“L'idée est vraiment de découvrir des cinéastes et des marchés”
Dossier industrie: Distribution, exploitation et streaming
Vladimir Kokh • Distributeur, KMBO
par Olivia Popp
Nous avons discuté avec le distributeur pour en savoir plus sur l'approche diversifiée de sa société, qui comprend l'acquisition de Gebeka, spécialisée dans la distribution de films d'animation

Pour la nouvelle édition de Distributeur du mois, nous avons échangé avec le directeur et fondateur de la société française KMBO, Vladimir Kokh. Ce dernier a monté cette société de distribution indépendante en 2007, bâtissant au fil des ans une enseigne marquée par un engagement fort dans le sens de l’animation, du cinéma jeunesse et de l'intérêt pour les nouveaux talents et les marchés prometteurs – mais pas seulement, comme il nous l'explique dans cet entretien.
Cineuropa : Quelle est votre ligne éditoriale et quelle approche privilégiez-vous ?
Vladimir Kokh : KMBO propose à la fois de l'animation très commerciale, orientée vers un public familial, de l’animation d’art et d’essai et des films en prises de vues réelles. Nous avons plusieurs gros titres qui vont sortir. En prises de vues réelles, nous avions trois titres en compétition officielle à la Berlinale : Rose, Soumsoum, la nuit des astres et The Loneliest Man in Town. Nous venons également de lancer Silent Friend dans les salles et nous avons présenté Le Corset à Cannes, dans la section Un Certain Regard. Il a aussi été sélectionné en compétition officielle à Annecy, où nous avons beaucoup de films.
Dans le champ de l'animation, nous sommes bien connus. En prises de vues réelles, lorsque nous nous mesurons à d’autres distributeurs, nous devons vraiment prouver que nous savons aussi travailler sur les films de ce type, mais nous sommes en train de monter en puissance. Pour moi, l’animation est une catégorie trop large. D’autres distributeurs me disent parfois que je suis dans l’animation et donc que je cherche toujours de l’animation, mais en réalité, c’est comme pour la prise de vues réelles : c’est très différent selon les cas. Il y a des sous-catégories, comme l’animation pour enfants, le stop motion, le papier découpé, le court- et le long-métrage. Nous avons aussi distribué en France des films d’animation chinois, comme Deep Sea, davantage tourné vers les adolescents. C’est un autre public-cible, qui doit être abordé très différemment. Au niveau des acquisitions, il y a une foule de marchés, mais nous avons l'intention de nous développer.
Il arrive que même des producteurs ne sachent pas exactement ce que fait KMBO dans les différents domaines où notre société est active. Ce n’est pas très clair pour eux, mais pour moi, c’est très clair : il s’agit vraiment de découvrir des cinéastes et des marchés. Par exemple, je suis enthousiaste à l’idée d’essayer de trouver un nouveau marché pour l’animation chinoise. Quand on voit le succès de films comme Ne Zha 2, qui a dominé le box-office mondial, c’est formidable.
Vous avez récemment acquis Gebeka, une société de distribution française bien connue qui travaille exclusivement sur l’animation. Quelle est la stratégie derrière ce rachat ?
KMBO existe depuis presque 20 ans. Nous sortons 15 films par an et restons très concentrés sur l’animation, le jeune public, etc. Gebeka est une société de distribution historique qui fêtera ses 30 ans l’an prochain. Ils ont été parmi les pionniers du film d’animation pour le jeune public en France, avec des titres comme Kirikou et la Sorcière et Ma vie de Courgette.
Nous avons eu l’opportunité de racheter Gebeka, mais à mes yeux, ce n’est pas KMBO qui achète : nous tenons vraiment à préserver l’identité des deux entités. L’idée n’est pas de fusionner les équipes, mais de disposer de deux outils pour développer encore davantage l’animation pour le jeune public. Gebeka a ses bureaux à Lyon, et une équipe de cinq, six personnes. Nous conserverons l’équipe et ferons grandir la société. Comme KMBO connaît bien le secteur, nous ferons de notre mieux pour ramener Gebeka vers sa ligne historique : de l’animation de très grande qualité, des courts-métrages pour le jeune public, des longs-métrages d’animation et, de temps à autre, des films en prises de vues réelles également destinés au jeune public.
Vous avez d’autres activités qui complètent votre travail de distributeur en salles. Parlez-nous-en.
Avec Little KMBO [entièrement dédiée au jeune public], nous avons développé un magazine intitulé Séances Scolaires, pour promouvoir les séances scolaires comme outil pédagogique auprès du public, des enseignants et des enfants. Au total, 30 000 exemplaires du magazine sont imprimés chaque trimestre et envoyés aux écoles. Nous avons également créé un prix national des écoles, afin que les enfants puissent voter pour le meilleur film, les meilleures affiches et les meilleurs personnages. Nous organisons en outre un petit festival de cinéma qui se tient pendant l’été, avec 600 salles partenaires. L’idée est d'employer tous ces outils pour développer l’éducation à l'image, qui est un sujet important en France et en Europe.
Pouvez-vous détailler pour nous une stratégie de distribution que vous avez trouvée particulièrement originale ou réussie ?
Nous avons eu le film allemand Super Grand Prix, un long-métrage animé en images de synthèse pour toute la famille inspiré d'Europa-Park [entre Strasbourg et Fribourg-en-Brisgau]. Ce sont les gens du parc qui sont venus nous voir, il y a quelques années, pour nous dire qu'ils étaient en train de réaliser un film d’animation très ambitieux basé sur les personnages du parc, un peu comme Disney. Nous avons travaillé avec toute leur équipe sur le marketing du parc. Il nous a fallu un an de travail et de réunions pour préparer la campagne, et nous nous y sommes rendus plusieurs fois dans le cadre de cette collaboration. Nous avons aussi emmené une centaine d’exploitants pour qu'ils découvrent le parc avec leurs familles, car c’était la meilleure manière de le leur présenter. Le film a enregistré environ 450 000 entrées.
Silent Friend a été montré dans de nombreux festivals, et Tony Leung est venu en France pour la promotion du film. En tant que distributeur, par rapport à un gros titre d’animation, travailler sur un film d’auteur est très différent. C’est rafraîchissant, et c’est presque un autre métier. Pour un film d’auteur, on cherche un festival, des critiques, la venue du réalisateur pour des interviews. Pour un film d'animation familial, on mise davantage sur les partenariats et le sponsoring digital.
(Traduit de l'anglais)
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