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Eliane du Bois • Cinéart

Étude de cas: Ernest et Célestine

par 

- Nous avons interviewé Eliane du Bois, directrice et fondatrice de Cinéart, pour comprendre comment Ernest et Célestie a été distribué en Belgique.

Eliane du Bois • Cinéart

Ernest et Célestine [+lire aussi :
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est un film basé sur les livres pour enfants du même nom. C'est l'histoire d'une amitié particulière entre un ours et une souris dans un monde où ces deux espèces sont supposées être les pires ennemis. Ernest et Célestine est le genre de film qui rassemble enfants et parents comme il fait rire et sourire les plus jeunes ainsi que leurs aînés. Ce film belge a attiré 911 000 spectateurs dans les pays francophones d'Europe.

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Nous avons interviewé Eliane du Bois, directrice et fondatrice de Cinéart, pour comprendre comment Ernest et Célestie a été distribué en Belgique.

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à distribuer ce film ?

J'aime beaucoup l'animation. C'est vrai qu'au sein de Cinéart, je pousse pas mal pour prendre des films d'animation. On a d'ailleurs été primé à un moment donné dans le cadre d'un festival comme meilleur distributeur de l'année film d'animation. Je connaissais les livres d'Ernest et Célestine et c'est un projet qui, au fur et à mesure qu'on l'a découvert, on sait dit qu'on pouvait avoir une vraie surprise. Voilà c'est mon goût personnel, enfin personnel... et celui d'autres membres de l'équipe ! Je suis aussi la BD. Il y a de plus en plus d'adaptations, de films d'animation pour adultes et pas uniquement pour enfants. D'ailleurs celui-là c'est pour adultes et pour enfants je trouve.

 

Est-ce que la notoriété de Patar et Aubier vous a influencé dans le choix de ce film ?

On avait sorti avec eux Panique au Village. Ça a donc été une énorme aventure, un peu décevante quant aux résultats. Parce qu'il y a eu un boulot fait, et par eux et par la production, par la partie très très longtemps à l'avance des partenariats, des trucs sur internet etc. gigantesque et un peu disproportionné par rapport à ce qu'il s'est passé par après. Je ne suis pas sûre que ça a été déterminant.

Pour Ernest et Célestine, j'avoue qu'au départ je ne savais pas que Gabrielle Vincent était belge. Je crois que beaucoup de spectateurs l'on découvert aussi. Je crois que les Français croient qu'elle est française d'ailleurs (rires). Il s'approprient en général par mal les talents belges.

Il y a elle puis Pennac. Quand on a lu le scénario on s'est rendu compte que la grande réussite c'est que l'univers de Gabrielle Vincent est magnifique graphiquement mais les histoires sont assez gentilles. L'ours est toujours souriant, etc. En voyant le scénario de Pennac on pouvait se demander ce qu'ils (Patar et Aubier) allaient faire parce que ça n'a rien à voir avec Pic Pic André et Panique au Village. Mais ils ont réussi ensemble à apporter aux dialogues, au ton et aux idées aussi bien sonores que graphiques, des choses que j'ai découverte par après, parce que j'ai vu le film plusieurs fois. Quand ils mettent dans la prison sur le mur : « André m'a tuer signé Pic Pic » (rires). Bon ce sont des petits choses. Je crois qu'à trois plus le réalisateur, ils ont étoffé l'univers qui fait que ce film, quand on a fait une première projection à Namur et que c'était la soirée de la communauté française, on avait une salle pleine d'adultes et ils sont tous sortis avec la pêche en disant : « ça nous met de bonne humeur, c'est formidable ! » Et disons qu'on aime les films qu'on sort pas tous au même niveau mais pour moi celui-là, je n'ai pas la moindre remarque ou critique à faire. Pour moi c'est un film réussi aussi bien au niveau du rythme, du rendu visuel... Je ne m'y connais pas extrêmement bien techniquement, mais je crois qu'il y a dix ans on arrivait pas à ce même rendu de l'aquarelle sur l'écran. Les idées du scénario, les dialogues, les voix... Pour moi tout est parfait !

 

Vous avez dit que esthétiquement et même du point de vue de l'histoire c'était une réussite. Est-ce que vous pouvez en dire autant au point de vue de la distribution jusqu'à présent ?

C'est formidable ! Disons que quand les exploitants sentent qu'il y a un vrai potentiel, parce que le bouche à oreille est formidable, après ça a été formidable. Donc les exploitants tiennent. Pendant les périodes de non congé scolaires on tient surtout le mercredi, samedi, dimanche. Et puis on a profité à nouveau maintenant des vacances de février.Si tout va bien on va encore profiter de Pâques, inch'Allah ! Et donc pour l'instant on dépasse les 85 000 entrées, ce qui est absolument énorme ! C'est quand même majoritairement Bruxelles et la Wallonie. On est à environ 20 000 entrées à Bruxelles 60 000 en Wallonie et le reste en Flandre. En Hollande il est sorti, ça marche mais ce sont des petites recettes parce qu'il y a un vrai problème -et nous parfois ça nous interpèle en disant qu'est-ce qu'on fait en Flandre- c'est qu'ils ont un tel marché ! Et donc sur les période de congé c'est concentré fatalement. On met tout le monde tout d'un coup, tous les films d'animation sur les périodes de congé scolaire. Donc il y a un encombrement relatif. C'est souvent les parents qui font le choix du film mais les enfants disent : «  Je veux absolument voir ça ! » Et en Flandre et en Hollande, il y a un vrai marché de productions locales, plus ce qui est en général animation américaine. Ils ont des productions locales qui sont issues de séries télé, etc. qui font que les gosses ils vont voir ça, ils veulent voir ça. J'ai toujours tendance à dire qu'il y a quand même des parents qui ont envie d'emmener leurs enfants parfois voir des choses un petit peu différentes, un petit peu alternatives. Et je ne sais pas où sont ces parents (rires) ?

 

Et justement vous avez sorti le film en décembre pour les vacances de Noël alors ?

Oui mais on se cale sur la France en général. Parfois les Français reculent la sortie du DVD mais aujourd'hui les DVD ont la possibilité de sortir quatre mois après. Donc quatre mois, c'est déjà pas très long pour des films qui tiennent longtemps. Si nous on commence encore après, ça devient trois mois ou deux mois et à ce moment là les exploitants, même si ce n'est pas toujours systématique, ils se disent que maintenant qu'il y a le DVD sur le marché je ne vois pas pourquoi on continuerait à jouer le film ! Donc oui, on essaie de se caler à une semaine près pour avoir les gens du film qui viennent. Enfin bon là il n'y a pas de comédiens à faire venir dans un film d'animation, c'est plutôt les réalisateurs. Puis il y a eu des possibilités. Ernest et Célestine permettait de travailler avec les éditeurs. Il y a les bouquins originaux, il a le bouquin du film, il y a le bouquin de Pennac... Il y avait une multitude de choses et eux-mêmes on fait un travail avec les libraires donc ils nous appuient et on se renvoit la balle. On travaille ensemble. Notre travail pousse la vente des livres et leur travail pousse la notoriété du film. Il y a eu l'expo de Gabrielle Vincent qui a été faite plus tard avec l'appui de la commune d'Ixelles. Il y avait toute une partie consacrée à Ernest et Célestine. Ils l'ont fait dans ce cadre là tout en mettant d'autres toiles à elle, plus les petites cartes qu'elle faisait.

 

Vous avez dit que souvent ce sont les parents qui décident d'emmener leurs enfants voir un film. Est-ce que vous essayer de cibler aussi bien les parents que le jeune public dans votre campagne ?

Oui. C'est-à-dire au niveau promotionnel, nous nous sommes rendus compte qu'il faut quand même avoir au-delà de quatre ans pour Ernest et Célestine. Alors que Kirikou on peut dire trois ans. Ici c'est à partir de quatre-cinq ans d'abord parce que à l'avant-première il y a des enfants qui ont eu peur du début avec la Grise qui fait le grand méchant ours et l'ombre sur le mur. Tout à coup on a vu des gamines sortir en pleurant, elles avaient peur. Il faut aussi piger l'histoire des dents. Il faut déjà avoir perdu une dent et l'avoir mis sous son oreiller pour avoir cette dimension-là. Mais voilà comment est-ce qu'on atteint notre public ? Ici les exploitants jouent le jeu ou pas. C'est-à-dire que c'était difficile de les convaincre qu'ils pouvaient prendre le risque de mettre certaines séances en soirée en se disant qu'il y a un public adulte. Les adultes ne veulent pas se montrer trop enfantin en allant voir un film d'animation pour enfants tout seul donc il faut le prétexte d'emmener un enfant de la famille ou d'amis pour y aller. Donc à priori il y avait des villes où on avait des séances en soirée mais fatalement on mise surtout sur les séances de l'après-midi. Dans toutes les villes on vous dit : « Ah non ! Les films pour enfants et les films d'animation pour enfants, c'est l'après-midi point barre ! » Tous les jours quand c'est des congés mais mercredi, samedi, dimanche si c'est hors période de congé. Après pour atteindre ce public c'est vrai qu'il faut toucher aussi les grand-parents et les parents donc là ce ne sont pas les enfants qui vont lire les articles. J'espère que les plus petits ne vont pas encore sur internet (rires). Il faut essayer d'être dans les salles où il a ce type de films pour public familiale etc. C'est un film familiale à priori donc il y a tous les petits concours, il y a des journaux, il y a des sites, il faut toucher les parents quoi. Et puis la visibilité ! Les gens qui connaissent les bouquins, et donc ils les remettaient en avant dans les librairies. Il y a quand même des parents qui ont déjà acheté des bouquins Ernest et Célestine pour leurs enfants.

 

Est-ce que vous avez entrepris une campagne sur les réseaux sociaux ?

Oui, ça on fait assez systématiquement maintenant. Après il y a des partenariats avec des médias, il y a leur propre site, il y a des avant-premières organisées... On a commencé en fait avec des avant-premières au moment de la Saint-Nicolas parce que l'on sortait après, on est sorti le 18 décembre. Comme les exploitants étaient assez enthousiastes et qu'ils y avaient des demandes pour faire des séances Saint-Nicolas, le film a déjà existé avant sous forme d'avant-première dans les réseaux.

 

Est-ce que vous avez eu un droit de regard sur le trailer et l'affiche du film ?

Non, on ne l'a jamais vraiment. Enfin si parfois quand ce sont des co-productions avec la Belgique ou des films belges. Le film-annonce ça coûte un peu cher de le refaire. Disons qu'on voit ce qui existe sur le marché, si les Français refont celui qui a été fait en Angleterre.... Mais ici ça ne se posait pas et le film-annonce était bien. Mais sinon ça nous arrive d'aller chercher plutôt dans un autre pays le film-annonce quand c'est un film étranger et que de toutes façons c'est sous-titré. L'affiche, voilà quand on la trouve pas bien, pas bien en sois ou pas bien pour notre marché, on la refait. Ça coûte moins cher de refaire l'affiche que de refaire un film annonce mais il n'y avait pas besoin. Tout ce qui était déclinaison du visuel qui avait commencé à Cannes -ils avaient fait un petit book- les déclinaisons du visuel étaient bien. On a même fait notre carte de voeux avec Célestine qui soufflait à l'oreille d'Ernest : « Bonne Année ». Après on prépare du matériel pour des salles. Par exemple ce que l'on peut coller aux vitres des portes, des guirlandes, cartes postales... On met des choses dans des écoles, des affiches... on ne peut pas faire de publicité dans les écoles mais il y a un dossier pédagogique fait par l'équipe des Grignoux. À mon avis après les séances scolaires, etc. on va arriver à 100 000 entrées. C'est beaucoup pour un territoire comme le nôtre, en sachant que c'est surtout Bruxelles et la Wallonie. Faut pas se leurrer, la version doublée en néerlandais servira après pour le DVD et pour les ventes télé mais les frais du doublage se récupèrent à peine sur la salle.

 

Justement quel a été le budget de sortie et comment le planifie t-on ?

Tout compris : le digital, la promotion, tout ce qui est affiche, spots, pub internet... On a pris le risque, c'est un petit 100 000 euros. La manière dont on fonctionne c'est d'abord un brainstorm avec les gens de l'équipe qui ont vu le film. Il y a des gens de la programmation qui ont déjà un vague écho de certains exploitants à qui on montre le film assez tôt, on l'a montré à certains journalistes, donc on sait un peu comment va se positionner la presse flamande, française, francophone etc. On fait un brainstorm pour se dire : voilà quelles sont nos estimations ? Donc qu'est-ce qu'on prend comme risques ? Ici les 100 000 euros c'est l'équivalent de 37 000 entrées. On était déjà assez optimiste. C'est vrai que lorsqu'on a donné une visibilité, qu'on a fait une campagne de trams, bus etc. -il y en a encore qui circulent d'ailleurs- on s'est dit c'est le genre de film qui pouvait décoller. Si on se dit qu'ils sont bien mais qu'on aura beau faire plein de publicité ils ne décolleront pas, à ce moment là on essaie de quand même faire ce qu'il faut mais de trouver des formules qui ne soient pas trop chères. Donc là c'est un bon budget de promotion parce qu'on y croyait et qu'on se doutait, on espérait que ça booste un peu les entrées. Les gens ne se rendent pas toujours compte mais ça se joue vraiment sur le démarrage parce que tous les lundis on a affaire aux exploitants qui nous disent : « ça fait pas assez j'enlève des séances, je fais sauter le film etc. » 

 

Lire le film focus.

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