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"Les plateformes bousculent les formats et les modes narratifs"

Dossier industrie: Documentaire

Mathieu Béjot • Directeur de la stratégie et du développement, Sunny Side of the Doc

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Le directeur de la stratégie et du développement de l’événement évoque sa 32e édition (du 21 au 24 juin) et décrypte les tendances du marché et du financement des documentaires

Mathieu Béjot  • Directeur de la stratégie et du développement, Sunny Side of the Doc
(© Jean-François Augué/Studio Ouest)

Rendez-vous incontournable du genre, la 32e édition du Sunny Side of the Doc, le marché international du documentaire et des expériences narratives, se déroulera en ligne du 21 au 24 juin (avec en particulier 42 pitchs sélectionnés - lire la news), mais La Rochelle accueillera en hybride le 5e PiXii (le Festival international des Cultures Digitales).

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Cineuropa : Le Sunny Side of the Doc 2021 va se dérouler en ligne pour la seconde année consécutive. Quels ajustements avez-vous opérés ?
Mathieu Béjot : Nous avons d’abord eu une petite frustration car nous espérions vraiment pouvoir nous organiser en hybride avec du présentiel à La Rochelle. Mais l’évolution de la situation et la réquisition de l’espace Encan qui est un centre de vaccination, ce dont on se réjouit car cela va nous aider à sortir de la crise, a compliqué notre organisation. Quand nous avons dû nous replier sur un format en ligne, nous avons repensé à ce qui s’était passé l’an dernier et nous avons ajusté notre offre. D’abord, nous tenons compte de ce qui est le cas pour toutes les manifestations en ligne : on les suit de chez soi, du bureau, on est sollicité par beaucoup d’autres choses et la disponibilité n’est pas la même que sur une opération physique où l’on se déplace quatre jours dans une bulle. Donc nous avons décidé d’ouvrir la plateforme du marché le 7 juin, deux semaines avant l’événement, pour que tout le monde puisse commencer à travailler, voir qui sera là, quels sont les programmes présentés, visionner éventuellement dans la vidéothèque, regarder les projets qui sont pitchés, déjà organiser des rendez-vous, de manière à mieux gérer le temps car on sait très bien qu’on ne pourra pas tout faire en quatre jours. Ensuite, nous avons analysé les résultats de l’an dernier car il s’est passé énormément de choses depuis, à la fois en bien pour nous avec une accoutumance beaucoup plus forte à l’interaction virtuelle, mais aussi en constatant qu’il faut être extrêmement concret, rapide, avec des sessions plus brèves, plus rythmées. Donc il y aura peu de panels très généralistes : nous voulons vraiment des retours d’expériences et de l’interactivité. C’est la condition de la réussite quand on est en ligne. Nous structurons toutes les journées autour des séances de pitchs qui restent le cœur du réacteur Sunny Side of the Doc. Nous les avons un peu simplifiées pour tenir compte des décalages horaires. Alors que nous dupliquions toutes nos séances le matin et le soir, heure française, pour toucher l’Asie et l’Europe d’un côté, l’Europe et les Amériques de l’autre, nous avons préféré cette année tout rassembler en milieu de journée.

La crise sanitaire a accentué l’activité de développement. Avez-vous reçu un nombre de projets plus conséquent ?
Le volume a été assez important, mais c’est aussi parce que nous avons changé les règles de soumission. Nous avions des critères assez stricts en demandant un tiers du financement assuré pour avoir des projets viables sur le marché international, mais pour tenir compte de la conjoncture avec beaucoup de projets qui ont été développés durant l’année écoulée sans avoir encore eu le temps de trouver tous leurs partenaires, nous avons supprimé cette limite pour prendre des projets plus en amont. Mais ce temps accru consacré au développement a également eu des conséquences positives sur la qualité des projets. Il y a aussi un besoin très fort de rétablir le dialogue avec les décideurs d’où l’importance de ces séances de pitchs pour l’ensemble de la profession. Nous attendons aussi beaucoup du Talent Hub avec notamment des films de réalisatrices car il est très important d’assurer une plus grande diversité de voix.

Les documentaires géopolitiques auraient le vent en poupe. Est-ce une tendance vraiment sensible ?
C’est difficile à dire car nous représentons une industrie très diverse. Nous avons les grands diffuseurs traditionnels, notamment les chaînes publiques européennes, des chaînes privées qui sont sur des types de documentaires un petit peu différents, des plateformes, des fondations, etc. Mais c’est vrai que nous avons reçu beaucoup de projets assez forts sur les questions géopolitiques et l’on voit bien que cela correspond aussi à un besoin de décrypter un monde assez complexe, un monde qui bouge, avec notamment un changement d’administration aux Etats-Unis et le renforcement des pouvoir régionaux. Nous avions déjà perçu cette tendance au mois de février quand nous avons organisé le Global Pitch qui s’intéressait à tout ce qui est documentaire d’investigation et Current Affairs pour lesquels il y a une très forte demande.

Quelle est l’influence sur les contenus documentaires de la montée en puissance des plateformes ?
Les plateformes bousculent les formats et les modes narratifs du documentaire, en essayant de sortir un peu de cases qui peuvent sembler peut-être plus formatées chez les diffuseurs traditionnels. Ce qui est intéressant, c’est que cela irrigue tout le monde. Quand le public prend l’habitude de regarder des documentaires sur des plateformes comme Netflix et Amazon, cela forge le goût et cela fait forcement évoluer l’ensemble de la filière. Nous aurons d’ailleurs une table-ronde pour voir comment travailler avec Neflix, quelles sont leurs attentes. Ce qui ressort souvent, c’est le regard un peu plus cinématographique que les plateformes peuvent attendre, la manière de s’intéresser à des histoires et à la narration peut-être plus qu’à des sujets. Il y a un renouvellement du genre qui est vraiment intéressant.

La multiplication des canaux de diffusion est-elle favorable au financement des documentaires ?
Il y a un apport de capitaux, de nouveaux débouchés, de nouvelles sources de financement dans le genre, notamment sous la houlette des plateformes, mais le documentaire est un genre qui reste assez fragile et qui peut coûter cher, surtout quand on veut prendre le temps de bien construire ses histoires et d’aller chercher les images qu’il faut. Il y a des inquiétudes actuellement, en France et à l’international, sur le financement, mais il faut se rappeler que dans un certain nombre de pays, comme ceux d’Europe Centrale et Orientale (à qui nous consacrons un focus cette année) les diffuseurs n’ont pas du tout la même implication dans le financement des documentaires qu’en France par exemple. Donc la coproduction et les systèmes de soutien existants au niveau de l’Europe sont absolument fondamentaux pour maintenir une diversité du genre documentaire.

Un mot sur la 5e édition de PiXii (le Festival international des Cultures Digitales). Existe-t-il un vrai marché pour ces expériences immersives ?
Le marché est encore en construction, sans business model bien établi. Il y a aussi une difficulté conjoncturelle car l’année écoulée a été assez dure : les institutions culturelles, les musées, les LBE (location-based entertainment) ont fermé leurs portes, perdu leur public et leurs ressources. Mais ce qui nous intéresse justement, c’est de travailler sur la manière dont ce marché se structure, dont les producteurs ou les donneurs d’ordre qui ont commandé des expériences immersives essayent de trouver des lieux d’exploitation afin d’assurer des modes de financement pérenne et amortir les investissements. Au-delà des difficultés conjoncturelles, on sent bien que des choses se mettent en place, avec des partages et des circulations d’expériences.

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