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La Niña de Fuego : trois êtres sous influence

par 

- Après Toronto, la palpitante comédie dramatique de Carlos Vermut, composée d'histoires croisées qui tournent très mal, est en lice à San Sebastian

La Niña de Fuego : trois êtres sous influence
Bárbara Lennie dans La Niña de Fuego

Carlos Vermut, le réalisateur de La Niña de Fuego [+lire aussi :
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fiche film
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(Magical Girl), manifestement formé par les fanzines et la bande dessinée, faisait peut-être partie de ces enfants auxquels on trouve un déficit d'attention : il dit ne pas pouvoir suivre le fil narratif d'un film s'il comporte beaucoup de sous-récits et si la trame est compliquée. C'est pour cela que les deux seuls films qu'il ait faits à ce jour sont divisés en plusieurs chapitres qui lui permettent d'ordonner le récit, reconnaît-il. Dans Diamond Flash, il y avait trois trames : Famille, Identité et Sang. Dans Magical Girl, les trois volets font partie de la même intrigue, qui suit d'abord un personnage en particulier puis se concentre sur un autre, bien que les points de vue continuent de varier et que les ellipses soient nombreuses. Comme le disque du groupe des années Soixante Los Brincos, les trois chapitres du film s'appellent : Monde, Démon et Chair. Ces notions, le réalisateur athée les a fréquentées enfant, au catéchisme, en tant qu'elles renvoient aux trois ennemis de l'âme : l'argent, Satan et le sexe. Ces trois mots ont failli devenir le titre du film, puis qu'ils représentent les obstacles qui se présentent aux personnages : le monde est l'ennemi du père de l'enfant malade terminale (Luis Bermejo), car il n'a pas d'argent ; le démon possède la femme fatale (Bárbara Lennie) ; dans le cas du professeur qui sort de prison (José Sacristán), c'est la chair qui l'a condamné. 

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Le film fait clairement appel au symbolique, à l'irrationnel et à l'intuition, mais il fait confiance au spectateur pour compléter lui-même les suggestions, les silences et les blancs dans le récit. Il le laisse aussi imaginer tous les mystères qu'il recèle et qui, nourris par l'imagination du spectateur, n'en sont que plus terrifiants. C'est que Vermut (un pseudonyme alcoolisé) s'intéresse beaucoup plus aux personnages qu'à la trame du récit. C'est pour cela que le réalisateur madrilène place leurs visages au centre des plans, nus et sans ornements superflus : il nous laisse vivre l'intensité qu'il peut y avoir dans un regard, une conversation, un geste. C'est ainsi qu'on découvre son monde, un monde où la beauté est partout, même dans un vieux bistrot de quartier – c'est d'ailleurs là qu'a lieu une des scènes les plus chargées du film.

C'est que la fatalité nous rattrape au tournant, car on est bien vulnérable quand on sort de son périmètre de sécurité, comme ce père de famille qui se retrouve dans des embrouilles impossibles, un peu à la Fargo (dont l'humour noir, parfois amer, est une des références de Vermut). Dans La Niña de Fuego, le désastre est provoqué par la passion la plus extrême quo'n puisse imaginer : l'amour infini d'un père pour sa fille. C'est ce sentiment immense qui l'entraîne dans un engrenage terrible dont il perd le contrôle. C'est aussi par passion (bien qu'elle soit plus souterraine et inqualifiable) qu'un enseignant perd le contrôle de sa vie et tombe dans le crime. Comme dit le film : selon ce qui nous arrive, on peut devenir des assassins en puissance. 

Tout cela (et bien plus) fait de La Niña de Fuego l'un des films les plus surprenants, originaux et perturbants de la nouvelle saison cinématographique en Espagne. C'est une tragicomédie où le spectateur commence par rire, avant de sentir son visage pétrifié dans un rictus qui confirme qu'on assiste là aux débuts d'une carrière qui promet d'être aussi brillante qu'atypique. Vermut propose un langage et une esthétique si nouveaux qu'après seulement deux films, il est déjà une figure du nouveau cinéma espagnol, celui qui est en train de rompre avec les postulats plus classiques du cinéma qui le précède. On espère que le Festival de San Sebastian, qui le met face à des metteurs en scène plus consacrés, saura récompenser son audace et son talent.

(Traduit de l'espagnol)

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