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Rencontres L’ARP 2020

Dossier industrie: Politique européenne

"Si l’on ne préserve pas le financement spécifique du cinéma, il sera mort dans quelques années"

par 

- Sidonie Dumas (Gaumont) évoque l’avenir du cinéma français et les futures obligations des plateformes. Un débat incluant aussi notamment Émilie Georges (Memento) et Isabelle Madelaine (Dharamsala)

"Si l’on ne préserve pas le financement spécifique du cinéma, il sera mort dans quelques années"
Sidonie Dumas et Carole Scotta lors du débat "Quel avenir pour le cinéma français ?" des 30es Rencontres Cinématographiques de l'ARP

Organisé à l’occasion des 30es Rencontres Cinématographiques de l'ARP, le débat "Quel avenir pour le cinéma français ?" réunissant Sidonie Dumas (directrice générale de Gaumont), Émilie Georges (Memento Films International), Carole Scotta (Haut et Court, co-présidente du DIRE - Distributeurs Indépendants Réunis Européens – lire l’interview) et Isabelle Madelaine (Dharamsala – présidente de l’Union des Producteurs de Cinéma) a délivré quelques vérités très éclairantes, notamment sur le projet de décret de transposition de la directive européenne SMA (Services de Médias Audiovisuels) définissant les obligations de financement de la production française et européenne par les plateformes SVOD. Morceaux choisis.

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Sidonie Dumas (directrice générale de Gaumont) : "Pour les ventes de films aux plateformes, nous n’avons pas de politique définie, mais quand on fait un film de cinéma, à priori c’est pour la salle. Pour Bronx [+lire aussi :
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, c’est Netflix qui nous a démarché pendant le premier confinement et nous avons trouvé que finalement c’était une meilleure solution pour le film. Les plateformes sont assez agressives en ce moment car elles vont être en panne de contenu : leurs tournages aux Etats-Unis sont arrêtés et ils ont juste repris à l’étranger.

C’est important de faire entrer les plateformes dans le financement en France, mais il ne faut pas qu’il y ait de porosité entre l’audiovisuel et le cinéma. Si l’on ne préserve pas le financement spécifique du cinéma, il sera mort dans quelques années. Il faut être extrêmement clair et ferme sur ce point dans la transposition de la directive SMA. Il faut aussi préserver les droits internationaux des films : c’est une valeur. Il ne faut pas les faire basculer et les donner aux plateformes.

Isabelle Madelaine (Dharamsala – présidente de l’Union des Producteurs de Cinéma) : Nous avons été très surpris de voir dans le projet de décret que les plateformes pourraient investir à travers des préachats et des parts de coproduction. On nous a répondu dit que c’était une "erreur de plume" ! Mais nous venons aussi de nous se rendre compte que les plateformes pourraient devenir producteur délégué en créant des filiales en France. Pourquoi brader notre souveraineté culturelle ? Il y a heureusement une ligne rouge sanctuarisée pour le cinéma : il faut que les films qui sortent en salles. Mais il y a une problématique de confusion entre l’audiovisuel et le cinéma. Faire un film pour la télévision ou les plateformes et le faire pour le cinéma, ce n’est pas du tout la même chose. ! Qu’il y ait des négociations ultérieures entre plateformes et organisations professionnelles, oui, mais on ne peut pas laisser passer ça par décret.

Émilie Georges (Memento Films International) : Les distributeurs indépendants du monde entier réajustent comme ils peuvent leurs sorties locales, dans leurs chronologies, avec un niveau d’angoisse très fort car ils sont fragiles et ne sont pas soutenus par leurs gouvernements comme leurs homologues français. Dans certains territoires, les marchés de la salle ont chuté de 70 % à 90 %. Mais la résilience a des limites : des petits distributeurs ne pourront pas faire face à une crise longue. Ceux qui s’en sortent sont ceux qui se sont constitués un catalogue important et c’est sur eux que nous devons compter pour l’avenir du cinéma français. Les plateformes ont été très agressives par rapport aux distributeurs pour acheter des films qui allaient sortir, car elles préfèrent acheter des films déjà annoncés, travaillés et positionnés. Mais cela ne signifie pas qu’elles vont financer le cinéma, particulièrement la jeune création, dans le futur.

Avec la transposition de la directive SMA, la France a la chance de pouvoir donner l’exemple au reste du monde. Mais les plateformes ne vont pas du tout financer les mêmes films que ceux que produisent actuellement les producteurs indépendants français. On se retrouve face à des investisseurs qui vont choisir des films pour un segment donné, pas financer de la diversité, du cinéma d’auteur, et surtout de jeunes artistes. Par ailleurs, dans l’état, la transposition de la directive pourrait donner aux plateformes les droits monde des films français dans lesquels elles investiraient. Mais pour le cinéma, donner une fenêtre, c’est donner l’intégralité d’une exploitation d’un film. Or les festivals refuseront ces films qui ne généreront pas suffisamment de visibilité. Et pour la carrière d’un jeune auteur, si la presse ne voit pas son film et les distributeurs locaux non plus, comment financera-t-il son film suivant ?

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