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Holy Motors : Vivre et revivre selon Leos Carax

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- L’enfant terrible du cinéma français revient avec une oeuvre métaphorique visuellement exceptionnelle et passant de sommets en précipices.

Holy Motors : Vivre et revivre selon Leos Carax

Un rêveur pousse une porte secrète dans un mur et pénètre au bout d’un couloir dans une autre dimension où un autre homme, sans doute son double ou plus probablement l’être humain en général débute un voyage nourri d’incarnations dans de multiples avatars symboliques. Avec Holy Motors [+lire aussi :
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, dévoilé hier soir en compétition au 65ème Festival de Cannes, Leos Carax, l’enfant terrible du cinéma français, propulse les spectateurs dans des grands fonds métaphoriques délirants où le meilleur côtoie parfois le pire, où la fulgurance visuelle et imaginative se débride jusqu’à l’outrance, où la misanthropie tente de s’unir àla philosophie.

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Dire que ce film concept n’a pas fait l’unanimité parmi les journalistes internationaux est une évidence, mais il est clair que le cinéaste (tombé en disgrâce mythique avec Les amants du Pont Neuf en 1991 et qui n’avait pas réalisé de long métrage depuis Pola X, en compétition à Cannes en 1999) recherche avec ardeur cette ligne rouge réactive séparant l’admiration de la détestation. Ce nihilisme suicidaire si intensément revendiqué à travers quelques scènes provocatrices (gratuitement diront certains) et le bombardement symbolique et métaphorique auquel se livre le réalisateur ne doit pourtant pas faire oublier que Holy Motors est un film d’une richesse exceptionnelle porté par un acteur protéiforme à la hauteur de la folie de son démiurge : Denis Lavant.

Le creuset d’alchimiste de M. Oscar (Lavant) est une limousine blanche extra-longue où son assistante et chauffeur lui a préparé les dossiers de ses rendez-vous. Pour chacun d’entre eux, il sera un personnage différent, se grimant dans une voiture ressemblant à une loge de théâtre bondée d’accessoires. A un businessman protégé (une voiture de gardes du corps suit) alignant d’absurdes séries de chiffres et envisageant (miroir du cinéaste "persécuté") un achat d’armes ("ils veulent notre peau. Nous sommes les bouc-émissaires de la misère. Cela excite le peuple. Ce soir au Fouquet’s !") succède un vieille femme délabrée et repoussante faisant la manche sur les quais de Paris. Puis M. Oscar s’équipe d’une combinaison hérissé de capteurs pour des prises de vues de combats et d’"aliens" en capture motion (séquence fascinante dans le monde infra-informatique avec en clou du spectacle une métamorphose bestiale gorgée de sexualité). Le temps d’une pause caméléon dans la limousine, voilà Oscar transformé en Monsieur Merde (déjà vu dans le segment signé par Carax du film collectif Tokyo [+lire aussi :
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), un humain dégénéré jusqu’à l’animalité sortant des égouts et des catacombes pour enlever un mannequin-photo (Eva Mendes) en pleine séance de shooting dans un cimetière et l’emmener dans son repaire souterrain pour une vie de couple très symbolique en accéléré (avec sexe en érection en prime). L’avatar suivant calme le jeu avec un père pseudo-cool se braquant à un mensonge bénin de son adolescente mal dans sa peau de fille. S’affiche ensuite le mot "Entracte", une pause durant laquelle Denis Lavant mène à l’accordéon une farandole vertigineuse de musiciens dans une église.

Et M. Oscar repart dans son existence multiple : tueur de son double dans un parking (polar), assassin de banquier en terrasse au Fouquet’s (une boucle bouclée parmi tant d’autres), vieillard mourant dans la chambre d’un palace avec sa nièce à son chevet (mélodrame plombant) et, dans son propre rôle, rencontre fortuite d’une autre comédienne, une ex (Kylie Minogue) qui pousse la chansonnette avant de se suicider du toit de la Samaritaine. C’est la vie, c’est de la comédie et c’est aussi du cinéma. M. Oscar fatigue et finit la nuit chez lui, dans une nouvelle vie (une famille de singes, le karma collectif). De sommets en précipices, du sublime à l’abject, de la profondeur à la boursouflure, de l’humour au pontifiant, Holy Motors et son jeu de miroirs à strates infinies sur la vie et le désir de revivre sans cesse est à l’image de son réalisateur qui perpétue sa figure d’artiste maudit, faisant dire à son prodigieux acteur transformiste : "Je continue comme j’ai commencé : pour la beauté du geste !"

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