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"Être qualitatif et attractif"

Dossier industrie: Tendance du marché

Pierre-Emmanuel Fleurantin & Jérémy Zelnik • Co-directeurs, Coprocity

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Rencontre avec les pilotes de la plateforme Coprocity, un outil professionnel initié avec succès à l’été 2021 et qui lance un prix du meilleur projet

Pierre-Emmanuel Fleurantin & Jérémy Zelnik • Co-directeurs, Coprocity

Lancée en juillet dernier, la plateforme en ligne Coprocity travaille en partenariat avec 13 marchés de coproduction (L’Atelier de la Cinéfondation, La Fabrique Cinéma, Ventana Sur, When East Meets West, Torino Film Lab, Thessalonique - Agora et Agora Docs -, Connecting Cottbus, Baltic Event, Meeting Point Vilnius, New Nordic Film Haugesund, Les Arcs Industry Village, Sofia Meetings et CineLink) pour permettre aux acteurs du cinéma (distributeurs, vendeurs internationaux, chaînes, coproducteurs, …) de garder un œil constant sur l'état d'avancement des projets présentés lors de ces marchés, tout en créant ou prolongeant des contacts professionnels pour faciliter le développement et le financement.

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Cineuropa : Dix mois après son lancement, où en est Coprocity ?
Jérémy Zelnik
 : le projet a reçu immédiatement un très bon accueil. L’idée était de fédérer un nombre important de marchés de coproduction et de devenir rapidement un outil de référence pour le suivi des projets. Nous avons senti un vrai enthousiasme, preuve qu’il y avait un vrai manque dans ce domaine. 13 marchés nous ont dit oui sont très vite et ont joué le jeu pour encourager les producteurs à mettre leurs projets sur la plateforme.

Pierre-Emmanuel Fleurantin : Nous envisageons maintenant d’élargir Coprocity progressivement, au-delà du cinéma et au-delà des frontières européennes. La série, le documentaire, l’animation : nous voulons que l’outil serve aussi au marché de l’audiovisuel. Nous sommes d’ailleurs déjà en discussions avec plusieurs marchés spécialisés.

J. Z. : Nous voulions avancer progressivement, par étapes. D’abord parce que nous sommes en train de renforcer l’outil, en ajoutant un certain nombre de fonctionnalités. Ensuite, parce que nous avons commencé par un marché du cinéma sur lequel nous étions déjà en place puisque nous organisons l’Industry Village des Arcs, ce qui nous a facilité les choses. Mais d’emblée, dans la manière dont nous avions réfléchi Coprocity, nous l’avions conçu pour que cela fonctionne sur le financement de l’audiovisuel au sens plus large et sur le monde entier.

P-E. F. : Dans la première phase actuelle, les projets qui sont mis sur la plateforme sont ceux qui ont été sélectionnés dans les marchés partenaires. Nous fonctionnons par un système d’invitations aux participants des marchés partenaires ou aux professionnels inscrits sur Cinando. C’est l’un des axes et l’une des forces de Coprocity car les quelques outils qui ont été créés dans le même registre sont ouverts à tout le monde, donc aussi à n’importe qui. Nous, nous essayons de créer un système relativement sélectif, à la fois pour les sociétés qui participent et pour les projets mis sur la plateforme. Nous pensons que c’est de cette manière que l’on peut être qualitatif et attractif. Quand on va sur Coprocity, on sait qu’on va y trouver des producteurs qui ont pignon sur rue et des projets qui ont un potentiel.

Comment fonctionne Coprocity en pratique ?
J. Z. : Les marchés partenaires proposent aux producteurs de mettre leurs projets sur la plateforme. Si le producteur donne son accord, nous avons un système qui nous permet de récupérer les données du projet pour qu’il ne doive pas tout ressaisir. Ensuite, il y a une partie "publique" (accessible néanmoins uniquement à ceux que nous avons autorisés à participer à Coprocity) et une partie "privée" : la première regroupe grosso modo ce qu’on trouve sur le catalogue d’un marché de coproduction (synopsis, note d’intention, biographie du réalisateur, etc.) alors que les éléments du projets (le scénario ou le traitement, le budget, le plan de financement, éventuellement des premiers extraits, un moodboard, etc.) ne sont accessibles que sur autorisation du producteur, au cas par cas et sur demande. C’est le producteur qui décide qui a accès à quoi et à quel moment, c’est lui qui contrôle l’information selon le principe d’asymétrie d’information de la production.

P-E. F. : Ce principe d’asymétrie d’information, c’est un grand principe de ce marché : on ne donne pas l’information à n’importe qui et au même moment ; elle est donnée graduellement et spécifiquement à ceux avec qui l’on a envie de contractualiser ou de partager en premier. Sur Coprocity, cela opère à niveau assez fin puisque le producteur peut décider de partager un traitement avec l’un et une version intégrale du scénario avec un autre. Car parfois on ne parle pas de la même manière à un vendeur et à un coproducteur par exemple. On peut aussi avoir plusieurs versions de budget en fonction de ce que l’on imagine comme financement possible, si c’est une coproduction ou un film beaucoup plus national, etc. En fait, nous essayons de reproduire sur une plateforme la manière dont on fonctionne dans la "vraie vie" et le plus souvent par mails. L’un des avantages, c’est d’éviter les envois de mails et notre expérience des marchés de coproduction, aussi bien du côté porteur de projet que sous l’angle participants, nous a enseigné qu’il est assez fastidieux de faire le suivi après un marché. Avec une plateforme, c’est beaucoup plus rapide et cela simplifie le travail.

J. Z. : Pour les responsables d’acquisitions des sociétés de ventes internationales qui ont très bien accueilli l’initiative Coprocity, cela permet de centraliser tous les projets qu’ils veulent suivre : ils peuvent les classer par marché, par degré d’intérêt et avec d’autres critères encore (les projets lus ou à lire, ceux auxquels ils doivent répondre, ceux qu’ils  veulent suivre et donc être tenus au courant des évolutions, etc.). Pour donner une image, quand on participe à un marché et qu’on a 10 rendez-vous, on a souvent un projet coup de cœur et celui-ci, on va se battre pour l’avoir, mais il y également deux ou trois projets qu’on trouve intéressants, mais pour lesquels c’est un peu tôt car il n’y a pas encore la bonne version du scénario ou parce que tout dépend d’un financement dans leur pays, etc. Quand on est responsable des acquisitions et qu’on fait 15 marchés dans l’année, ce n’est pas évidemment de garder ces projets dans un coin de la tête, et quand est producteur, c’est encore plus difficile à suivre car les développements et les financements s’étendent parfois sur trois, quatre, cinq ans.

P-E. F. : Là, Coprocity est un outil qui permet à tout moment de rester informé. Quand un producteur met à jour des éléments, on est informé : un casting arrive, un financement tombe, le projet passe en pré-préparation, en préparation ou en tournage, etc. Tout cela, on va pouvoir le suivre, avoir une ligne d’informations sur ce qui évolue pour les différents projets. Et nous avons d’ailleurs aussi envie de créer un algorithme du buzz parmi les projets.

J. Z. : Nous avons également décidé de lancer un prix afin de mettre en avant les projets qui génèrent le plus d’excitation. Fin juin, nous allons présélectionner les 15 projets qui cumulent le plus de demandes de suivi sur la plateforme. Puis un jury composé de la vendeuse internationale Clémence Lavigne (The Party Sales), du distributeur Vladimir Kokh (KMBO) et d’un journaliste de la presse professionnelle internationale (dont le nom sera annoncé ultérieurement) choisiront le projet gagnant dont l’identité sera dévoilée vers le 20 septembre et qui recevra un soutien de 5000 euros en développement.

Quelles sont vos ambitions à moyen terme pour Coprocity ?
P-E. F. : Nous savons que ce genre d’outil met toujours un peu de temps à ce mettre en place. L’enjeu est de devenir un outil de référence aussi bien pour les producteurs que pour tous les financeurs au sens large. D’où l’idée de s’attaquer au marché de manière globale puisque les producteurs de cinéma vont de plus en plus vers la série, font aussi de plus en plus de documentaires. Et dans une seconde phase, en plus des projets issus des marchés de coproduction, nous permettrons aux producteurs d’ajouter des projets "privés", c’est-à-dire qui ne seront pas visibles par tout le monde mais qu’ils pourront en revanche partager avec des utilisateurs avec qui ils sont déjà un peu connectés : ce sera un système dans le style LinkedIn, afin par exemple qu’un vendeur ne soit pas inondé de projets qui ne l’intéressent pas et qu’il puisse d’abord approuver quelqu’un avant de recevoir ses projets. L’ensemble sera conçu pour éviter le phénomène des plateformes où l’on ne s’y retrouve pas parce qu’il y a un peu tout et n’importe quoi.

J. Z. : Nous ne cherchons pas du tout à remplacer les marchés de coproduction, nous sommes plutôt un complément à ce qu’ils font. Mais il y a aussi tout un volet de projets qui ne passent pas par ces marchés de coproduction car ils n’en ont pas forcément besoin : leurs producteurs ont leurs propres réseaux, les réalisateurs sont déjà expérimentés, la cible du film est plus commerciale et ne correspond pas vraiment aux marchés de coproduction, le projet a déjà un vendeur attaché, etc. Mais cela n’empêche pas qu’à un moment donné, ils peuvent chercher par exemple un distributeur, un coproducteur ou un vendeur. Avec Coprocity, ils peuvent cibler très précisément à qui ils veulent s’adresser.

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