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Alice Agneskirchner • Réalisatrice

Filmer l'instant déterminant

par 

- Alice Agneskirchner est une documentariste reconnue pour son vaste travail pour la télévision allemande, qui inclut notamment Washen und legen et An apartment in Berlin

Alice Agneskirchner  • Réalisatrice

“À l’époque où nous n’avions que deux ou trois chaînes, je suis tombée par hasard sur un film diffusé sur la télévision est-allemande et intitulé Zwei Deutsche!". Pour Alice Agneskirchner, le documentaire en question a marqué un tournant : “Il faisait le portrait de deux personnes, l’une vivant en RFA et l’autre en RDA, sans narration en voix off. Cela m’a fascinée ! J'avais déjà constaté que les gens me parlaient facilement, s’ouvraient à moi et me racontaient leurs vies, ce que j'aime beaucoup”.

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Agneskirchner s’est ensuite mise à dévorer le plus de documentaires possible, et puis elle a découvert l’existence, à Munich, d’un petit festival qui lui a permis d'entrer en contact avec des cinéastes est-allemands. Et c'est ainsi qu'elle s'est retrouvée d'un coup projetée dans le monde du documentaire. “Le documentaire, c’est la passion du quotidien, explique-t-elle. Quand on observe ce quotidien de l’extérieur, sous un certain angle, il devient extraordinaire”.

Parmi les discussions philosophiques qui reviennent s'agissant du genre documentaire, il y a celle qui concerne la possibilité ou pas d’être objectif. Pour Agneskirchner, la réponse est : “Non ! Jamais. Même avec tous les efforts du monde ! Même en adoptant une approche journalistique, vous ne pourrez rapporter que votre vérité, ou celle des gens qui vous entourent. Il y a différents styles de documentaires, mais qu'ils soient politiques, humanistes, ou même expérimentaux, on ne peut pas y être objectif. Le réalisateur n'est pas nécessairement à l'image, mais il reste présent".

À tous ceux qui pensent que le choix du documentaire est le choix de la facilité, la réalisatrice répond : "Faire un documentaire peut vraiment être une entreprise infernale ! Je viens de terminer An Apartment in Berlin, sur trois jeunes Israéliens qui rénovent un appartement dans lequel vivait une famille juive jusqu’à sa déportation en 1943. J’ai mis cinq ans à obtenir des financements et n’ai eu ensuite que six mois pour le tourner!”.

La beauté d’un documentaire est qu’il peut raconter un drame humain. C’est du moins l'approche d'Agneskirchner : "Généralement, mes films sont portés par leurs protagonistes. J’essaie de trouver des gens qui sont des personnages forts – je ne parle par de leur valeur personnelle, mais de leur capacité à occuper le centre d'un film. La plupart des gens ne sont pas comme ça. Je pense qu’on peut faire un film sur n’importe quel sujet à partir du moment où on a la bonne personne”.  

Il faut aussi trouver l’argent ! “C'est difficile, de trouver des financements, déplore la réalisatrice. Les documentaristes sont enfermés dans un système auquel il faut se plier pour réaliser des films. Je pourrais persuader des personnes de travailler gratuitement, mais ce n’est pas le but. Ces films devraient avoir une place de choix à la télévision, mais bien qu'on continue à faire des documentaires, les budgets ne cessent de diminuer, et les esprits de se fermer".

En tant qu’auteur et réalisatrice, Alice Agneskirchner travaille toujours avec un producteur. Elle a l’avantage de s'être fait un nom et une réputation, mais elle doit encore “pitcher ses projets et choisir soigneusement à quel responsable des programmes, à quelle chaîne, pour quel créneau les pitcher...". "Je passe ma vie à avoir des idées et à me demander où et à qui les présenter”, ajoute-t-elle. 

La documentariste ne rejette pas l'idée de faire un jour une fiction : "Je suis un peu coincée par le fait que j'aime trouver mon film en filmant, mais si on me proposait un bon scénario, ça pourrait marcher. An Apartment in Berlin est le film le plus préparé à l'avance que j'aie fait jusqu'ici. J’ai réalisé toutes sortes de documentaires, mais n’ai encore jamais 'reproduit' quelque chose... Oui, proposez-moi donc un scénario !”.

Quel genre de cinéaste passe sur la chance de promouvoir son prochain projet ? Dans le cas d’Agneskirchner, il y en a plusieurs : Die Andere Seite der Mauer, sur une directrice de prison convaincue qu’une peine d’emprisonnement sans thérapie ne change rien ; Who Owns Nature ?, sur ce qui se passe quand les hommes et les animaux se disputent le même habitat ; The Mountain King Who is a Queen, sur Lilja Loftsdottir, la première femme à avoir rejoint le rang des "Rois de la montagne" islandais, dont le rôle est de mener la plus grande réserve de moutons du pays.

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