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The Lure: une voix audacieuse dans le cinéma polonais

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- Le premier long d'Agnieszka Smoczynska a remporté au festival de Sundance un prix spécial pour sa vision unique et son design

The Lure: une voix audacieuse dans le cinéma polonais
Marta Mazurek dans The Lure

Cela pourrait être un thriller sombre. Il fait nuit, le brouillard enveloppe la berge broussailleuse d'un fleuve, et les musiciens d'un bar dansent, boivent, chantent et s’amusent. La caméra se déplace vers la surface de l'eau et l'on s'attend presque à voir surgir le corps d'un noyé. Mais ce sont deux sirènes (Michalina Olszańska et Marta Mazurek) qui émergent de la Vistule et qui lancent leur chant ensorceleur: "Pêchez-nous, on ne va pas vous manger." La phrase résonne sur une tonalité innocente, mais déjà perce une pointe provoquante. Les filles sont jeunes, belles, leurs voix angéliques, mais leurs queues sont immenses, muqueuses et d'"une puanteur de boue." Telle est la scène d'ouverture de The Lure [+lire aussi :
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interview : Agnieszka Smoczyńska
fiche film
]
, le premier long métrage d'Agnieszka Smoczynska, présenté au Festival de Sundance dans la section compétitive Word Cinema Dramatic. Une première séquence dont le contraste entre la subtilité, la finesse des visages des jeunes filles et leurs physiques imposants, peut déconcerter, voire repousser le spectateur. Car très vite, on comprend  que celles qui mènent cette histoire ne sont pas les douces sirènes des contes pour enfants, mais des créatures dont la nature énigmatique et ambigüe va se dévoiler brutalement avec un côté vampirique : le désir du sang humain.

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C’est ainsi que s’annonce de façon sous-entendue une autre complexité, plus formelle, du film. Car ce n’est ni un drame, ni une comédie romantique musicale, ni un thriller, mais bien un mélange de tous ces genres. La réalisatrice qui s’est inspirée de la figure classique de La petite sirène d’Andersen, réinterprète le célèbre conte d'une manière très personnelle. Les éléments traditionnels du récit, y compris les plus dramatiques, sont respectés avec la sirène qui tombe amoureuse d’un homme et qui, pour pouvoir vivre cet amour, doit perdre sa queue et recevoir des jambes, à condition de se faire priver de sa voix angélique. Mais ce n’est pas uniquement la capacité de marcher comme les humains qui compte pour la sirène du film. Ce qui est essentiel pour elle, c’est de se métamorphoser en véritable femme et de ne plus "avoir entre les jambes ce qu’ont les poupées Barbie". Comme la petite sirène d’Andersen, la sirène de Smoczynska devient alors muette et elle souffre physiquement. Mais elle continue à attendre désespérément que son amour s’accomplisse. Et elle devra tuer son bien aimé avant de finir sous forme de mousse marine.

Pour Smoczynska, les métaphores d’Andersen sont un point de départ ouvrant un champ de subversion. La réalisatrice les habille avec de nouveaux atours en racontant cette histoire avec une esthétique "Camp" et un kitch intentionnel, plaçant ses personnages dans un décor de mauvais goût des années 80, des intérieurs de boites de nuit de l’ère de la Pologne communiste. Avec des éclats de rire espiègles, des blagues bien grasses et une musique nourrie par les hits de l’époque, elle dénonce l’hypocrisie des relations humaines, tourne en dérision les fantaisies masculines, démythifie l’idéal de l’amour innocent, hétérosexuel et éternel.

The Lure met au premier plan la femme, non comme une figure du  sacrifice et de la soumission (bien que le manager du bar dansant qui engage les filles les utilise en tant que stars des shows et en objets de distraction pour le public), mais en soulignant sa force, son énergie vitale et sa puissance érotique. Et cette histoire des deux sirènes pêchées dans la Vistule, avec leur identité indéfinie entre fille et une femme, animal et humain, a sans aucun doute une dimension universelle car c’est une image de l’initiation, du franchissement d'un seuil vers la maturité. 

La musique ne sert pas uniquement de toile de fond à l’action du film, ou ni de simple illustration : elle en est un élément majeur. Les chansons ont été écrites par les soeurs Zuzanna et Barbara Wronska qui se produisent en duo sur les scènes polonaises depuis 2007 et dont l’enfance aux côtés de parents artistes des bars dansants a inspiré le scénariste de The Lure : Robert Bolesto. Les interprètes du film se révèlent à la hauteur de ces modèles, réussissant à incarner les personnages tout en faisant preuve de réels talents musicaux à l'image de Kinga Preis, Adam Gierszal et Andrzej Konopka, et bien sûr des deux protagonistes Michalina Olszańska et Marta Mazurek.

La forme fortement stylisée (frôlant parfois la prétention), l’emphase de l’artifice, la théâtralité et l’humour quelquefois sarcastique du film prennent le risque de diviser nettement le public. Mais une chose est sûre : avec son courage, son imagination créatrice et son langage personnel donnant naissance à un cinéma audacieux et "prédateur" (ainsi que l’a défini la célèbre cinéaste Agnieszka Holland), Agnieszka Smoczyńska est une réalisatrice qui apporte une qualité toute nouvelle dans le 7e art polonais.

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