"Notre ligne éditoriale : l'intimité politique, une cible de cinéma d’auteur un peu élargie et un regard différent sur le monde"
Dossier industrie: Produire - Coproduire...
Julie Billy • Productrice, June Films
par Fabien Lemercier
La productrice française revient sur son parcours et la ligne éditoriale et les projets de sa société

Co-fondatrice en 2020 avec Naomi Denamur de la société française June Films, Julie Billy compte notamment à son actif La Petite Dernière d’Hafsia Herzi, Animale d’Emma Benestan, la mini-série Une Amie Dévouée de Just Philippot (dévoilée l’an dernier sur HBO Max) et en coproduction Quell’estate con Irène de l’Italien Carlo Sironi. Rencontre avec la productrice française, sélectionné pour l’initiative Producers on the Move de l’European Film Promotion à Cannes.
Cineuropa : Comment êtes-vous devenue productrice et quelles ont été les principales étapes de votre parcours ?
Julie Billy : Je viens d’un milieu populaire qui n’était pas absolument pas cinéphile. Je voulais m’orienter vers le milieu de la culture et, pendant mes études en littérature, j’ai travaillé pour un festival d’adaptation littéraire et plusieurs fois pour le Marché du Film de Cannes. Cela m’a permis de prendre conscience que je ne voulais pas exercer en aval, mais en amont de la création. J’ai donc travaillé d’abord comme assistante de production chez Celluloïd Dreams où que j’ai eu la chance d’avoir comme premier scénario à lire celui de Un Prophète de Jacques Audiard. J’ai très vite trouvé formidable d’étudier, de développer, de structurer les scénarios et j’avais envie d’accompagner des auteurs.
J’ai ensuite suivi la formation franco-allemande de l’Atelier Ludwigsburg - La Fémis avant de travailler pendant dix ans aux côtés de Carole Scotta chez Haut et Court avec qui j’ai produit une dizaine de films dont Gagarine, le premier long de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh. Mais après toutes ces années, j'ai eu envie de tester l'indépendance et la liberté, de travailler avec des distributeurs différents et de produire des typologies de films différentes, tout en gardant un lien très fort avec Haut et Court, puisque nous coproduisons encore des projets ensemble. J’ai donc fondé June Films avec Naomi Denamur.
Quelle est la ligne éditoriale de June Films ?
Elle est assez éclectique et très agnostique sur le genre puisque nous produisons autant de films de genre que de drames. Agnostique aussi sur les formats, des longs-métrages aux séries. Elle se caractérise surtout par une volonté de soutenir l'émergence de nouveaux regards, de produire des films qui allient l'intime et le politique, et qui regardent le monde sous un prisme différent, en tout cas avec souvent un ton ou un genre un peu singulier. Nous sommes portées par la vision des réalisatrices et des réalisateurs avec qui nous travaillons. Nous sommes une petite maison à taille humaine et nous restons très proches des auteurs, avec une fidélité assez importante. Nous avons également la volonté de toucher des publics différents, comme avec La Petite Dernière qui a rencontré aussi bien un public jeune que les spectateurs habituels du cinéma d'auteur. Ce film représente bien notre ligne éditoriale : l'intimité politique, une cible de cinéma d’auteur un peu élargie et un regard différent sur le monde.
Quid des coproductions européennes ?
L’Europe, c'est vraiment dans mon ADN de productrice. Dans un marché qui se resserre énormément et qui se concentre beaucoup, où il devient de plus en plus difficile de financer nos films seulement en France, la collaboration européenne est vitale. Je pense aussi que notre génération a développé une sorte d'agilité dans la manière de produire, pour s'adapter à un marché très fluctuant. Nous avons une foi inébranlable dans le fait que le cinéma existera toujours et qu'il faut le défendre car c’est cela qui crée la culture, et c'est la culture qui crée la démocratie. Aujourd’hui, c'est un acte politique de faire et de produire des films. On fait des films pour un public, un public qui change mais qui a toujours besoin de nouvelles histoires, besoin de rêver. C’est pour cela que les coproductions européennes sont essentielles : pour financer, mais aussi pour tisser un collectif et travailler ensemble. Je coproduis quasiment tous mes films avec l'international et j’ai impliqué par exemple l’Allemagne (qui a amené finalement presque 50% du budget) très tôt dans le développement de La Petite Dernière car je pressentais que sur un sujet pareil, j'allais rencontrer des obstacles dans le financement en France. J'adore aussi faire des coproductions minoritaires pour travailler avec des cultures de tournage, de fabrication et de cinéma différentes. C’est le cas pour The Favour de Grímur Hákonarson (Béliers), dont le tournage va bientôt démarrer et que je coproduis avec Sarimar Films en Islande, Profile Pictures au Danemark et Iris Productions au Luxembourg, avec le soutien notamment de l’Aide aux Cinémas du Monde du CNC et de ARP comme distributeur en France.
Quels sont vos autres projets en cours ?
Les Yeux Verts (lire l’article) de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh est en post-production et je vais produire leur prochain long (de nouveau avec Haut et Court) et leur prochaine série qui sera une adaptation du roman graphique Les Pizzlys de Jérémie Moreau : une fable écologique dans le Grand Nord qui sera coproduite par la Norvège. Et j’amène à Cannes aux vendeurs internationaux le projet Vanda qui sera le premier long de réalisatrice de Clémence Poésy. C’est une adaptation du roman éponyme de Marion Brunet qui remporté l’an dernier le prix Astrid Lindgren, le prix Nobel de littérature jeunesse. Vimalas Pons tiendra le rôle principal et la société belge Frakas sont déjà engagés en coproduction. Le tournage est prévu au premier semestre 2027.
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