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Jim Sheridan • Réalisateur

"Nous devons tous vivre ensemble"

par 

- L'Irlandais Jim Sheridan, dont le film The Secret Scripture a été projeté à Rome, a rencontré Cineuropa pour évoquer la maltraitance des enfants, l’Église et le climat de notre société

Jim Sheridan • Réalisateur
(© Birgit Heidsiek / Cineuropa)

Le scénariste, réalisateur et producteur Jim Sheridan a présenté The Secret Scripture [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Jim Sheridan
fiche film
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, à la 11e édition de la Fête internationale du cinéma de Rome. Le film, adapté du roman de Sebastian Barry et interprété par Rooney Mara et Vanessa Redgrave, raconte l’histoire d’une vieille dame qui vit dans un hôpital psychiatrique depuis plus de cinquante ans, or un médecin découvre qu’elle y a été placée par un prêtre jaloux qu’elle soit tombée amoureuse d’un pilote de chasse. 

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Cineuropa : Votre film parle d’une jeune mère dont l’enfant a été enlevé par l’Église pendant la Seconde Guerre Mondiale. Est-ce que vous connaissez quelqu’un à qui ceci est vraiment arrivé ?
Jim Sheridan : Oui, ma mère avait un Bed & Breakfast où elle accueillait des gens, et j’y ai rencontré de nombreuses personnes qui avaient été maltraitées et séparées de leur mère pendant l’enfance. Quand les Britanniques ont quitté l’Irlande, ils ont rasé pratiquement tous les logements modestes et il ne restait plus la moindre infrastructure disponible pour les services publics, ni d’administration, alors l’Église a pris le contrôle de tout cela et elle est devenue très puissante, corrompue et violente. À cette époque, les denrées étaient limitées, alors si une femme tombait enceinte, cela voulait dire qu’il y avait une bouche de plus à nourrir, et si en plus, il n’y avait pas de père ou de cellule familiale, on considérait cet enfant comme un démon venu de l’Enfer. C’est ce que l’Église craignait le plus, alors ils punissaient ces grossesses autant qu’ils le pouvaient. 

Est-ce qu’il y a eu des actions en justice ?
Oui, de nombreux corps d’enfants enterrés à la sauvette ont été découverts récemment. L’action en justice commence maintenant. Le problème c’est que si toutes les personnes qui ont été victimes de ces faits devaient recevoir un dédommagement, il faudrait débourser de l’argent pendant encore cent ans. Pourtant, si on regarde les choses sous un autre angle, beaucoup d’enfants sont tombés sur de très bonnes familles, notamment aux États-Unis. Dans ce cas, souvent, les religieuses établissaient deux actes de naissance : un pour l’enfant qui était parti et un pour celui qui restait, alors parfois il y avait deux enfants avec le même nom, mais les soeurs étaient convaincues que ce qu’elles faisaient était juste. 

Était-il vraiment aussi simple que cela de faire interner quelqu’un, à l’époque ?
Je connais une femme qui a été internée dans un asile psychiatrique pendant la Seconde Guerre Mondiale, comme dans le film, parce qu’elle était allée en Angleterre, qu’elle avait eu une crise de panique et qu’elle était rentrée chez elle un peu anxieuse. Sa mère l’a placée dans un asile et elle n’en est pas sortie avant 1980, c’est-à-dire qu’elle y est restée pendant plus de 40 ans. C’est cet élément que j’ai modifié par rapport au roman, parce que je voulais que le film ait un arrière-plan que je connaisse personnellement. Il y a eu beaucoup de cas comme celui-là. 

Comment la société irlandaise aborde-t-elle le sujet à ce jour ?
Il y a eu une prise de conscience sur ce qui s’est passé, mais les gens n’aiment pas en parler parce que c’est quelque chose qui fait honte à une société. Michael Clemenger a écrit un livre, Holy Terror, où il raconte comment il a été violé pendant des années par des religieux chrétiens, les mercredis et dimanches, sans que son histoire suscite grand intérêt en Irlande. En Angleterre en revanche, où le livre est paru sous le titre de Everybody Knew, il s’est inscrit parmi les trois meilleures ventes. 

A-t-il été difficile de financer ce film ?
L’argent est venu de dix sources différentes : investisseurs privés, chaînes de télévision, États-Unis, Europe... J’ai produit moi-même certains de mes films, comme Au nom du père, The Boxer et In America, mais c’est difficile de faire les deux, produire et réaliser. C’est pourquoi j’ai produit celui-là avec Noel Pearson, le producteur de My Left Foot.

Quel sera votre prochain projet ?
Je viens de finir un court-métrage de dix minutes sur le 11 septembre, La Onzième Heure, avec Salma Hayek. Je suis en train de le monter. J’espère qu’on va pouvoir le sortir avant les élections. Ce n’est pas un film politique : c’est un film modéré qui parle simplement d’être civilisé. Le message, c’est que nous devons tous vivre ensemble.

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(Traduit de l'anglais)

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