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SOLEURE 2018

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Lorenz Suter • Réalisateur

"Ce film a été réalisé dans l'instant ; personne ne savait la suite de l'histoire"

par 

- À l’occasion des Journées de Soleure, Cineuropa a interrogé le Suisse Lorenz Suter sur Strangers, un film très mystérieux à l'esthétique singulière

Lorenz Suter  • Réalisateur

Dans le cadre des Journées de Soleure, Cineuropa s'est entretenu avec le jeune réalisateur suisse Lorenz Suter au sujet de Strangers [+lire aussi :
critique
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interview : Lorenz Suter
fiche film
]
, un film mystérieux à l'esthétique très particulière qui a fait son avant-première mondiale au festival.

Cineuropa : Pourquoi avez-vous choisi le genre noir ?
Lorenz Suter :
 Avant tout parce que j'aime le cinéma en général, mais le genre film noir en particulier. Il y a quelque chose de mystérieux qui m'attire très fortement dans ce genre. Il permet d'avoir un regard unique sur le monde et les gens. Le monde n'est pas que sombre et morose, il est aussi changeant et dangereux. Ici, les personnages sont confrontés aux régions les plus obscures de leur âme. Ils ressentent parfois le besoin de mentir ou d'avoir des objectifs égoïstes. C'est cela qui m'intéresse : ces personnalités contradictoires. Ce n'est pas une vision pessimiste, mais plutôt un regard réaliste sur le monde. J'aime montrer les gens lorsqu'ils ne sont pas en société, qu'ils ne se montrent pas sous leur plus beau jour. Ils font des erreurs et ne regrettent leurs décisions que quand il est trop tard. Ça ne fait pas d'eux de mauvaises personnes, ils oscillent entre bien et mal. Pour illustrer cela à l'écran, les images ont été tournées dans un demi-jour. La musique est également très importante : curieuse et nostalgique, c'est une fusion entre un orchestre et des sons synthétiques. Elle est classique et moderne à la fois.

Comment avez-vous choisi les acteurs et comment s'est passé le travail avec eux ?
Je les connaissais déjà quand j’ai commencé de travailler sur ce film. L'acteur principal, Nicolas Batthyany, est un ami. Nous nous sommes rencontrés à la Haute École d'art de Zurich et nous avons tourné ensemble un court-métrage en tous points semblable à un film noir des années 40 [The Man Who Didn’t Want Anything), mais sur une relation contemporaine, court-métrage dont le personnage principal m’a obnubilé pendant près de dix ans. Strangers est le résultat de cette obsession, de sorte qu’il fallait que Nicolas reprenne le rôle principal. Les deux personnages féminins principaux sont joués par deux actrices que j'admire beaucoup. Elles apportent toutes deux une qualité émotionnelle à leurs personnages et sont des femmes fatales modernes. L'une d'elles, Marina Guerrini, est ma petite amie. Avant de la rencontrer, je la connaissais comme actrice depuis des années, car elle a fait ses débuts alors qu'elle n'était qu'adolescente. Avec elle comme avec Nicolas, le problème n'était pas de trouver les acteurs : c'était de les faire devenir partie intégrante de l'essence du film. Et, en retour, ils ont apporté quelque chose de très spécial à leurs personnages.

Strangers a été produit comme un film indépendant ; pouvez-vous nous en dire plus sur cet aspect ?
La manière dont nous avons fait ce film est assez curieuse, surtout pour un film suisse. Nous avons suivi notre instinct et réalisé le film avec un minimum de moyens. Nous voulions raconter l'histoire d'un triangle amoureux fatal, mais le scénario n'était pas terminé. Trois personnages seulement devaient y évoluer, mais rien de précis. J'ai écrit les scènes et les répliques au fur et à mesure. L'écriture, le tournage et le montage ne se sont pas faits dans l'ordre, mais au fur et à mesure, par étapes. Je regardais ce que nous avions tourné et faisais des modifications. Ce film a été réalisé dans l'instant ; personne ne savait la suite de l'histoire. Nous étions influencés par les événements autour de nous. Une anecdote amusante : le personnage principal vivant dans un appartement qui était en fait le mien, comme je devais déménager, lui aussi devait quitter les lieux. Comme le film n'était pas terminé, j'ai dû trouver un moyen de continuer à tourner ailleurs. J'ai donc récrit le scénario pour intégrer cet « incident » à l'histoire. Ce sont des péripéties comme celles-ci qui nous ont indiqué la voie à suivre. On se laissait porter par le courant, on ne luttait pas. On cherchait des manières créatives de continuer l'aventure quoi qu’il arrive. Du point de vue artistique, c’est un procédé qui s’est avéré très intéressant, car les acteurs et moi-même ne savions pas ce que les personnages allaient faire ensuite : seraient-ils bons ou mauvais ? Étaient-ils menteurs ? Je disais aux acteurs de jouer en direct. Il leur a fallu beaucoup de courage pour être dans le flou pendant si longtemps, et étrangers à eux-mêmes, mais c'est justement l'intérêt du film noir : c'est ce qui le rend magnifique.

(Traduit de l'anglais par Axel Delor)

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