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Saeed Taji Farouky | • Réalisateur

“Je ne risquerais ma vie que pour tourner un film unique”

par 

- Le cinéaste palestino-britannique Saeed Taji Farouky décrit le tournage de son dernier documentaire, Tell Spring Not to Come This Year, aux côtés de l’armée afghane

Saeed Taji Farouky | • Réalisateur

Saeed Taji Farouky n’a de cesse de revendiquer sa détermination à repousser les limites du documentaire. Avec Tell Spring Not to Come This Year [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Saeed Taji Farouky |
fiche film
]
, le réalisateur démontre une fois de plus la profondeur de son engagement dans la recherche de la vérité à travers de nouvelles formes d’expression. Ayant l’habitude de se rendre en pleine zone de conflit pour tourner ses films, il est rapidement devenu un modèle pour ceux qui, comme lui, veulent établir la vérité dans des endroits où elle est d’ordinaire passée sous silence.

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Cineuropa :  Est-ce très difficile de tourner dans une zone de guerre ?
Saeed Taji Farouky : Vous savez, je pense que ce genre de situation relève de la chance plus que des mesures de sécurité qu'on prend. Mike ayant une formation militaire, contrairement à moi, c'est lui qui m’a en quelque sorte briefé avant qu’on aille sur le terrain et qui m’a fait suivre un entraînement basique. Il m’a appris des choses comme savoir où marcher (pour réduire au maximum le risque de marcher sur une mine) et donné des instructions pour que je puisse m’en sortir dans telle ou telle situation. Ainsi, j'ai bénéficié d’un entraînement élémentaire à la survie en zone de guerre qui m’a bien servi. Ceci étant dit, au bout du compte, quand on n’a pas la liberté d’être maître de ses décisions, c'est simplement une question de chance : il y a des gens qui se tenaient juste à côté de nous et qui ont été très grièvement blessés. Tout dépend de si on est au bon ou au mauvais endroit, au bon ou au mauvais moment.

A-t-il été difficile de financer le film ?
Très difficile. De manière générale, je pense qu’il est extrêmement compliqué de financer les documentaires peu orthodoxes, par exemple ceux qui ne sont pas strictement informatifs ou en lien avec l’actualité, mais en effet, c’est particulièrement vrai dans le cas d’un documentaire aussi dangereux et imprévisible que le mien. J'entends par là qu’il n’y avait aucun moyen de savoir où nous mènerait cette histoire ou ce qui allait nous arriver, au delà du fait que mon approche ne peut vraiment pas être qualifiée de conventionnelle ou de commerciale. Donc oui, pour toutes ces raisons, le financement de ce projet a été plutôt compliqué.

Finalement, comment y êtes-vous parvenu ?
En utilisant en partie notre propre argent. Notre premier voyage en Afghanistan, à Mike et à moi, nous l’avons payé de notre propre poche. Ensuite, en travaillant avec les moyens que nous avions à disposition à ce moment-là, nous avons réussi à trouver une société de co-production britannique. Ils nous ont injecté de l’argent, ce qui nous a permis de continuer de tourner jusqu’à ce nous obtenions de l’argent de NHK (l’organisme national de radiodiffusion public japonais). Enfin, nous avons présenté un brouillon de montage à Goldcrest (New York), et c'est ainsi qu'elle est devenue notre société de post-production, à ses frais. À présent, l'argent qu’il nous reste à recouvrer, nous le récupérons surtout par le biais des ventes (télévision, support en ligne, salles, etc.).

Quels conseils donneriez-vous aux gens qui veulent faire des documentaires similaires ?
J’enseigne et donne beaucoup de cours sur la réalisation d’un documentaire, mais je ne suggérerais jamais à qui que ce soit de faire le type de travail que je fais. Cela fait près de dix ans que je tourne des documentaires dans des zones de combats, de sorte que j’ai une certaine expérience de la gestion des conflits, mais c’est aussi une décision que j’ai prise personnellement parce qu'elle en valait la peine. À titre personnel, je ne risquerais ma vie que pour tourner un film unique qui puisse, selon moi, apporter quelque chose au paysage actuel du cinéma de guerre.

Quel est votre objectif principal ?
Ma priorité a toujours été de raconter de bonnes histoires sur l’être humain. Mon objectif n'est pas d'éduquer les gens ou de faire passer un message politique. J’espère simplement que le spectateur pensera, en voyant le film : “Ah oui, OK, maintenant je comprends ce type. Je comprends son action, ses peurs et ses espoirs pour ce pays. Je comprends la souffrance qui habite les habitants et les choix étranges qui les ont peut-être conduits à s’enrôler dans l’armée". Je veux juste que les gens parviennent à s’identifier à l’Autre. J’espère qu’ils se diront : “D’accord. J’ai sous les yeux les conséquences de l’entrée en guerre de mon gouvernement”.

Comment envisagez-vous l’avenir ? Voulez-vous continuer à réaliser des documentaires ou avez-vous aussi des projets de fiction ?
Tout à fait. C’est par la fiction que je suis entré dans l’univers du cinéma. Je n’ai jamais réalisé de long-métrage de fiction, mais la fiction a toujours été mon premier amour alors oui, j’adorerais en faire. J'ai même quelques idées qui me trottent dans la tête, mais je ne cesse de reporter en raison des nombreux documentaires qui viennent s’intercaler. Cependant, je suis certain que je réaliserai une fiction, un jour. C’est juste que ça prendra un peu de temps.

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(Traduit de l'anglais par Séverine Meuleman)

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