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CANNES 2018 Marché

Juliette Schrameck • Directrice, mk2 Films

"Notre politique est d’avoir peu de films et de s’en occuper énormément"

par 

- Juliette Schrameck évoque l’extraordinaire line-up de mk2 Films au 71e Festival de Cannes et donne son point de vue sur les tendances du marché

Juliette Schrameck • Directrice, mk2 Films

A la veille du début du Marché du Film du 71e Festival de Cannes (du 8 au 19 mai), rencontre avec Juliette Schrameck, la directrice de mk2 Films (le groupe français étant présidé par Nathanaël Karmitz).

Cineuropa : Neuf titres vendus par mk2 Films sont en vitrine dans les différentes sélections cannoises, dont cinq en compétition, un à la Quinzaine des Réalisateurs, un à la Semaine de la Critique et deux à Cannes Classics. C’est un carton plein ?
Juliette Schrameck : C’est notre record de films en compétition et nous n’avions jamais été le premier exportateur à ce niveau. C’est vraiment une belle surprise. Et dans ce line-up de compétition, il y a deux films que nous avons coproduits : Cold War [+lire aussi :
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Q&A : Pawel Pawlikowski
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de Pawel Pawlikowski dont une partie du tournage s’est déroulée à Paris et Les Éternels [+lire aussi :
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de Jia Zhang-ke dont toute la post-production a eu lieu en France avec notamment des effets spéciaux. Nos films en compétition sont aussi le reflet de notre éclectisme car quatre pays sont représentés : la Pologne, la Chine, le Japon (Asako de Ryusuke Hamaguchi), et la France (En guerre [+lire aussi :
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interview : Stéphane Brizé
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de Stéphane Brizé et Plaire, aimer et courir vite [+lire aussi :
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Q&A : Christophe Honoré
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de Christophe Honoré). Et sur l’ensemble du line-up, c’est un éclectisme de cinématographies et de genres, même si beaucoup de films parlent d’amour. L’autre dominante est la résistance et la lutte sociale qu’on retrouve dans En guerre, mais aussi dans le film indien Monsieur [+lire aussi :
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qui sera présenté à la Semaine de la Critique. On peut ajouter à ces grands thèmes une certaine idée de la femme que nous allons beaucoup retrouver l’année prochaine puisque nous avons aussi édité pour le Festival de Cannes une brochure qui s’appelle Next et qui présente tous les projets de jeunes auteurs que nous allons soutenir cette année et l’an prochain et parmi lesquels on retrouve beaucoup de femmes : Elsa Amiel (article), Mati Diop (article), Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Mikhaël Hers… L’équilibre entre grands auteurs et jeunes auteurs, nous l’avons toujours aménagé. L’idée est de continuer à travailler dans la fidélité avec des auteurs essentiels comme Jia Zhang-ke, Stéphane Brizé plus récemment, Robert Guédiguian ou d’autres, mais aussi de découvrir des talents.

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Quelle est votre analyse du marché actuel dont on dit qu’il est en plein bouleversement ?
C’est sûr que trouver sur chacun des territoires un distributeur "tous droits" qui va prendre le film sous le bras et qui va l’exploiter sous toutes ses formes, n’est pas toujours possible. Cela l’est parfois, mais pas toujours, car toutes les industries sont différentes. Notre politique est d’avoir peu de films et de s’en occuper énormément. On vend et on travaille en général nos films pendant deux ans après leur lancement. On obtient d’ailleurs beaucoup de résultats la deuxième année. Il y a une espèce de premier cercle, de premier marché qui est le marché évident dont tout le monde parle avec un lancement bien orchestré dans un festival le plus prestigieux possible, obtenir une presse la plus porteuse possible et vendre le film à des distributeurs à cette occasion. Mais il y une sorte de deuxième cercle qu’on arrive à atteindre, un travail qui prend beaucoup de temps mais qui est absolument essentiel pour la visibilité des films, un travail dissocié avec des salles de cinéma ou des distributeurs qui travaillent uniquement avec les salles, avec les plateformes VoD, les chaînes de télévision. On travaille beaucoup média par média dans certains territoires. Et dans les territoires comme les Etats-Unis par exemple où l’on dit qu’il est de plus en plus difficile de vendre des films qui ne sont pas en langue anglaise, c’est très important de pouvoir travailler en direct avec les salles, de pouvoir faire exister les films dans les festivals et en salles et ensuite de les vendre aux plateformes pour qu’ils aient une existence digitale et qu’ils puissent toucher un autre public. Ce travail, nous prenons le temps de le faire, et sur tous les territoires. C’est une différence qu’on cultive et qui permet aux films de connaitre une exposition beaucoup plus importante que si l’on se contentait des distributeurs "tous droits" et du premier marché.

Quelle est votre position par rapport aux plateformes SVoD ?
Nous sommes exploitants et j’ai une équipe qui a des convictions et qui pense que les festivals et la salle de cinéma restent des endroits irremplaçables pour découvrir les films et les promouvoir. Mais parmi les grandes plateformes, certaines n’excluent pas que les films soient d’abord montrés dans les salles avant d’être exploités en SVoD. La SVoD, on l’utilise tous, c’est formidable, cela permet d’atteindre un public qui n’a pas forcément la possibilité ou la volonté d’aller dans les salles. Donc on travaille beaucoup avec Amazon ou avec des plateformes locales dans tous les pays et sur tous les continents. Mais le travail que nous faisons avec la salle, en tous cas dans tous les pays du monde où les salles existent, c’est un travail dont on fera jamais l’économie et qui est pour nous une des raisons d’être de notre métier.

Pouvez-vous nous "teaser" vos films en vitrine en Cannes ?
En guerre de Stéphane Brizé est un film d’une nécessité absolue, un grand film politique et un grand film collectif. Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré est une sorte de synthèse de tous les jalons posés jusqu’à maintenant par le réalisateur et une irrésistible histoire d’amour romanesque, qui parle de la jeunesse et de la fin de la vie avec une simplicité et un naturel désarmants. Cold War (dont nous partageons les ventes avec Protagonist Pictures) est un film brillant, une grande histoire d’amour et de musique sur fond de guerre froide,  et un peu le film total : d’amour, musical, d’espionnage, d’Histoire, avec une mise en scène d’une précision folle et une économie de moyens dans la narration très caractéristique de Pawlikowski.

Jia Zhang-ke, c’est l’un des plus grands réalisateurs et artistes que la terre porte, et depuis A Touch of Sin, il creuse un sillon assez nouveau pour lui qui est un peu celui de la maturité. Ces films qui ont toujours été des documents irremplaçables sur la Chine contemporaine tout en ayant la beauté pastiques d’oeuvres d’art, sont maintenant beaucoup plus centrés sur les personnages, l’humain, l’émotion. Avec Les Éternels, il raconte l’histoire d’un couple et de leur amour impossible sur une quinzaine d’années, ce couple faisant partie de la pègre chinoise. Quant à Ryusuke Hamaguchi, j’ai été émerveillé par Senses (Happy Hour) et j’ai donc acheté sur scénario Asako (Asako I & II) qui est un film romanesque et très original, à la fois extrêmement simple et très japonais sur le sujet du premier amour et la manière dont on construit ensuite sa vie après avoir connu cet absolu. Quant à En liberté ! [+lire aussi :
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interview : Pierre Salvadori
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, c’est la première fois que MK2 travaille avec Pierre Salvadori qui a ce positionnement de comédie intelligente, d’auteur avec une vraie générosité pour le public; dans le paysage français, il donne à la comédie ses lettres de noblesse et il se hisse à un niveau que les Américains atteignent souvent avec par exemple des films de Woody Allen et Noah Baumbach. Le scénario était irrésistible d’intelligence et de drôlerie et nous sommes très fiers qu’il soit montré le jour des 50 ans de la Quinzaine des Réalisateurs. Enfin, le film indien Monsieur de Rohena Gera est une histoire d’amour et de lutte en les castes, puisqu’il s’agit d’un garçon qui fait partie d’une caste assez supérieure dans le Mumbai ultra-moderne et de sa jeune servante qui vient de la campagne, qui est d’une caste inférieure et qui en plus est veuve. 

Enfin, à Cannes Classics, nous présenterons Coup pour coup de Marin Karmitz qui sera aussi l’invité d’honneur du diner des professionnels du Festival de Cannes, et L’une chante, l’autre pas, un grand film féministe d’Agnès Varda qui viendra également en personne au marché pour présenter 15 minutes de son prochain documentaire.

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