. Comment avez-vous décidé ensemble de l’esthétique du film ?
Nous savions tous les deux que cette histoire devait être racontée de manière réaliste et discrète, qu’aucun effet de manche visuel ne devait distraire le spectateur des personnages et de l’univers présentés à l’écran. La caméra devait se déplacer aisément, librement, jusqu’à pouvoir faire un tour de 360°, pour capturer les émotions d’un acteur le plus pleinement possible. Je pense que la magie du film vient de ce qui se passe entre les acteurs, et que notre métier consiste à bien les filmer.

Puisque Silent Night est un film sur la famille et la tradition, je me demande de quel réalisateur polonais vous vous sentez le successeur ?
Je penserais plutôt à l’écrivain et dramaturge Sławomir Mrożek, qui avait une manière unique et incomparable de dépeindre la Pologne et la société polonaise. Ses pièces et récits regorgent de situations absurdes et de dialogues formidables. J’adorerais pouvoir me considérer comme son successeur.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je développe un nouveau long-métrage dans le cadre de l’atelier ScriptTeast. J’ai candidaté pour plusieurs financements et je cherche actuellement des partenaires étrangers. Je souhaite ardemment que mes prochains films soient des coproductions internationales, ce qui les rendrait encore plus européens et universels.

(Traduit de l'anglais)

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